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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Février 2016 > Université virtuelle du Sénégal plus de 3 ans après sa création

Université virtuelle du Sénégal plus de 3 ans après sa création

lundi 29 février 2016

Enseignement à distance

L’Université virtuelle du Sénégal (Uvs), pour les étudiants, porte bien son nom, tellement elle se signale par la perte de la réalité, aussi bien dans son existence que dans les services qu’elle est supposée offrir à des apprenants désemparés, parce que non orientés dans les universités traditionnelles. Un discours balayé d’un revers de main par le recteur de l’Uvs qui avance que cette institution universitaire « joue sa partition de l’accès à l’enseignement supérieur ». Si pour les étudiants, plus de trois ans après sa création, l’Uvs est en mal d’infrastructures et de projet pédagogique, pour le recteur « tout est mis en œuvre pour permettre à l’étudiant d’être pris en charge par l’équipe enseignante, sans oublier l’apport de la mise à disposition d’outils d’autoévaluation dont le rôle dans l’accompagnement de l’étudiant n’est pas à négliger ». Quid des problèmes d’évaluation soulevés par des étudiants, avec une première promotion (2013) qui n’a pas encore franchit la barrière de la 2ème année de licence ? Le recteur répond en brandissant ses statistiques : « 61% de taux de réussite ». Plus de trois années après, le brouillard plus épais que jamais ! Sud s’est intéressé à une réalité qui a du mal à dessiner ses contours. Et si l’on n’y prend garde, risque d’hypothéquer l’avenir de toute une génération. Saut dans l’inconnu… qui nous parle.

Un système qui traine des lacunes

Voilà une des réformes qui est passée aux forceps. Nullement mentionnée dans les 78 recommandations retenues lors des Concertations nationales sur l’avenir de l’Enseignement supérieur (Cnaes), l’université virtuelle du Sénégal a pourtant vu le jour. Il a fallu attendre le Conseil présidentiel sur les Cnaes pour voir la mesure être adoptée. C’est la décision 2 : mettre les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au cœur du développement de l’enseignement supérieur et de la recherche pour améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et l’efficacité du système. Lancée en 2013, l’Uvs semble amoindrir les espoirs des nouveaux bacheliers fraichement débarqués dans les lycées, après l’obtention de leur sésame, le Baccalauréat. Les étudiants de l’Uvs n’ont pas encore fini de crier leurs ras-le-bol sur leurs conditions d’apprentissage : les années académiques se chevauchent (la 1ère promotion de 2013 est toujours en 2ème année de licence), en plus d’une absence totale des œuvres universitaires, notamment le logement, la restauration et le service médical. Pendant qu’ils font cours, soutiennent-ils, dans des espaces provisoires non conformes aux standards de la qualité, le syndicat autonome de l’Enseignement supérieur parle d’échec total.

Les mesures prises, le 16 août 2013, par le président de la République, Macky Sall, avaient poussé les acteurs et nombre de Sénégalais à croire à un horizon dégagé pour l’Enseignement supérieur. Le Chef de l’Etat avait retenu 11 décisions relatives à ce secteur pour la refonte du système éducatif et universitaire. Parmi celles-ci, figurent la mise en place de l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs) et des Espaces numériques ouverts (ENO) dans chacune des régions du Sénégal pour améliorer l’accès à l’enseignement supérieur et l’efficacité du système. L’espoir d’une université publique de proximité est né pour stopper les vagues d’étudiants frappant aux portes des universités Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), Gaston Berger (Ugb) et autres. Mais il est vite rattrapé par un mauvais fonctionnement.

Lancée en septembre 2013, l’Uvs accueille respectivement en 2014 et 2015, 2000 et 5 000 étudiants. Pour 2016 aussi, l’Uvs accueillera aussi des centaines d’étudiants dans 5 filières proposées, notamment le Droit, Sciences économiques, Mathématiques, Sociologie et Anglais.

