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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Mai > Vente des actions Sonatel : Pourquoi se désengager d’une entreprise (…)

Vente des actions Sonatel : Pourquoi se désengager d’une entreprise performante ?

lundi 18 mai 2009

Désengagement de l’Etat

Depuis quelques temps, le secteur des télécoms au Sénégal traverse une forte zone de turbulences. En effet, la volonté exprimée par l’Etat sénégalais de céder 9.87% du capital qu’elle détient auprès de Sonatel, à France Télécom est à l’origine de ces remous.

Cette cession permettrait à l’Etat d’empocher 200 milliards Fcfa et ferait passer la part du « partenaire stratégique » de 42.33% à 52.2% du capital, soit la majorité. A court terme, cette opération peut paraître intéressante pour un Etat confronté à de réelles difficultés financières. Mais à long terme, et dans les conditions économiques que nous connaissons aujourd’hui, ne fait-elle pas craindre le pire pour le budget de l’Etat et ses conséquences néfastes sur le niveau de vie des populations ?

Pourquoi vendre ?

Aujourd’hui, l’impact positif des activités de Sonatel dans l’économie du pays ne fait pas l’objet d’un doute... Avec un chiffre d’affaires de plus de 500 milliards Fcfa en 2008, la société réalise un résultat net de l’ordre de 156 milliards Fcfa et des dividendes en constante progression atteignant un montant exceptionnel de 12 000 Fcfa par action (soit un rendement annualisé d’environ 10% par rapport au cours au 6 avril). Sonatel est, de loin, le fleuron de l’économie sénégalaise. Unique société du pays cotée en bourse et représentant environ 40% de la capitalisation boursière de la BRVM, elle représente environ 5% du PIB sénégalais. Depuis sa privatisation, l’opérateur historique a permis à l’Etat de percevoir chaque année, entre 20 et 25 milliards Fcfa de dividendes, sans compter les recettes fiscales annuelles qui avoisinent 50 milliards Fcfa. En toute logique, il convient donc de se poser la question de l’utilité de la cession de cette part stratégique de l’Etat dans Sonatel à France Télécom, d’autant plus que cette société encore très florissante, est l’une des plus solides et des plus performantes du paysage économique sénégalais.

Les paradoxes d’une cession controversée

A l’heure de la crise actuelle, où les gouvernants des pays développés et des pays émergents rivalisent d’ingéniosité pour renforcer ou orienter leurs économies vers des niches pourvoyeurs de ressources, l’Etat du Sénégal prend le chemin inverse et se désengage d’un secteur aussi performant que celui des télécoms...

A titre comparatif, la France refuse de céder les 27% détenus dans le capital de France Télécom, bien qu’une directive de l’Union européenne l’exige de tous les Etats membres qui ont dans leurs portefeuilles, un opérateur de téléphonie historique passé du secteur public au secteur privé. Autre fait marquant, le nouvel opérateur du marché sénégalais de la téléphonie mobile, en l’occurrence Sudatel, est détenu à 27% par le gouvernement soudanais. Par ailleurs, il convient de préciser que la manière dont l’Etat veut céder ses actions Sonatel n’est pas un modèle absolu de transparence. Au delà de tous ces aspects, l’une des questions les plus pertinentes réside dans la valeur de ce deal. En effet, bon nombre d’experts financiers s’interrogent sur les aspects techniques d’une telle transaction. Est-ce que la valeur du cours de bourse de Sonatel reflète une valorisation juste de la compagnie ? D’autres indicateurs comme le « Goodwill » ou encore la « Valeur Nette Actualisée » ne serviraient-ils pas de meilleurs indicateurs pour approfondir cette analyse ?

Par ailleurs, on retiendra que fruit de nombreuses rumeurs, le cours de bourse de la SONATEL aura beaucoup fluctué au cours de l’année 2008 avec un plus bas niveau à 100 000 Fcfa et un plus haut à 200 000 Fcfa. De plus, on peut logiquement s’interroger sur le versement d’un dividende exceptionnel de 12 000 FCFA par actions en 2008 approuvé par les actionnaires. En effet, le montant de ces dividendes perçus par France Télécom lui permettrait de financer une partie de cette opération à hauteur de 67 milliards de FCFA.

Les conséquences néfastes d’une politique de désengagement...

Avant de faire un bilan et envisager les conséquences à court et long terme de cette probable cession, il faut remonter à la première série de privatisations imposée par les partenaires au développement, entraînant l’entrée en 1997 de France Télécom dans le capital de Sonatel. Cette privatisation a permis au poids lourd français d’engranger, en l’espace de 10 ans, près 160 milliards Fcfa de dividendes pour un investissement de 80 milliards Fcfa et ceci, compte non tenu des recettes sur les frais de gestion annuels et des frais relatifs à la marque Orange qui avoisinent respectivement 1.6% et 3.3% du chiffre d’affaires annuel.

Aujourd’hui, il convient de préciser que si cette cession se réalise, elle serait lourde de conséquences car elle impacterait forcément la gestion du Groupe Sonatel. Ce dernier perdrait son autonomie et deviendrait une simple filiale de France Télécom. Par conséquent, toutes les décisions majeures émaneraient de la société mère, avec des situations pouvant déboucher par exemple, sur des stratégies de réorganisation dans un objectif d’amélioration des rendements (réductions d’effectifs, cession à une autre entité,..).

Par ailleurs, l’heure n’est pas aux spéculations sur le futur visage de Sonatel, mais plutôt le moment d’interpeller les autorités sur les ventes à répétitions des actifs de l’Etat sénégalais, avec tous les impacts négatifs sur le Budget de l’Etat dans la mesure où le manque à gagner risque fortement d’être compensé par une augmentation de la pression fiscale sur les entreprises et les populations. Le pire est alors à venir...

(Source : Réussir Magazine, 18 mai 2009)

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