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WSIS 2026 à Genève : le Sénégal présente son « New Deal Technologique », une vision souveraine pour l’avenir numérique africain

vendredi 10 juillet 2026

Politique nationale

À l’occasion du World Summit on the Information Society (WSIS) Forum 2026, le Sénégal a dévoilé les contours de son New Deal Technologique, une stratégie ambitieuse destinée à faire du numérique un levier de souveraineté, de croissance inclusive et de création d’emplois. Présidée par M. Samba Diouf, Ministre des Télécommunications et du Numérique du Sénégal, la session intitulée « New Deal Technology, or a Global South Digital Strategy for Impactful ICT Transformation » a réuni les représentants du Conseil National du Numérique, des opérateurs télécoms, de l’écosystème d’innovation et des partenaires internationaux.

Une transformation technologique au service d’une transformation sociale

Dès l’ouverture des échanges, le ministre Samba Diouf a tenu à rappeler que le New Deal Technologique dépasse largement la seule question des infrastructures numériques. Pour le ministre : « La transformation digitale que nous voulons construire n’est pas seulement une transformation technologique. C’est une transformation sociale pour tout le pays. » Selon lui, cette transformation doit permettre au Sénégal d’accélérer son développement tout en renforçant sa place dans l’économie numérique mondiale. Et d’ajouter : « Nous ne voulons pas être un pays qui subit la technologie ou qui la consomme. Nous voulons la coordonner, l’opérer et la protéger nous-mêmes. »

Trois priorités stratégiques pour le New Deal Technologique

Le ministre a articulé la vision sénégalaise autour de trois priorités majeures.

1. La souveraineté numérique

Le premier pilier vise à assurer la maîtrise des technologies stratégiques. Cloud souverain, cybersécurité et intelligence artificielle constituent les fondements de cette ambition. L’objectif est de garantir au Sénégal le contrôle de ses données, de ses infrastructures et des usages liés aux technologies émergentes.

2. L’Infrastructure Publique Digitale (DPI)

Le deuxième pilier repose sur la création d’une véritable Infrastructure Publique Digitale (Digital Public Infrastructure – DPI) capable d’interconnecter les administrations, les citoyens et les entreprises au sein d’un écosystème numérique intégré. Le ministre a décrit cette approche comme une « infrastructure de transit » destinée à fluidifier les services publics, faciliter les échanges et accélérer l’innovation.

3. Les compétences et l’innovation

Le troisième pilier met l’accent sur le capital humain. Il ne s’agit plus seulement de former aux outils numériques mais de donner aux jeunes les capacités d’exploiter l’intelligence artificielle pour créer de nouvelles opportunités économiques. « Le fondement clé de cette montée en compétences, c’est de s’assurer que nos jeunes puissent bénéficier de l’IA et l’utiliser pour détecter et saisir plus d’opportunités. »

Un constat partagé : financer localement, valoriser globalement

Le diagnostic présenté au WSIS a été largement partagé par les participants : alors que les pays africains investissent massivement dans les infrastructures numériques, la valeur créée par les données et les plateformes demeure largement captée hors du continent. Pour Fatou Ndiaye Diop Blondin, représentante du FDSUT, le défi est désormais de transformer les investissements dans la connectivité en véritables moteurs de développement économique et social. Elle explique que : « L’accès universel doit désormais s’accompagner d’une capacité à héberger, sécuriser et valoriser localement nos données. » Du côté des opérateurs, Amadou Moctar Ndiaye (DU MTN Sénégal) a souligné l’importance d’un cadre réglementaire adapté aux nouvelles réalités du marché numérique. Pour lui : « Les infrastructures sont construites localement ; il est légitime que la valeur créée participe également au développement de nos écosystèmes nationaux. »

Une économie numérique plus équitable

La question du partage de la valeur a également été au cœur des échanges. Malick Gueye, Directeur Général de Wave Sénégal a plaidé pour un environnement propice à l’innovation africaine et à l’émergence de champions technologiques continentaux. Pour le Directeur de la fintech, considérée comme l’une des rares licornes de la région : « L’Afrique dispose des talents et des usages. Le défi consiste désormais à créer les conditions permettant à nos entreprises numériques de grandir à l’échelle mondiale. »

Même vision pour Ibrahima Nour Eddine Diagne, administrateur Délégué de GAINDE 2000, qui a insisté sur la nécessité de construire des plateformes et des solutions numériques répondant aux besoins locaux tout en restant compétitives à l’international. Et d’ajouter que : « La souveraineté numérique passe aussi par notre capacité à produire nos propres solutions et à créer davantage de valeur sur le continent. »

Vers une nouvelle génération de régulation

Les discussions ont également porté sur l’évolution de la gouvernance numérique mondiale. Pour Cheikh Ahmadou Bamba Fall, Conseiller Technique pour la coopération allemande, GIZ, les mutations technologiques imposent une coopération renforcée entre États, régulateurs et secteur privé. Et d’insister sur : « Les défis numériques sont désormais transfrontaliers ; les réponses doivent l’être également. »

Un constat partagé par Christian Thiam, responsable du design pédagogique et d’assurance qualité de FORCE-N ( Formations Ouvertes pour le Renforcement des Compétences, de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat dans le Numérique) qui a rappelé que les plateformes mondiales, l’IA et les infrastructures satellitaires rendent indispensable une approche collaborative de la régulation. Pour le représentant de ce programme de formation porté par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) et la Fondation Mastercard : « Aucun acteur ne peut réguler seul l’économie numérique mondiale. La gouvernance doit être construite collectivement. »

Une stratégie d’investissement de 2 milliards de dollars

Au-delà de la vision, le ministre Samba Diouf a détaillé les ambitions opérationnelles du New Deal Technologique. Le programme prévoit 54 projets structurants répartis dans 12 programmes nationaux, pour un investissement estimé à près de 2 milliards de dollars sur dix ans. Une unité de suivi dédiée sera chargée d’assurer la mise en œuvre et l’évaluation des projets selon des critères d’impact économique, social et environnemental.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté affirmée de passer du temps des stratégies à celui de l’exécution. Répondant à une question d’un des participants, le ministre Diouf a rappelé que : « Nous voulons passer de la stratégie à la mise en œuvre. Il est maintenant temps d’accélérer et de faire du New Deal Technologique une réalité. »

Le Sénégal, porte-voix du Sud Global

À Genève, le Sénégal n’a pas seulement présenté une politique publique nationale. Il a proposé une vision destinée à inspirer l’ensemble des pays du Sud Global : une économie numérique fondée sur la souveraineté, la création de valeur locale, l’innovation et la coopération internationale. Le message porté par la délégation sénégalaise est sans ambiguïté : l’Afrique ne souhaite plus être un simple marché de consommation technologique. Elle entend devenir un territoire de conception, d’innovation et de production. Avec son New Deal Technologique, le Sénégal se positionne ainsi comme l’un des laboratoires africains les plus ambitieux d’une transformation numérique inclusive, souveraine et créatrice d’opportunités pour sa jeunesse.

Mohamadou Diallo, avec la rédaction CIO Mag – Depuis le WSIS Forum 2026, Genève.

(Source : CIO Mag, 10 juillet 2026)

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