Des chambres ou salles de bain transformées en classes

Sur financement de la Banque africaine de développement (Bad), l’Uvs coûtera 3,5 milliards de FCfa dont une contribution du Sénégal à hauteur de 800 millions de FCfa. D’une durée de trois ans, ce projet permettra de mettre sur pied le siège de l’Université virtuelle du Sénégal et cinq Espaces numériques ouverts Eno (Dakar, Thiès, Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor). Objectif : contribuer au développement du capital humain à travers une formation qualifiante et efficiente par les Technologies de l’information et de la communication (Tic).

En effet, trois ans après (2013-2016), cette ambition de faire du Sénégal un hub de formation de haut niveau semble voler en éclat. Tout est provisoire dans cette université dirigée par le professeur, Mouhamadou Mansour Faye. Du siège, sis sur la VDN, pour le personnel administratif de l’université, en passant par les locaux abritant des salles de classe, c’est la location totale, à part quelques Espaces numériques ouverts provisoires et obtenus grâce à l’appui des collectivités locales. C’est le cas à Guediawaye où les nouveaux bacheliers suivent les cours à la salle des fêtes de Hamo 6 que l’équipe municipale a mis à la disposition de la coordination de l’Uvs.
D’où les difficiles conditions d’apprentissage des étudiants de l’Uvs qui n’ont pas raté une seule occasion pour exprimer leurs inquiétudes.

« Depuis sa création, l’Uvs accueille ses étudiants dans des abris provisoires. Il n’existe pas encore un ENO prêt. Ces actuels Eno sont parfois des maisons libérées par leur propriétaire pour se faire de l’argent », a soutenu Mansour Diallo, porte-parole du collectif des étudiants de l’Uvs. Non sans préciser que « des chambres à coucher ou salles de bain sont transformées en salles de classe ».

En poussant plus loin dans son argumentaire, Mansour Diallo a fait savoir que « les étudiants sont obligés d’emprunter des classes dans les écoles à côté pour faire leur groupe de travail. Même les élèves de l’élémentaire sont plus épanouis que nous ».

La 1ère promotion est toujours en 2ème année de licence

C’est à se demander si l‘Uvs répond véritablement à son crédo : “foo nek foofula ». Car, au-delà du problème d’accessibilité dans certaines localités, les étudiants de l’Uvs continuent de croire qu’ils sont les cobayes d’un projet précipité. Le chevauchement des années académiques est notoire, comme dans les autres universités. Pour preuve : la 1ère promotion orientée en 2013 à l’Uvs, est en 2ème année, après 3 années de cours. Ils ne savent plus à quel saint se vouer pour leur calendrier universitaire, d’autant plus que les étudiants de 2014 n’ont toujours pas été évalués. Du moins, il y a quelques semaines. Quid des étudiants orientés pour l’exercice 2015-2016 ?
Au mois de novembre 2015, les étudiants avaient annoncé le boycott de tous les examens et devoirs programmés pour dénoncer le retard notoire des années académiques qui se chevauchent.

Absence des « œuvres universitaires »

En plus d’être dans des abris provisoires et un calendrier universitaire sans limite, les inquiétudes des étudiants de l’Uvs sont loin d’être dissipées. Contrairement à leurs camarades des universités traditionnelles, les étudiants de l’Uvs ne bénéficient pas d’œuvres sociales, notamment de logement, de restauration et de « service médical ». Il n’en fallait pas moins pour le collectif de signaler que certains de leurs camarades n’habitent pas dans les villes où généralement les Eno sont implantés. « Le fait de pouvoir faire des cours est une bonne chose, mais contrairement aux autres, nous n’avons pas ni de campus social ni d’œuvres universitaires », a indiqué Mansour Diallo, tout en soutenant que « la Direction des bourses refuse d’augmenter le taux de nos bourses en dépit de notre admission en L2, ce que nous trouvons anormal et inacceptable ».

« Certains étudiants de l’Uvs de Thiès ne disposent pas de machines. Il est impossible de faire cours sans être muni d’un ordinateur », poursuit Mansour Diallo.

Les étudiants boudent

Les dysfonctionnements notés dans les activités pédagogiques de l’Uvs démotivent certains étudiants. A en croire, le porte-parole des étudiants, Mansour Diallo, ils étaient 2000 à être orientés en 2013, mais 150 étudiants se sont désistés. Selon lui, « 6000 étaient orientés en 2016, mais 4900 se sont inscrits. Il n’y a que 2500 qui suivent toujours les cours. A cela s’ajoutent les 5000 bacheliers de cette année ».

