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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2021 > Janvier 2021 > WhatsApp : une grande émigration africaine ?

WhatsApp : une grande émigration africaine ?

vendredi 15 janvier 2021

Médias/Réseaux sociaux

Alors que l’application mobile est la cible d’un appel au boycott, à la suite de la mise à jour de sa politique de confidentialité, le réseau mobile tente de rassurer les Africains en réaffirmant la sécurisation de ses services.

En Afrique, WhatsApp n’est pas qu’une application mobile multiplateforme qui fournit un système de messagerie instantanée via les réseaux de téléphonie et d’Internet. Depuis le milieu des années 2010, WhatsApp, propriété de Facebook, est une « religion ». Véritable révolution numérique sur un continent au taux d’équipement en smartphones de l’ordre de 50 % de la population – selon le cabinet Deloitte -, cette « appli » est la plus utilisée.

Avec la « gratuité » des télécommunications qu’elle permet, plus besoin de chronométrer son appel, lorsqu’on contacte un cousin de la diaspora, ni de squatter clandestinement la ligne téléphonique de son employeur, caché derrière le bureau à l’heure du déjeuner. Avec, en prime, la vidéo et l’impression d’être une connaissance du célébrissime Juan Gomez de Radio France internationale (RFI), que l’on peut contacter sans coup férir.

Telegram et Signal

En Afrique francophone, les écrans de mobiles sont désormais comme ceux de la télévision : quasiment allumés en permanence. Une récente polémique n’a donc pas manqué d’effaroucher les « WhatsAppeurs », dont la plupart n’en ont pourtant compris ni les tenants ni les aboutissants…

À l’occasion d’une des mises à jour de l’application, qu’on valide en général sans en lire les termes, des journalistes ont dénoncé des atteintes à la sécurité des données personnelles dans la nouvelle politique de confidentialité de WhatsApp.

Et certains animateurs de chaînes de télévision d’inciter à un réflexe pavlovien, en supprimant en direct l’appli de leur téléphone, pourtant censé être éteint à l’antenne. Deux concurrents de l’application ont pu bénéficier d’une campagne de publicité gratuite : Telegram, créée par deux frères russes, et l’américaine Signal, conçue pour être la plus sécurisée possible.

Les dirigeants de WhatsApp ont tenté de rassurer leur public via un communiqué de presse. Le nouveau partage, avec Facebook, des données des utilisateurs du service de messagerie ne concernerait que les messages à une entreprise. Protégés par un chiffrement de bout en bout, les messages et appels personnels, individuels ou en groupe, de même que les géolocalisations partagées, ne pourraient être consultés ni par WhatsApp ni par Facebook.

Sursaut paranoïaque ?

Une différence notable avec les communications téléphoniques traditionnelles dont les opérateurs conservent des historiques, en témoignent les séries télé policières et leurs fameuses « fadettes » (« factures détaillées ») de nature à confondre les brigands menteurs.

Les contacts utilisés sur WhatsApp ne seraient pas non plus partagés avec les applications sœurs proposées par Facebook Inc. Depuis novembre dernier, l’appli propose même de faire disparaître les messages que l’on qualifie de « temporaires ».

Sursaut paranoïaque ? Si son épouse bafouée n’a pas accès à toutes ses communications frivoles, le « téléphoneur » lambda n’a pas non plus à s’inquiéter des services secrets d’un régime qu’il ne menace guère, aussi autocratique celui-ci soit-il.

En revanche, il ne faudrait pas qu’une application chantre de la lutte contre les spams ne devienne pourvoyeuse de données exploitables par des publicitaires intrusifs. Et la vigilance – qui n’est pas synonyme de complotisme – est une question de principe, pour qui sait qu’il est difficile de retirer son doigt de l’engrenage de la culture « Big brother ».

Damien Glez

(Source : Jeune Afrique, 15 janvier 2021)

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