UEMOA : les paiements mobiles se multiplient, mais leur adoption reste inégale chez les commerçants
jeudi 5 novembre 2026
Pour les petites entreprises, recevoir de l’argent sur téléphone peut faciliter les encaissements et la gestion des recettes. Mais l’intégration de ces services dans les échanges quotidiens dépend aussi des pratiques des clients, des fournisseurs et des conditions économiques dans lesquelles les commerçants exercent leurs activités.
Plus de 4 millions de commerces enregistrés pour accepter les paiements mobiles dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) n’ont effectué aucune transaction au cours des 90 derniers jours de 2025. Selon les données publiées le mardi 20 octobre 2026 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), seuls 2,97 millions de commerces étaient considérés comme actifs sur près de 7 millions d’inscrits.
Malgré une hausse de 74 % du nombre de commerces actifs en un an, leur part dans l’ensemble des commerces enregistrés a reculé. Les nouvelles inscriptions ayant progressé plus rapidement, le taux d’activité est passé de 45,95 % en 2024 à 42,52 % en 2025.
Dans le même temps, les opérations classées par la BCEAO dans la catégorie « paiements » ont plus que triplé, atteignant 7 milliards en 2025. Cette catégorie comprend toutefois d’autres opérations que les achats effectués dans les commerces. L’expansion du marché s’accompagne ainsi d’un décalage entre la multiplication des points d’acceptation et leur utilisation effective.
Une adoption très inégale selon les pays
Les écarts entre les 8 pays de l’UEMOA sont importants. Au Sénégal, 60 % des commerces enregistrés avaient effectué au moins une transaction au cours des 3 derniers mois de 2025, contre 51 % au Bénin, 39 % en Côte d’Ivoire et 18 % au Niger.
La Côte d’Ivoire domine pourtant ce marché en nombre de commerces actifs. Avec plus de 2 millions de points enregistrant des transactions, elle concentre près de 70 % du total recensé dans l’Union. Le Sénégal en compte environ 624 000, malgré un taux d’activité nettement supérieur.
Ces données mesurent cependant une activité minimale, une seule transaction au cours des 90 derniers jours suffisant à considérer un commerce comme actif. Elles ne renseignent ni sur la fréquence des paiements, ni sur les montants échangés, ni sur la proportion des ventes réglées par téléphone.
Les différences observées entre les pays traduisent donc des niveaux d’utilisation variables des réseaux de paiement marchand, sans permettre à elles seules d’en déterminer les causes.
Des obstacles au paiement dans les commerces
Lorsqu’un commerçant reçoit de l’argent sur son téléphone, il ne peut pas toujours le réutiliser directement pour ses achats professionnels. Si son fournisseur exige des espèces, il doit retirer les fonds reçus, parfois moyennant des frais. Cette contrainte figure parmi les obstacles identifiés par l’association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA) dans une étude publiée en janvier 2026 sur les paiements marchands en Afrique.
Pour les petits commerces dont les marges sont réduites, les commissions sur les transactions peuvent également diminuer l’intérêt économique des règlements numériques. Certains commerçants préfèrent ainsi demander à leurs clients d’effectuer de simples transferts d’argent entre particuliers, plutôt que d’utiliser les services de paiement marchand. Cette pratique, documentée par le Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres (CGAP) dans une analyse publiée en septembre 2025, permet parfois d’éviter les commissions appliquées aux paiements commerciaux.
Elle introduit également une difficulté dans la mesure des usages : des achats réglés par téléphone peuvent être comptabilisés comme des transferts entre particuliers. L’ampleur de cette pratique dans les pays de l’UEMOA reste à déterminer.
Les infrastructures régionales de paiement évoluent parallèlement. En septembre 2026, la BCEAO a annoncé l’homologation des premières interfaces techniques destinées aux services professionnels de sa plateforme de paiement instantané PI-SPI. Ces interfaces, appelées API Business, permettent aux prestataires de proposer aux entreprises des services de réception de paiements, de règlement et de suivi des transactions, y compris entre utilisateurs de différents établissements financiers.
Cette évolution s’inscrit dans la stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030, qui vise à permettre à au moins 90 % des adultes de l’UEMOA d’utiliser des services financiers adaptés et abordables. Cet objectif concerne l’ensemble des services financiers, et accorde une place centrale à leur utilisation effective.
Pour les paiements marchands, la diffusion des nouveaux services et leurs conditions tarifaires apporteront des éléments supplémentaires sur les possibilités offertes aux petites entreprises. La fréquence des transactions, la part des achats réglés numériquement et le recours aux transferts entre particuliers restent des indicateurs importants pour apprécier l’évolution des usages commerciaux dans l’Union.
(Source : Agence Ecofin, 5 novembre 2026)
OSIRIS