Vision Bénin 2060 : la place du numérique dans le développement national
mercredi 4 février 2026
La transformation numérique s’accélère en Afrique, les TIC étant perçues comme un catalyseur de développement dans plusieurs secteurs. Selon la GSMA, le numérique pourrait générer 309 millions de dollars de valeur ajoutée supplémentaire pour l’agriculture béninoise d’ici 2028.
Le gouvernement béninois a procédé, le mardi 3 février, au lancement de la « Vision Bénin 2060 Alafia, un monde de splendeurs », une feuille de route destinée à guider le développement du pays sur les 35 prochaines années. Dans un contexte de transformation numérique accélérée sur le continent africain, la question de la place du numérique dans la concrétisation de cette ambition de développement socio-économique s’impose naturellement.
Le document stratégique indique que le diagnostic national a permis d’identifier plusieurs leviers majeurs de transformation, notamment les opportunités offertes par la transition numérique. Les autorités entendent ainsi accélérer le développement des technologies numériques, avec un accent particulier mis sur l’intelligence artificielle. « La Vision nationale de développement 2060 positionne ainsi la technologie non seulement comme un outil de modernisation, mais aussi comme un levier structurant de souveraineté, de compétitivité et d’émancipation collective », souligne le document.
Pour réussir cette transition à l’horizon 2060, le gouvernement estime que le Bénin devra garantir une inclusion numérique équitable sur l’ensemble du territoire, investir dans la souveraineté technologique à travers la recherche, la formation et l’innovation locale, renforcer la sécurisation du cyberespace et des infrastructures stratégiques, et intégrer pleinement les technologies numériques dans les politiques publiques, éducatives et productives.
Dans cette perspective, le numérique est appelé à transformer en profondeur plusieurs secteurs clés. Dans le domaine de la santé, des investissements sont prévus dans les technologies médicales et la digitalisation du système sanitaire. Le secteur de l’éducation est également concerné, avec une adaptation accrue aux technologies numériques pour démocratiser l’accès aux contenus éducatifs et la promotion de l’éducation technologique afin de faciliter l’insertion des jeunes dans l’économie numérique et les industries du futur.
Au niveau des secteurs productifs, l’intégration des technologies de l’information, du numérique et de l’intelligence artificielle (IA) vise à optimiser les processus de production, renforcer la traçabilité, stimuler l’innovation et améliorer la productivité. La modernisation de l’administration publique et des institutions constitue un autre pilier, avec l’objectif de bâtir des services plus performants, accessibles, numérisés et centrés sur les besoins des citoyens.
Par exemple, au cœur du scénario idéal présenté par la Vision, l’économie nationale opère une mutation vers l’industrialisation et la numérisation, favorisant l’émergence de pôles de compétitivité à forte valeur ajoutée dans des secteurs stratégiques tels que le numérique, la finance digitale et le tourisme durable. Le Bénin ambitionne de s’imposer comme un acteur de premier plan de l’économie numérique africaine.
L’expansion des start-up innovantes, la généralisation des solutions fintech et l’adoption croissante de l’IA sont appelées à transformer durablement les modes de production, de consommation et d’apprentissage. Les autorités s’attendent également à la structuration d’une économie culturelle numérique nationale, inclusive et compétitive, portée par les nouveaux canaux de diffusion offerts par le digital.
Dans le scénario optimiste, le Bénin amorce sa transition d’une économie principalement informelle vers une économie plus formelle et circulaire, soutenue par l’intelligence artificielle et l’innovation technologique. À plus long terme, les secteurs clés de l’économie, notamment l’agriculture mécanisée et robotisée, l’industrie et les services numériques, connaissent une forte croissance, portée par des investissements publics et privés.
Forces, faiblesses et menaces
Ces ambitions numériques s’appuient sur plusieurs acquis enregistrés entre 2000 et 2024, notamment la qualité des infrastructures télécoms, la montée en compétences du capital humain, la diversification des services numériques, l’existence d’un environnement réglementaire relativement favorable, le début de la dématérialisation des services publics, ainsi que la disponibilité d’infrastructures clés comme un datacenter national, un point d’échange Internet et une plateforme nationale de paiement électronique. Le pays bénéficie également d’un identifiant numérique unique pour chaque citoyen et de son appartenance aux consortiums de câbles sous-marins SAT-3 et ACE, qui renforcent son accès à la capacité internationale.
Le document met en avant plusieurs opportunités susceptibles d’accélérer la transformation numérique, notamment les avancées technologiques mondiales, les partenariats internationaux, l’accès aux financements externes, l’essor du commerce électronique, la volonté politique de promouvoir un usage massif de l’Internet et l’existence de stratégies supranationales, en particulier au niveau de l’Union africaine. La présence de centres d’excellence en mathématiques appliquées et en technologies de l’information et de la communication constitue également un atout pour le développement des compétences locales.
Toutefois, des faiblesses et menaces ont également été identifiées. Elles concernent notamment les inégalités de couverture des services TIC, le manque de financement et de soutien aux start-up technologiques, les défis de gouvernance et de régulation du secteur, le faible niveau de compétences numériques au sein de la population, la dépendance aux importations de technologies, la fragmentation de l’Internet et la circulation d’équipements technologiques ne respectant pas toujours les normes en vigueur.
Pour le moment, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), les réseaux 2G, 3G, 4G et 5G couvraient respectivement 98 %, 85 %, 85 % et 5 % de la population béninoise en 2024. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile atteignait 61,3 % en 2023, contre 32,2 % pour l’Internet, d’après la même source.
En matière de gouvernance numérique, le Bénin s’est classé 146ᵉ au monde à l’Indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) en 2024, avec un score supérieur à la moyenne africaine mais inférieur à la moyenne mondiale. Le pays figure également dans le deuxième palier de l’Indice global de cybersécurité de l’UIT, avec des marges de progression identifiées notamment en matière de développement des capacités et de coopération.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 4 février 2026)
OSIRIS