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Le pari complexe d’une souveraineté numérique

mardi 15 décembre 2015

Politique nationale

Travailler à assurer la souveraineté numérique en Afrique, c’est l’une des pistes de réflexion à laquelle les professionnels des technologies de l’information et de la communication du Sénégal invitent les autorités africaines à travailler pour tirer le maximum de profits sur les dividendes de l’économie numérique. Les acteurs, pour leur part, sont invités à faire preuve d’innovation, à développer du contenu et des applications locales mais également faire face aux défis de l’internationalisation de leurs activités.

L’Afrique doit relever le pari de la souveraineté numérique afin de tirer le maximum de profits des opportunités qu’offre l’économie numérique. Cette conviction est des professionnels de l’écosystème technologique du Sénégal. Ils l’ont exprimé lors de la deuxième journée du Salon International des Professionnels de l’Economie Numérique (SIPEN). Un événement que l’Organisation des Professionnels des Technologies de l’Information et de la Communication (OPTIC) a organisé en partenariat avec le Conseil National du Patronat (CNP), les 14 et 15 décembre 2015 à Dakar.

Les données, à l’image de l’information, sont au cœur d’une compétition dictée par l’intelligence numérique. Dans ce contexte, les Etats africains sont invités à bâtir une souveraineté numérique sécurisée et fiable. Une étape qui passe par un contenu et des applications locales de qualité.

M. Samba SENE d’une entreprise dénommée Wiss Africa, l’a affirmé lors du panel sur « Innovation : Enjeux et défis du contenu et des applications locales ». Pour lui, le développement de l’Afrique repose sur la capacité de sa population à innover. A son avis, la solution pour rattraper le retard du continent revient à chercher des solutions simples, rapides et utiles pour tous les secteurs. Un objectif qui, d’après lui, peut être atteint en investissant sur le numérique qui est accélérateur d’innovations et moteur de développement. Un objectif qui repose également sur la disponibilité de données africaines pertinentes, dans un cadre juridique approprié.

Sur cette même lancée, le fondateur d’Expat Dakar, M. Mapenda Diop pense qu’il est temps de faire du business avec l’internet.

Dans le même cheminement, l’ancien directeur du département des données de la Sonatel, M. Samba, prévient aussi que trop de contraintes juridiques tuent l’innovation. Il suggère la mise en place d’un cadre souple qui, non seulement garantit un cadre approprié mais incite à l’innovation. Mapenda Diop y greffe, le défi du financement qui, pour lui, constitue un blocage pour le développement de contenus africains utiles. « La matière grise existe mais ce qui manque c’est l’esprit entrepreneurial ».

Faisant des contenus et applications utiles un impératif, les acteurs de l’écosystème numérique estiment qu’il faut au préalable connaitre les besoins des populations dans ce sens. Ils font également allusion à la faiblesse du taux de pénétration des smartphones en Afrique. Un ensemble de facteurs qui renvoient à la qualité des contenus à développer. Un état de fait dont la réussite passerait par un accompagnement de l’Etat mais également un changement de business modèles capables d’encourager l’éclosion des applications domestiques.

Devant la problématique du financement, nerf de la guerre, Mme Yaye Fatou C.Niang de la Commission des protections des Données Personnelles (CDP) pense que les acteurs gagneraient à développer plus de solidarité entre eux, mais aussi se constituer en réseau pour espérer gagner les grands marchés.

Un marché solide d’abord avant l’internationalisation

Les acteurs de l’écosystème numérique ne manquent pas d’ambition face aux multiples programmes de développement en Afrique qui mettent les TIC au cœur de leur priorité. Malgré un climat qui semble être propice, les entreprises africaines sont très bousculées par celles occidentales ou asiatiques qui s’intéressent de plus en plus au continent. Ceci au moment où plusieurs observateurs ont prôné, lors du panel sur « Comment faire face aux défis de l’internationalisation », plus d’ouverture des activités des acteurs de l’écosystème africain.

Un pari qui, selon l’Administrateur de Gainde 2000, M. Ibrahima Nour Eddine Diagne oblige de faire la différence, d’abord, au niveau du marché local avant même de penser international. M. Diagne, dans sa logique, fait remarquer que le « made in Africa n’a pas encore beaucoup de valeur ». Une situation qui, à son avis, nécessite un échange de procéder entre pays africains mais aussi une volonté politique réelle pour accompagner les acteurs dans chaque pays.

Ouverture oui mais un ensemble de préalables, diront les spécialistes de l’écosystème numérique qui demandent beaucoup de protection de la part des autorités, face à la concurrence des multinationales. Une requête jugée légitime au moment où un pays comme la France met autant de barrières qui empêchent une entreprise africaine d’y gagner le moindre marché.

Dans la même veine, le Directeur Général de By Filling M. Mohamed Amadou Diallo invite les entreprises africaines du numérique à investir davantage sur les standards internationaux qui leur permet d’être à niveau. Il pense également que le marketing digital peut permettre aux entreprises du continent de faire face à la concurrence déséquilibrée en l’utilisant de manière stratégique.

Pour tirer plus de profit de l’économie numérique, les entreprises africaines veulent être écoutées afin d’être mieux accompagnées par les autorités politiques.

Bacary Dabo

(Source : AllAfrica, 15 décembre 2015)

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