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Accueil > Ressources > Points de vue > 2021 > Projet de régulation des média sociaux au Sénégal : s’agit-il de réduire le (…)

Projet de régulation des média sociaux au Sénégal : s’agit-il de réduire le numérique à sa plus simple expression ?

vendredi 18 juin 2021

Pendant qu’ailleurs, notamment chez nos cousins les Français, les réseaux sociaux sont devenus le nouveau terrain de jeu des politiques en direction de la Présidentielle 2022, Emmanuel Macron accélérant par exemple son offensive numérique en ces temps de Covid-19, au Sénégal, le pouvoir prend – pour une fois- le chemin inverse.

Le projet de loi portant encadrement de l’usage des réseaux sociaux : une loi de plus devant une panoplie de textes juridiques existants

Le projet de loi portant encadrement des réseaux sociaux fait suite à certaines préoccupations de l’Etat du Sénégal si l’on en croit le ministre de l’Économie numérique et des Télécommunications, Yankhoba Diatara, dans sa parution du 09 juin 2021 sur SNL : « Le gouvernement du Sénégal est résolument engagé contre tous les abus sur les réseaux sociaux ».

Force est de constater que dans l’approche de cette perspective de régulation, pas une seule ligne n’est consacrée à la sensibilisation ou à la formation des usagers du numérique, pourtant nécessaire à toute politique d’encadrement des média sociaux. Pourquoi le besoin de créer un nouveau dispositif quand on sait qu’il existe déjà un arsenal légal imposant, élaboré à partir de 2008, relatif à la liberté d’expression en ligne et au droit d’accès à l’information ? Mais aussi à la liberté de la presse : Loi n° 2016-33 relative aux services de renseignement, Loi n° 2016-29 portant Code pénal, Loi n°2016-30 portant code de procédure pénale, Loi n° 2017-27 du 13 juillet 2017 portant Code de la Presse, Loi n°2018-28 du 12 décembre 2018 portant Code des Communications électroniques sans oublier les Conventions en particulier celle de Budapest.

Parce que, ne nous voilons pas la face, les usages que nous faisons des média sociaux ne sont que le miroir de nos sociétés. Aussi, à l’image des textes violents, clivant que l’on peut lire sur les média sociaux, à l’image de la violence et du niveau au ras des pâquerettes des interventions des uns et des autres dans l’espace public, y compris dans le camp des tenants du pouvoir.

C’est dire que la bonne utilisation des média sociaux au Sénégal a encore du chemin à faire – qu’il s’agisse d’ici ou d’ailleurs – et rien ne garantit que l’utilisation du bâton fasse évoluer les choses dans le bon sens. Et puis, faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Les média sociaux au Sénégal : relais d’une presse classique qui perd la spontanéité de l’information et qui subit la rude épreuve d’une transformation digitale

Le signal des télévisions des groupes de presse Walfadjri et DMédia suspendus à l’entame des violents événements qui ont secoué le Sénégal au mois de mars 2021, une nouvelle réalité nous force aujourd’hui, à voir les choses autrement.

Bougane Guèye Dany, promoteur de DMédia, se dit pas du tout ébranlé par la mesure prise par le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA). Bien au contraire. « Gardez votre signal TNT, on préfère le signal du peuple. Seulement, il faut savoir bien décrypter le signal », a-t-il posté sur sa page Facebook, capture à l’appui. « 1 400 000 vues sur Dmedia l’officiel (YouTube) en moins de 14 heures et plus de 2 000 000 de vues sur Facebook en 24h avec Sen Tv l’officiel… Free Sénégal », fait-il remarquer dans les colonnes du blog Yerimpost en date du 6 mars 2021. Et ce, en lieu et place des 10 000 à 12 000 vues habituelles sur la plateforme numérique Dmédia !

2,869,491 tweets, 7,707,813 interactions, 1,659,383,231 impressions, telles sont les statistiques de l’hashtag #FreeSénégal qui sont affichées sur la plateforme FreeSenegal, à l’occasion de la couverture faite des manifestations au Sénégal. Excusez du peu !

Sans oublier que ces chiffres impressionnants ont été obtenus dans un contexte de blocage et de bridage du numérique. @netblocks, une organisation de surveillance qui surveille la cyber sécurité et la gouvernance d’Internet lancée en 2017, confirme la restriction des réseaux sociaux au Sénégal. Les serveurs CDN Facebook, WhatsApp, YouTube et Telegram furent dérangés. Le partage de photos et vidéos est limité.

Numérique, transparence politique et démocratie au Sénégal : l’impossible cohabitation ?

Pendant ce temps, le ministre de la Justice du Sénégal, Me Malick Sall, affirmait le plus sérieusement du monde, sur les plateaux de France 24 : « Il y a une habitude ici au Sénégal…Les jeunes, beaucoup étaient dans les écuries de lutte. Les écuries de lutte ça signifie quoi ? Toute la semaine, ils sont à l’entraînement, dans les salles et au bord de la mer. Les week-end, ils étaient dans les stades, ça leur permettait non seulement de se défouler mais aussi de gagner leur vie. Et cela, ils en sont privés depuis maintenant bientôt un an. »

Cherchez l’erreur ! Est-ce cela le nouvel ordre numérique que le gouvernement sénégalais entend promouvoir au Sénégal ?

Nous ne ferons pas l’erreur d’insulter l’intelligence de nos dirigeants, qui n’ont que trop bien compris, l’importance et le poids des réseaux sociaux dans un pays comme le Sénégal, qui surfe sur une longue tradition de démocratie qui s’est largement érodée avec le temps. Avec un score de 5,67 points, le Sénégal, 10e en Afrique et 86e au monde, est rangé parmi les « régimes hybrides, dans l’édition 2020 de « l’indice de la démocratie », dans le monde de la revue anglais « The Economist intelligent Unit« , qui porte sur 167 pays dont 50 en Afrique. Le régime hybride est le 3e niveau de démocratie avant la dictature.

Miroir vérité, les médias sociaux au Sénégal n’ont eu de cesse de mettre les pieds dans le plat sur cette descente aux enfers concernant les restrictions de liberté du fait du régime en place, non sans hisser au pinacle le principal opposant dudit régime, Ousmane Sonko, à trois ans d’une élection présidentielle une grosse incertitude et de danger pour le pays.

Ceci explique t-il cela ?

En tout état de cause, en choisissant de serrer un peu plus le vis sur les libertés d’expression avec ledit projet de régulation des réseaux sociaux, l’Etat du Sénégal montre quelque part, que toutes les leçons des violentes manifestations ayant mis à rude épreuve tout le pays, n’ont pas été tout à fait retenues.

Faire le choix d’entrer dans l’histoire du numérique à reculons ne constitue absolument pas le meilleur bon de sortie. Clique qui pourra !

Cheikh Bamba Ndao
Expert en communication digitale
Formateur en nouveaux média
Digital Manager, Blogueur Tech
Twitter : @publicheikh

(Source : Social Net Link, 18 juin 2021)

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