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Accueil > Ressources > Points de vue > 2022 > Transition numérique au Maroc : démonstration d’une puissance numérique (…)

Transition numérique au Maroc : démonstration d’une puissance numérique continentale en devenir

jeudi 8 septembre 2022

Point de vue

L’ensemble des progrès réalisés ces dernières années ouvrent la voie à de nouvelles perspectives pour le Royaume qui a déjà fait ses preuves en matière de connectivité et d’adaptation aux TIC.

L’éclosion du numérique et de ses usages en Afrique est une réalité depuis déjà de nombreuses années. Les États du continent ont pris conscience très tôt du rôle que joue le numérique dans le développement socio-économique des nations, mais aussi des enjeux que revêt la transformation numérique pour s’affirmer pleinement sur la scène régionale et internationale.

En dépit des épisodes d’instabilité politique dans la région et, plus récemment, de la crise sanitaire sans précédent qui a frappé toutes les économies du monde, certains États ont fait des choix politiques audacieux en inscrivant au rang des priorités nationales, la consolidation d’un écosystème numérique pérenne.

Au Maghreb, le Maroc fait figure de pionnier en matière de transition numérique. Dès 2009, le Royaume présente sa stratégie Maroc Numéric 2013, pour préparer soigneusement sa mue numérique en planifiant l’intégration des technologies au cœur de tous les secteurs économiques tout en facilitant l’installation des opérateurs et des entreprises dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC).

Par la suite, plusieurs programmes ont vu le jour, créant les conditions favorables afin que le Maroc devienne l’un des futurs « Hubs Digital Régional et Continental » en Afrique. C’est en 2017, que le Royaume confirme ses ambitions numériques en annonçant la création de l’Agence de Développement du Digital (ADD), chargée de mettre en œuvre la stratégie digitale baptisée « Maroc Digital 2025 ». Communément appelée « l’agence numérique ADD », cette entité œuvre diligemment à l’émergence d’un écosystème numérique sur tout le territoire en poursuivant quatre objectifs : la digitalisation des démarches administratives, la réduction de la fracture numérique, la connexion des PME, et l’affirmation du Royaume comme premier hub numérique de l’Afrique.

Depuis son lancement, l’agence est parvenue à imposer le numérique au centre de l’agenda politique et ce, alors même que le pays subissait des restrictions et des distanciations liées à la crise de la Covid-19. Durant la crise sanitaire, le gouvernement marocain a tenu à poursuivre toute initiative en faveur de l’amélioration de la connectivité à haut débit, tout en encourageant les entreprises à saisir les opportunités induites par les changements d’habitudes des marocains (télétravail, enseignement à distance, etc.).

D’après le dernier rapport de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) publié en décembre 2021, le taux de pénétration d’Internet au Maroc a atteint 93% au troisième trimestre 2021, soit une hausse notable de 17% par rapport à 2020.

Au lendemain de la crise, soutenus par la forte volonté politique du gouvernement marocain, l’ADD poursuit ses nombreux projets en investissant des chantiers hautement stratégiques tels que la transformation numérique des procédures et structures gouvernementales. Par le biais du programme « Smart Government », l’ADD pilote avec vélocité ce chantier colossal afin d’améliorer la performance des services publics et afin d’apporter aux citoyens, aux entreprises et à la société civile des résultats positifs tangibles, et ce, rapidement.

Le lancement du nouveau Portail national d’Open Data en décembre 2021 par exemple, va considérablement renforcer la transparence et le partage des informations utiles à l’économie réelle, au développement social et à la promotion de la participation citoyenne. « L’interopérabilité et l’échange de données constituent des briques nécessaires en matière de promotion de l’administration digitale », précisait en mai dernier Mohamed Idriss Meliani, directeur général de l’ADD, à l’occasion de la 2e édition des « MD Talks » sur le thème de la « Digitalisation, levier stratégique du Nouveau Modèle de Développement ».

Plus récemment encore, nous pouvons citer la convention-cadre de partenariat signée entre l’ADD et la Caisse Marocaine des Retraites en mai dernier, dans le but d’optimiser les efforts déployés pour intégrer au sein de cette administration, des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle ou encore la blockchain.

L’ensemble des progrès réalisés ces dernières années ouvrent la voie à de nouvelles perspectives pour le Royaume qui a déjà fait ses preuves en matière de connectivité et d’adaptation aux TIC. Les récents développements nationaux témoignent en effet de la volonté du pays à saisir les opportunités d’une économie de la donnée et des besoins sous-jacents en matière de cybersécurité. Le Maroc s’est même hissé à la 5e position des destinations mondiales pour les investissements en R&D, juste après la Californie, le Royaume-Uni, l’Australie et la Suisse.

En conséquence, le Maroc s’emploie à faire évoluer la règlementation en ce sens et œuvre depuis, à renforcer le cadre juridique de la confiance numérique des usagers et de la souveraineté numérique nationale. Ce travail succède déjà à un arsenal juridique important en matière de cybersécurité, de protection des données et des infrastructures, afin d’écarter tout hébergement et stockage de données sensibles en dehors du territoire national.

Pourtant, la course à la modernisation et à l’installation d’infrastructures nouvelles générations tels que les data center est à peine lancée sur le continent. Aujourd’hui, seul 1,3% des data centers mondiaux sont localisés en Afrique alors même que le marché de la cybersécurité s’élevait déjà à 2 milliards de dollars en 2020.

Bien qu’encourageantes, les perspectives de croissance de ce marché sont, à elles seules, insuffisantes pour espérer faire émerger un cyberespace africain sécurisé, puisqu’à ce jour, les États, entreprises et même citoyens demeurent inégalement sensibilisés à la problématique.

Le dernier rapport KnowBe4 sur les cybermenaces en Afrique 2021 met en exergue les lacunes qui subsistent quant à la sensibilisation au risque cyber sur la base d’une étude menée auprès d’un panel cible dans huit pays africains dont le Maroc. Il en ressort que « 54 % feront confiance à un e-mail d’une personne qu’ils connaissent, même si 36 % sont tombés dans le piège d’un e-mail de phishing et 55 % ont été infectés par un logiciel malveillant ».

Face à ces difficultés, le Maroc fait partie des pays dans lesquels l’écosystème numérique est grandement mobilisé pour pallier à ces faiblesses. À ce titre, l’ADD multiplie les partenariats avec des acteurs privés et think tank locaux (e.g Digital Act) pour répandre les bonnes pratiques en matière de sécurité informatique.

C’est également tout le sens de la dernière campagne publique de sensibilisation en date du 1er juillet 2022, menée par l’ADD, en collaboration avec d’autres organismes et entreprises à destination du grand public et tout particulièrement des jeunes et des professionnels, tant ce volet est un prérequis non négligeable pour une transformation digitale réussie.

Multiplication des écoles d’ingénieurs numériques pour former les générations futures, introduction réfléchie des cryptomonnaies... Les pouvoirs publics ne laissent ainsi rien au hasard. Ils structurent de façon progressive tous les piliers d’une smart nation en prenant le soin d’accompagner la population dans cette transition vers le tout digital d’ici à 2030.

Ces avancées numériques, conjuguées à une stabilité politique et une diplomatie culturelle florissante sont autant d’atouts pour faire du Royaume, la vitrine technologique de la région et devenir une des puissances numériques de demain sur le continent africain.

Emmanuel Dupuy [1]

(Source : La Tribune Afrique, 8 septembre 2022)


[1] Président de l’Institut prospective et sécurité en Europe, think tank spécialisé sur les questions de défense et de sécurité

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