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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Octobre 2016 > Yaya Abdoul Kane, Ministre des Postes et Télécommunications : « Le Parc (…)

Yaya Abdoul Kane, Ministre des Postes et Télécommunications : « Le Parc technologique de Diamniadio sortira de terre en 2017 »

lundi 3 octobre 2016

Politique nationale

Dans cet entretien, le ministre des Postes et des Télécommunications, Yaya Abdoul Kane, passe au peigne fin les questions relatives à la réalisation de 7.000 km de fibre optique, au nouveau Code des télécommunications à la promotion de l’économie numérique, etc. Avec une révélation de taille, la construction, dès l’année prochaine, du Parc technologique de Diamniadio, d’un coût de 45 milliards de FCfa.

Quels sont, à ce jour, les efforts consentis par l’Etat du Sénégal pour réduire la fracture numérique ?

Vous savez, nous venons de finaliser la stratégie Sénégal numérique à l’horizon 2025. A ce titre, le maître-mot, c’est le numérique partout, pour tous et pour tous les usages. L’objectif principal est de fournir aux Sénégalais des services d’accès à Internet et à la téléphonie à moindre coût, avec un accent particulier sur la capacitation des ressources humaines, la lutte contre la cybercriminalité, la promotion des Pme dans le secteur de l’économie numérique. D’importants efforts ont été fournis pour la couverture du pays même si des zones comme le Ferlo, le sud et l’est du Sénégal demeurent encore faiblement pourvues en services de télécommunications. C’est tout le sens du tout nouveau programme dénommé Puma lancé récemment par le chef de l’Etat, Macky Sall. Pour résoudre le problème, le gouvernement avait signé une convention avec le groupe Haayo. Il s’agissait d’une licence de services universels pour opérer dans la région de Matam. Lancé en 2011, le projet suit son cours, et nous ferons bientôt une évaluation pour voir si les objectifs ont été atteints. Si cela s’avère positif, nous allons voir les possibilités de l’étendre à d’autres régions. Il faut remarquer aussi qu’avec l’attribution de la licence 4G, les opérateurs ont l’obligation de couvrir toutes les zones traversées par les routes nationales. Résultat, d’ici à 5 ans, 65 % du territoire national seront couverts par la 4G. Le projet de désenclavement numérique du territoire est en phase avancée avec la réalisation des études de faisabilité par les techniciens du ministère de l’Economie et des Finances. L’objectif, c’est de couvrir les collectivités locales avec le développement des services, la promotion des Startup (jeunes entreprises) et la création d’emplois massifs. C’est toute la pertinence de la mise en place du fonds d’appui à l’innovation. En termes d’infrastructures, l’Etat a déployé un intense réseau de fibre optique qui va couvrir l’étendue du territoire. Le projet de villes numériques est bien lancé. Le Parc technologique de Diamniadio, en gestation, en est la plus parfaite illustration. D’un coût global de 45 milliards de FCfa, il est financé par l’Etat du Sénégal et la Banque africaine de développement (Bad). Le projet mise notamment sur le développement d’une industrie numérique, une sorte de plateforme numérique, avec à la clé des prévisions de 35.000 emplois directs et 100.000 emplois indirects à l’horizon 2020. L’ambition du chef de l’Etat, c’est de faire de notre pays un hub numérique en Afrique, une plateforme de choix pour les opérateurs de télécoms. Dans cette perspective, le centre Ctic sera délocalisé à Diamniadio pour un meilleur soutien aux Startup. Pour la couverture et l’accès à Internet, nous allons, dans quelques semaines, procéder au lancement d’une procédure pour la sélection des Fournisseurs d’accès à Internet (Fai). L’entrée des opérateurs d’infrastructures est également prévue pour améliorer la connectivité, l’aménagement numérique du territoire, le développement des services et la création d’emplois. L’étude faisabilité pour le projet de désenclavement numérique du Sénégal sera lancée bientôt avec l’appui du ministère de l’Economie et des Finances. La fibre pourra être louée aux divers opérateurs afin de stimuler la croissance, pour une baisse effective des prix des services.

Un nouveau Code des télécommunications est en gestation. Quelles sont les innovations majeures que connaîtra le secteur ?

