Wave et Orange Money : Quand la BCEAO relève les plafonds, l’Etat risque de perdre la trace de l’argent
mardi 13 octobre 2026
1. LE PLAFOND DOUBLE, LA SURVEILLANCE RESTE À ZÉRO
Le 2 novembre 2026, la BCEAO fait passer le plafond de détention des wallets de 2 à 4 millions FCFA et le rechargement mensuel de 10 à 15 millions FCFA. Officiellement, c’est une mesure d’inclusion financière et de commodité pour l’utilisateur. En réalité, c’est une libéralisation d’un canal que personne n’est en mesure de surveiller correctement. L’instruction n°020 du 8 octobre 2026 se concentre sur la protection de la liquidité 65 % des encours en dépôts à vue mais ne dit pas un mot de la traçabilité des transactions. On augmente le débit d’un robinet sans installer de compteur.
2. LES BANQUES DEVIENNENT DES COFFRES-FORTS SANS VISAGE
4 millions FCFA, c’est déjà le salaire mensuel d’une bonne partie des cadres urbains de l’UEMOA. Le jour où un employeur verse la paie directement sur le wallet, la banque perd le client, la donnée et toute relation commerciale. La Banque mondiale prévenait dès 2023 que le plafond de 2 millions limitait déjà la pression concurrentielle des émetteurs de monnaie électronique sur les banques. En doublant ce plafond, la BCEAO ne crée pas une concurrence saine : elle ouvre une voie de contournement. Si les salaires migrent vers les wallets, les banques ne seront plus que des coffres-forts sans visage, des comptes techniques vidés de leur substance.
3. L’ÉTAT PERD LA TRACE FISCALE DES FLUX
Les transferts de wallet à wallet ne laissent aucune trace exploitable par le fisc. L’argent circule de téléphone à téléphone, sans toucher un compte bancaire identifiable, sans relevé, sans fichier de recoupement. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin ou au Burkina Faso, la collecte de la TVA et de l’impôt sur le revenu repose largement sur les informations transmises par les banques. Quand l’activité migre vers le wallet, la matière imposable ne disparaît pas : elle devient invisible. Ce n’est pas de la fraude organisée, c’est une cécité structurelle. L’État ne sait plus où est l’argent, combien il y en a, ni entre les mains de qui.
4. PAS DE SUPTECH, PAS DE REGTECH, PAS D’INTEROPÉRABILITÉ
Un réseau interopérable obligatoire aurait pu compenser partiellement cette perte de visibilité en centralisant les flux. Mais GIMpay, lancé en novembre 2024 par GIM-UEMOA, est encore en phase d’intégration technique dix-neuf mois plus tard, avec une participation volontaire et sans date butoir légale. La plateforme PI-SPI de la BCEAO, elle, est obligatoire, mais les reports de migration se multiplient. La BCEAO n’a pas d’outil Suptech pour superviser les transactions en temps réel, et les États n’ont pas de RegTech pour capter la fiscalité. Un écosystème fragmenté, à participation volontaire et technologiquement en retard, c’est le pire scénario possible : les fonds circulent entre des îlots non connectés, sans point d’entrée unique pour la donnée, sans obligation de reporting consolidé. La BCEAO contrôle les bilans des émetteurs. Elle ne contrôle pas l’argent qui circule réellement entre les téléphones.
Dr Seydou Bocoum
Economiste hétérodoxe
(Source : Groupe WhatsApp du RASA,13 octobre 2026)
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