« Au total, l’Uvs se trouve aujourd’hui à 3900 étudiants de L1 et L2 sans compter les nouveaux bacheliers dont nous ne connaissons pas exactement le nombre qui va rester ou qui va fuir. Cette fuite est seulement due aux conditions difficiles », a t-il soutenu.

Kalolack : Conditions d’études et d’apprentissage relativement mauvaises

L’université virtuelle du Sénégal peine à apporter des réponses positives à la récurrente question d’offre pédagogique de qualité à Kaolack.

L’Espace numérique ouvert (Eno) est encore loin de garantir un enseignement de qualité. En effet, il dispose que d’une salle fonctionnelle de 100 tables-bancs. L’autre salle qui a été ouverte pour le même besoin n’est pas encore prête pour accueillir des étudiants. Ainsi au point de vue pédagogique, le Secrétaire général national des étudiants de l’Uvs, Serigne Bassirou Guèye, estime qu’il est « relativement impertinent et même impensable de regrouper cinq (5) filières pédagogiques dans une seule salle de classe. Il y a une cohabitation de trois promotions d’étudiants dans ce centre ». Selon lui, « malgré les promesses du Ministre de l’enseignement supérieur qui leur garantissait l’opportunité de prendre contact direct avec leur professeur au moins une fois par mois et d’être en permanent séjour avec leur tuteur, les étudiants tardent à bénéficier de ce privilège ».

Dans la foulée, Bassirou Guèye est revenu sur la disponibilité des ordinateurs portables pour suivre les cours. « Nous ne sommes jamais assistés par les autorités en cas de panne ou autre incident informatique de nos ordinateurs », soutient-il.

Concernant la question des bourses, les étudiants de l’Uvs dénoncent la discrimination dont ils sont victimes. Car, indiquent-ils, ils n’ont pas encore bénéficié d’augmentation du taux de bourse après passage en classe supérieure.

« Les étudiants sont obligés d’aller jusqu’à Dakar pour se faire soigner alors que l’idéale serait pour l’autorité universitaire de signer des contrats avec les structures médicales locales afin de faire éviter tout ce calvaire aux étudiants », regrette Bassirou Guèye.

L’Espace numérique ouvert (Eno) est encore loin de garantir un enseignement de qualité. En effet, il dispose que d’une salle fonctionnelle de 100 tables-bancs. L’autre salle qui a été ouverte pour le même besoin n’est pas encore prête pour accueillir des étudiants. Ainsi au point de vue pédagogique, le Secrétaire général national des étudiants de l’Uvs, Serigne Bassirou Guèye, estime qu’il est « relativement impertinent et même impensable de regrouper cinq (5) filières pédagogiques dans une seule salle de classe. Il y a une cohabitation de trois promotions d’étudiants dans ce centre ». Selon lui, « malgré les promesses du Ministre de l’enseignement supérieur qui leur garantissait l’opportunité de prendre contact direct avec leur professeur au moins une fois par mois et d’être en permanent séjour avec leur tuteur, les étudiants tardent à bénéficier de ce privilège ».

Dans la foulée, Bassirou Guèye est revenu sur la disponibilité des ordinateurs portables pour suivre les cours. « Nous ne sommes jamais assistés par les autorités en cas de panne ou autre incident informatique de nos ordinateurs », soutient-il.

Concernant la question des bourses, les étudiants de l’Uvs dénoncent la discrimination dont ils sont victimes. Car, indiquent-ils, ils n’ont pas encore bénéficié d’augmentation du taux de bourse après passage en classe supérieure.

« Les étudiants sont obligés d’aller jusqu’à Dakar pour se faire soigner alors que l’idéale serait pour l’autorité universitaire de signer des contrats avec les structures médicales locales afin de faire éviter tout ce calvaire aux étudiants », regrette Bassirou Guèye.

Ibrahima Baldé, Abdoulaye Fall et Abdou Diao

(Source : Sud Quotidien, 29 février 2016)

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