Transformation numérique : le Zimbabwe lance officiellement sa stratégie nationale d’IA
lundi 16 mars 2026
Face aux défis du développement, plusieurs pays africains se tournent vers les technologies numériques. L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme l’un des piliers de cette transformation.
Le gouvernement zimbabwéen a procédé, vendredi 13 mars, au lancement de la Stratégie nationale d’intelligence artificielle pour la période 2026-2030. Cette feuille de route définit comment le Zimbabwe entend mettre l’IA au service de son développement socio-économique au cours des cinq prochaines années.
« Nous nous engageons à garantir que l’utilisation de l’intelligence artificielle soit centrée sur l’humain, transparente et exempte de biais. La protection de nos intérêts nationaux ainsi que la dignité de tous les Zimbabwéens demeurent au cœur des cadres juridiques que nous mettons en place », a déclaré le président Emmerson Mnangagwa (photo, au centre) dans son discours.
La stratégie repose sur quatre piliers : le développement des talents et des capacités, la souveraineté en matière d’infrastructures, l’adoption de l’IA et la gouvernance éthique. Elle définit plusieurs priorités, notamment l’intégration dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, les mines, la santé et l’éducation, afin d’améliorer la productivité, l’efficacité et la qualité des services.
La feuille de route prévoit également des incitations pour les entreprises et innovateurs qui adoptent les technologies d’IA, dans le but de favoriser une économie numérique dynamique et d’encourager le développement technologique local. Elle met aussi l’accent sur la conception de systèmes d’IA éthiques et centrés sur l’humain, respectueux des droits fondamentaux tout en soutenant une croissance inclusive.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre plus large des ambitions de transformation numérique des autorités zimbabwéennes. À travers le « Plan directeur Smart Zimbabwe 2030 », le gouvernement souhaite intégrer pleinement les TIC dans l’ensemble de la société et dans tous les secteurs de l’économie afin de favoriser un développement socio-économique rapide et durable.
Le plan cite notamment une étude de l’Union internationale des télécommunications (UIT) indiquant qu’une augmentation de 10 % du score de numérisation d’un pays entraîne une hausse de 0,75 % de son PIB par habitant. Pour l’heure, le Zimbabwe occupe la 149ᵉ place sur 193 pays dans l’Indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI) 2024, avec un score de 0,4481 sur 1, inférieur à la moyenne mondiale de 0,6382.
Quelques défis à prendre en compte
Comme toute technologie, l’intelligence artificielle comporte néanmoins des risques. Le président Mnangagwa a par exemple appelé au renforcement des lois et des cadres réglementaires afin de protéger les enfants et les citoyens dans l’espace numérique, à mesure que les technologies d’IA continuent de se développer.
L’UNESCO, qui a contribué à l’élaboration de la stratégie, a également évalué l’état de préparation du pays à l’IA. Dans un rapport publié en juillet 2025, l’organisation souligne que la stratégie doit être accompagnée d’un plan visant à gérer les principaux défis et risques liés à cette technologie. Ceux-ci incluent notamment la domination étrangère, la perte d’autonomie humaine, ainsi que les limites en matière de financement, d’infrastructures techniques et de capacités de recherche. Ces difficultés sont aggravées par l’émigration de talents hautement qualifiés.
Le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations unies reconnaît également le potentiel de l’IA pour soutenir le développement socio-économique, notamment dans son rapport « E-Government Survey 2024 ». Il met toutefois en garde contre certains risques, comme les biais dans les données, susceptibles d’entraîner une mauvaise représentation de certains groupes, ainsi que diverses préoccupations éthiques, sécuritaires et sociales.
Le DAES estime par ailleurs que la fracture numérique persistante constitue un défi majeur pour la mise en œuvre des technologies d’IA dans le secteur public, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Au Zimbabwe, 58,4 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, selon les données de l’UIT. Cette situation peut s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment la disponibilité du réseau télécoms, l’accessibilité d’appareils compatibles (ordinateurs, smartphones, tablettes) et le niveau de compétences numériques.
Isaac K. Kassouwi
(Source : WeAreTechAfrica, 16 mars 2026)
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