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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2015 > Mars 2015 > Nos télévisions face au numérique : Même pas peur !

Nos télévisions face au numérique : Même pas peur !

lundi 30 mars 2015

Télévision/Radio numérique terrestre

Deux mois à peine nous séparent de la date du 17 juin, date à laquelle toutes nos chaînes de télévision devront se conformer et passer de l’analogique au numérique.

Nous avons fait le tour de quelques-unes de ces boîtes. Que l’on soit à Sen Tv, à la Rts, à la Tfm ou à Africa 7, on se dit prêt, ne serait-ce que parce que le changement ne sera pas radical. Là-bas, le numérique, on y est déjà, à quelques détails près : un signal à convertir, des studios à adapter ou un matériel à compléter... Les plus à plaindre, dit encore, c’est sans doute l’opérateur Excaf et le Comité national de la transition de l’analogique au numérique (CONTAN).

Si dans l’absolu on parle du passage de l’analogique au numérique comme d’une véritable révolution, il suffit de discuter avec les professionnels sénégalais du métier pour comprendre que pour leurs chaînes de télévision, même suspendues à cette date butoir du 17 juin, ce ne sera pas comme si Gutenberg inventait l’imprimerie. S’ils sont quasiment prêts comme ils disent, à quelques détails près tout de même, c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas voulu attendre la dernière minute pour se mettre dans tous leurs états. L’exemple d’une chaîne comme Sen Tv par exemple, est assez intéressant puisque là-bas, on a voulu tirer profit de la relative jeunesse d’une télé qui n’a que trois ans.

Le Directeur Général de D Media, (le groupe propriétaire de Sen Tv), Massamba Mbaye, explique d’ailleurs que c’est pour cette raison que lui et ses collaborateurs n’ont pas souhaité investir dans l’achat d’un matériel « qui serait devenu obsolète » au bout de seulement quelques années. Lorsqu’il parle de cette fièvre du numérique, on le sent presque blasé, parce que cela ne changera pas grand-chose à la manière dont fonctionne déjà la boîte : la « plateforme technique qu’ (elle) utilise est déjà numérique (... ) », ce qui rend l’affaire « relativement simple ». Car si Sen Tv devait aujourd’hui passer au numérique, « on changerait juste les modules au niveau de l’émetteur. C’est une sorte de machine qui sert à convertir le signal en numérique ». Rien qu’un petit boîtier à changer, déjà disponible du reste, « pour être tout à fait dans le numérique ». Sen Tv en est d’ailleurs à « la phase test qui sera plus tard en phase d’extension » : « Nous avons déjà donné notre signal et nous avons mis un technicien là-dessus », ajoute Massamba Mbaye.

La Télévision Futurs Médias (TFM) avait elle aussi déjà pris les devants, en mettant en place tout un service qui s’occupe exclusivement de ce passage de l’analogique au numérique. Adama Sow, qui coordonne le travail de cette équipe, n’a pas l’air de s’en faire plus que cela : « La régie de la Tfm est digitale, on peut même émettre en Haute Définition (HD). L’ensemble du plateau de la Tfm est digital, c’est le signal qui est analogique », un signal accessible par satellite, ou même à partir de la régie. La Tfm va basculer normalement, dit Adama Sow, mais en « maintenant ses atouts », même si elle n’est pas la seule concernée. Le Groupe Futurs Médias (GFM), qui parle d’une « stratégie globale », veut que tous ses supports puissent passer au numérique avec en plus de la télé, la radio et le quotidien.

Basculement technique

Au niveau d’une chaîne de télé comme Africa 7, on parle aussi de ce changement avec beaucoup de recul. C’est un simple « basculement technique, c’est-à-dire que l’on met un faisceau numérique, et le tour est joué. Cela vous prend une à deux heures », dit le directeur de l’Information. Cheikh Diaby précise aussi qu’une partie du matériel d’Africa 7 est « déjà à l’ère du numérique », la régie et les caméras par exemple. Et que si la télé ne dispose pas encore de tout le matériel disponible, « c’est (tout de même) en bonne voie ». D’autant plus que comme il dit, Africa 7 et les autres télévisions n’ont pas vraiment le choix : « c’est ça ou disparaître ». La chaîne procède en ce moment aux derniers réglages, et c’est d’ailleurs ce qui explique, toujours selon Cheikh Diaby, « les quelques soucis et autres désagréments techniques qu’il y a actuellement au niveau du son ».

La Rts a quant à elle misé sur son statut de chaîne publique, quand on sait que dès le Sommet de la Francophonie de novembre 2014, l’Etat du Sénégal lui attribuait un matériel numérique de production. Le chef du Département Informatique de la maison, Boubou Sall, dit même que « c’est la dernière technologie, un matériel qui répond aux standards internationaux », même si cela ne suffit pas. Il faut dire que les outils d’exploitation, autrement dit les studios, ne sont pas encore en format numérique, mais ce ne serait que provisoire. L’Etat du Sénégal, ce sont les mots de Boubou Sall, a promis que ce serait chose faite avant la fameuse date du 17 juin. Il suffira donc d’adapter ces studios pour pouvoir proposer aux téléspectateurs des images en Haute Définition (HD). Mais même sans cela, la Rts se dit prête, tout simplement « parce qu’en fait il n’y a pas vraiment de changement pour ce qui est de l’édition, c’est-à-dire pour ce qui est de la production et de la diffusion. »

Nos interlocuteurs sont unanimes : la base ne change pas, le métier non plus, mais on ne fera plus vraiment comme avant. Tout est question de multiplexage finalement. Un terme un peu compliqué qui veut dire, explique Adama Sow, que l’on prend par exemple « le signal de la Tfm, celui de la Rts, de 2stv, et celui de chacune des 17 chaînes qu’il y a au niveau national. Un opérateur technique prend le signal de ces chaînes-là, et il les met ensemble : c’est cette mise en commun que l’on appelle le multiplexage ». Ensuite seulement ces chaînes seront diffusées sur l’ensemble du territoire national, grâce à une vingtaine de points de relais.

Excaf

Cet opérateur en question c’est Excaf, qui a déposé son dossier suite à un appel à candidatures du Comité national de la transition de l’analogique au numérique (CONTAN), et qui a gagné ce marché où il était « en compétition avec des multinationales » étrangères. Peut-être, dit Adama Sow qui est aussi « l’un des rédacteurs de la stratégie nationale du Sénégal en matière de Télévision Numérique Terrestre (TNT) », que le Contan a voulu « privilégier l’option nationale ». Mais il faut dire aussi qu’« Excaf a une certaine expertise pour conduire ce projet, et toutes les chaînes de télévision se réjouissent » que ce marché soit allé à un groupe sénégalais.

Les chaînes de télévision, dit aussi Adama Sow, sont prêtes, et la plupart d’entre elles ne se soucie d’ailleurs que « de leur stratégie interne de basculement ». « Excaf et Contan sont les plus à plaindre ». Boubou Sall en est convaincu : toutes les télévisions seront prêtes à la date du 17 juin, et pas seulement parce qu’elles n’auront pas le choix. Mais qu’en sera-t-il de l’organe chargé de la diffusion ? « Est-ce qu’il sera prêt, c’est un peu cela la question, même si le président du Contan a dit que son équipe serait prête à temps. On y croit parce que ce n’est pas du tout compliqué : ce sont des émetteurs à installer, et ils ont pratiquement commandé tout le matériel. Il ne reste plus que le déploiement de tout cela. »

Théodora Sy Sambou

(Source : Sud Quotidien, 30 mars 2015)

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