Vandalisme, énergie et retards : les potentiels défis de l’expansion du réseau télécoms au Ghana
jeudi 22 octobre 2026
Les pays africains accélèrent leurs efforts pour combler la fracture numérique sur le continent. Environ 20 % de la population ghanéenne n’utilisait pas Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT).
Le gouvernement ghanéen prévoit de construire 800 nouveaux sites télécoms et d’en moderniser 2 000 autres à l’échelle nationale. Annoncé le 16 octobre par le ministre des Communications, du Numérique et de l’Innovation, Samuel Nartey George, ce programme vise à améliorer la couverture et la qualité des services, notamment dans les zones mal desservies. Le secteur est toutefois confronté à plusieurs défis susceptibles de compliquer cette expansion.
Coupures de fibre et actes de vandalisme à répétition
Le programme d’expansion intervient dans un contexte marqué par des dégradations récurrentes des infrastructures télécoms. En septembre 2026, le ministre Samuel Nartey George a fait état de 8 578 coupures de fibre optique enregistrées au Ghana depuis le début de l’année. Les travaux routiers et l’exploitation minière illégale figurent parmi les causes signalées.
La fibre optique joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des réseaux mobiles : elle achemine les données entre les antennes-relais et le reste du réseau. Sa coupure peut ainsi perturber les services voix et Internet sur plusieurs sites, y compris lorsque les équipements radio restent opérationnels.
Les équipements installés sur les sites sont également exposés aux vols et aux dégradations. En novembre 2025, un responsable régional du Ghana Investment Fund for Electronic Communications (GIFEC) avait signalé des vols de batteries sur des tours solaires et la destruction de panneaux photovoltaïques dans la région de l’Upper East. En juin 2026, Telecel Ghana a, de son côté, dénoncé des intrusions sur ses installations et le vol de groupes électrogènes, de batteries et d’autres équipements nécessaires au fonctionnement du réseau.
Une alimentation électrique qui pèse sur les réseaux
La fiabilité de l’approvisionnement électrique constitue un autre défi pour le fonctionnement des réseaux télécoms au Ghana. Le 7 septembre 2026, le ministre Samuel Nartey George a cité les coupures de courant et les inondations parmi les facteurs qui perturbent la continuité des services.
La difficulté est plus importante dans les localités rurales éloignées du réseau électrique où l’alimentation reste limitée. Dans ces zones, le raccordement au réseau national n’est pas toujours disponible et les opérateurs doivent prévoir des solutions autonomes pour alimenter les antennes comme les groupes électrogènes. Cette alternative entraîne par exemple des dépenses récurrentes en carburant, en transport et en maintenance.
Ces coûts peuvent augmenter lorsque les sites se trouvent dans des zones difficiles d’accès, où l’acheminement du diesel et les interventions techniques sont plus compliqués. À l’échelle africaine, la GSMA estime que la production d’électricité par groupe électrogène diesel coûte généralement trois à quatre fois plus cher que l’électricité du réseau. Elle souligne également que l’achat et le transport du carburant peuvent représenter une part importante des dépenses d’exploitation des opérateurs et des gestionnaires de tours télécoms.
Maintenance, calendrier et autres défis
La construction de nouvelles infrastructures télécoms dépend aussi de plusieurs autres facteurs. En octobre 2025, le directeur général par intérim de la NCA, Edmund Yirenkyi Fianko, avait cité les difficultés d’accès aux sites et la résistance de certaines communautés parmi les obstacles à l’installation de nouvelles antennes. Les opérateurs peuvent se heurter à des retards administratifs, à des désaccords avec les autorités traditionnelles sur les droits fonciers ou à l’opposition de riverains préoccupés par l’apparence des tours et leurs éventuels effets sur la santé.
Une fois les sites construits, leur fonctionnement durable suppose également un accès régulier pour les équipes techniques chargées de la maintenance. Dans les localités reculées, l’état des routes, la distance par rapport aux centres d’intervention et l’éloignement des services essentiels peuvent compliquer les réparations et augmenter les coûts d’exploitation, selon une étude publiée en 2024 dans la revue Urban, Planning and Transport Research.
Au-delà de la construction des infrastructures, le respect des délais et le contrôle de leur mise en service restent déterminants. Le Rural Telephony Project (RTP) en donne un exemple : sur les 2 016 sites prévus, plus de 1 600 étaient déclarés achevés à la mi-octobre 2026, mais seuls environ 1 400 acheminaient effectivement du trafic. Le ministre Samuel Nartey George a accordé 30 jours au prestataire, déjà payé intégralement, pour achever les travaux restants, sous peine de pénalités.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 octobre 2026)
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