A la suite du lancement des appels d’offres, trois cabinets (deux sénégalais et un français) ont été sélectionnés. Le processus est donc enclenché et le consultant a commencé le travail. Un comité de suivi a été installé et il regroupe des représentants de la Présidence de la République, de la Primature, du ministère de l’Economie et des Finances, de l’Adie, etc. Concernant les innovations majeures, on retiendra l’audit du Code des télécoms. Jusque-là, le secteur a fonctionné avec un dispositif réglementaire incomplet et des décrets d’application non approuvés. Or, il s’agit d’un secteur en constante mutation. Il faut donc prendre en compte les nouveaux besoins et rendre le secteur attractif. Cela ne peut se faire sans un cadre juridique et réglementaire approprié. On espère que le nouveau Code sera prêt dans quatre à cinq mois pour passer d’abord en Conseil des ministres avant le vote à l’Assemblée nationale. Cette fois ci, les décrets d’application seront préparés simultanément pour éviter les insuffisances de l’ancien Code. D’autres innovations ont trait à la mutualisation et au partage des infrastructures, l’externalisation des services des télécommunications… En lieu et place de licences, on va désormais attribuer des autorisations pour les Fournisseurs d’accès à Internet (Fai) et les opérateurs d’infrastructures. Notre approche, basée sur le Benchmarking (partage des meilleures pratiques), nous fera prendre d’autres mesures. En tous les cas, le document sera partagé avec tous les acteurs.

Huawei va installer prochainement 7.000 km de fibre optique au Sénégal. Quelles seront les retombées d’un projet aussi ambitieux qui va coûter 60 milliards de FCfa ?

Nous réitérons l’ambition du Sénégal de développer l’économie numérique ; d’où la nécessité de disposer d’infrastructures adéquates. L’Etat va donc développer la fibre optique. La dématérialisation est aussi dans l’air du temps, car l’Etat doit sécuriser ses données administratives. Il est très bon pour la puissance publique de disposer de sa propre infrastructure, et nous sommes en train de voir comment ouvrir l’infrastructure de l’Etat aux autres opérateurs afin de rentabiliser l’opération en commercialisant les surcapacités. Avec le partenaire chinois, Huawei, dont le grand projet émane de la volonté des plus hautes autorités de l’Etat de développer le haut débit dans notre pays, nous aurons 7.000 km de fibre optique. C’est un projet d’une importance capitale, parce qu’il nous permettra de développer des services, moderniser et sécuriser l’administration sénégalaise. Deux options s’offrent à nous : soit une structure étatique sera autorisée à commercialiser les surcapacités, soit la gestion de cette fibre sera confiée à un opérateur privé. Le moment venu, nous trouverons la meilleure formule. Ce projet entre dans le cadre de la fructueuse coopération sino-sénégalaise.

Avec un taux de pénétration de plus de 100 % du mobile, est-il pertinent de penser à l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché ?

Cette question est agitée partout, mais je vous signale qu’elle n’est pas à l’ordre du jour au niveau gouvernemental. Nous en jugerons la pertinence au gré du comportement du marché.

La question du contrôle des opérateurs de téléphonie se pose avec acuité. Quelles sont les mesures prises pour rassurer les consommateurs ?

L’année dernière, le gouvernement avait pris un décret sur le contrôle pour autoriser l’Artp à installer des équipements au sein même de l’infrastructure des opérateurs.

Aujourd’hui, ce dispositif de contrôle est opérationnel. Un des opérateurs avait dit que l’agence n’avait aucune base légale pour installer ses équipements. Nous sommes en mesure de dire qu’aujourd’hui l’agence dispose de tout l’équipement, l’expertise et le savoir-faire pour assurer le contrôle des opérateurs.

Autant dire que la régulation fonctionne. Le secteur évolue très vite, car la technologie est en avance sur les lois. Il y a parfois des fraudes. De même, plusieurs nouveautés comme les transactions électroniques portant sur la monnaie sont intervenues. D’où la pertinence de la révision du Code des télécommunications. La problématique de la régulation nécessite l’implication de tous les acteurs pour une bonne gestion de l’économie numérique. Il ne faut pas que l’Afrique subisse la révolution numérique, mais elle doit effectivement participer au processus en tant qu’actrice. C’est d’ailleurs ce que le président Macky Sall a bien compris en faisant des Tic un vecteur de croissance et de développement dans l’optique du Pse. Pour la première fois dans notre pays, l’Etat a injecté une enveloppe de 45 milliards de FCfa pour financer la réalisation d’un parc de technologie numérique, et c’est celui de Diamniadio. Dès 2017, les constructions de l’infrastructure vont démarrer et la révolution technologique sera en marche. Dans la même dynamique, des incubateurs seront installés dans toutes les régions. Nous travaillons pour une appropriation des technologies numériques par les Sénégalais. Il s’agit de promouvoir cette nouvelle économie.

Propos recueillis par Mamadou Lamine Diatta

(Source : Le Soleil, 3 octobre 2016)

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