Tunisie : ce que l’interconnexion des administrations peut changer pour les populations
dimanche 18 octobre 2026
La dématérialisation des services publics vise à remplacer les procédures papier par des solutions numériques accessibles en ligne. En Tunisie, les autorités ambitionnent d’interconnecter les administrations afin de simplifier les démarches des citoyens et des entreprises.
En Tunisie, le gouvernement a annoncé, le mercredi 14 octobre, travailler à la mise en place d’une plateforme d’échange électronique de données entre les organismes publics. Ce dispositif doit permettre aux administrations de partager automatiquement et de manière sécurisée les informations dont elles disposent déjà. L’objectif est d’éviter aux citoyens et aux entreprises de devoir fournir plusieurs fois les mêmes documents et de simplifier ainsi les démarches administratives.
Faire circuler les données plutôt que les documents
Concrètement, une administration qui a besoin d’une information détenue par un autre organisme pourrait la récupérer directement, au lieu de demander à l’usager de fournir un justificatif. Ce fonctionnement repose sur l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de systèmes informatiques distincts à communiquer et à échanger des données selon des règles communes.
La Tunisie dispose déjà d’un cadre juridique pour ces échanges. Le décret-loi du 10 juin 2020 a posé le principe de l’échange électronique de données entre les structures publiques et avec les usagers. Le décret gouvernemental du 5 octobre 2020 en a précisé les conditions d’application.
Dans son analyse de la transformation numérique tunisienne publiée en 2023, la Banque mondiale relevait la persistance de procédures administratives fondées sur le papier, la complexité des processus et la fragmentation des informations entre plusieurs bases de données. L’interconnexion vise à réduire ces obstacles en permettant aux administrations de réutiliser les informations disponibles, dans le respect des règles d’accès et de protection des données.
Une infrastructure qui exige des règles communes
D’autres pays africains illustrent les possibilités de cette approche. Au Ghana, la Banque mondiale relève que des systèmes administratifs essentiels ont atteint un niveau d’interopérabilité fonctionnelle, grâce notamment à un cadre national destiné à harmoniser les échanges. Au Rwanda, le gouvernement a approuvé en mai 2025 une politique nationale de partage des données entre institutions publiques, qui encadre notamment la gouvernance des informations et leur protection.
Ces expériences montrent que l’interconnexion ne repose pas uniquement sur une plateforme technique. Elle nécessite aussi des normes communes, une répartition claire des responsabilités et des règles permettant de déterminer quelles informations peuvent être partagées, par qui et à quelles fins. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne également l’importance de ces conditions dans ses travaux sur le gouvernement numérique.
Les expériences d’autres pays africains montrent que cette évolution repose autant sur la capacité des systèmes publics à échanger des données que sur des règles communes de partage et de protection des informations. L’interconnexion des administrations peut ainsi réduire les documents réclamés aux citoyens et aux entreprises, limiter les démarches répétitives et accélérer le traitement des procédures.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 18 octobre 2026)
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