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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2015 > Juin 2015 > Neutralité du web : avantage ou inconvénient ?

Neutralité du web : avantage ou inconvénient ?

lundi 15 juin 2015

Régulation des télécoms

Le jeudi 04 juin 2015 a eu lieu le lancement du projet internet.org au Sénégal, suite à un partenariat entre Facebook et l’opérateur Millicolm présent localement sous la marque Tigo. Le lancement de cette plateforme, qui permet aux abonnés de l’opérateur d’accéder gratuitement à un bouquet de sites internet dont le réseau social, a soulevé une polémique dans la sphère IT.

Depuis lors, un débat passionné a lieu entre pro ou contre « Neutralité du net ». La neutralité du net encore appelé “Neutralité du réseau” pour rappel, est définie par wikipedia comme étant un principe qui garantit l’égalité de traitement de tous les flux de données sur internet. Ce principe exclut toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau.

Les défendeurs de la neutralité du Net disent que le lancement de cette plateforme constitue un dangereux précédent, dans la mesure où elle introduit ce qu’on pourrait appeler « un internet des pauvres ». Toujours d’après eux, l’opérateur ne devrait pas avoir le droit d’offrir suite à un accord commercial, l’accès gratuit à un bouquet de sites internet dans la plus grande opacité. En le faisant, il fausse le jeu de la concurrence et balkanise internet qui est une ressource ouverte et libre où toute personne peut être créatrice de contenu ou consommatrice sans restriction à partir du moment où elle est connectée.

Une partie des acteurs de la communauté, parmi lesquelles votre serviteur, estime que cette plateforme, malgré le fait qu’elle ne permette l’accès qu’à quelques sites web, est une bonne chose pour un pays comme le Sénégal. Il est vrai que les principes qui sous-tendent la neutralité du net imposent la non-discrimination sur le contenu, mais dans un environnement ou la majorité de la population n’utilise pas internet, pour différentes raisons, offrir un accès à des ressources en ligne gratuitement peut toujours créer une émulation. De plus, Le principe même de neutralité du net connaît des limites, car comme tout type de service, internet a un coût. S’il faut encadrer les opérateurs afin qu’ils assurent le même accès correct à la population dans son ensemble et à un prix correct, il ne faut pas aussi les empêcher de poursuivre des objectifs commerciaux. Si l’offre faite par l’opérateur a un soubassement commercial, on ne peut pas non plus lui enlever sa portée sociale. Il y a au moins 1.300.000 Sénégalais sur Facebook , cette population majoritairement jeune dispose désormais d’un moyen simple et rapide de communiquer gratuitement entre elle. Malgré cet avantage, il faut relativiser et dire que cette plateforme n’apporte pas que du bon et mettre en place des garde-fous pour protéger l’Etat et la population.

Pourquoi l’Etat ?

Du moment où une partie de la population, qui achetait du crédit pour des pass internet ou des sms ne le fera plus, car disposant d’un moyen gratuit pour communiquer et que ce moyen a été mis en place au travers d’un partenariat avec une société étrangère, qui (je suppose) apporte une contrepartie financière (service à l’exportation donc), je me pose la question à savoir quelle est l’étendue des pertes « s’il y a lieu » pour l’Etat du Sénégal en termes de TVA ?

Du moment où c’est un partenariat commercial, y a-t-il exclusivité ou bien d’autres géants d’internet auront la possibilité d’avoir eux aussi accès à « leur internet gratuit » ?

Pourquoi la population ?

Où vont les données collectées par la plateforme internet.org, en plus des sites visités, et est-ce-que l’opérateur y a accès ?

Concernant les nouveaux dangers liés aux réseaux sociaux, qu’est ce qui est fait pour éduquer la population, surtout les plus jeunes ?

Ces quelques questions pour poser le débat et demander au-delà même du Sénégal comment doit-on interagir avec ses solutions numériques qui prennent de plus en plus de place dans la vie réelle.

Abdoulaye Sylla

(Source : La voix des jeunes, 15 juin 2015

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