Transformation numérique : la Sierra Leone accélère sur l’intelligence artificielle
mardi 26 mai 2026
Les pays africains intensifient leurs efforts de transformation numérique. L’IA y occupe une place de plus en plus importante, en tant que levier clé d’innovation, d’efficacité et de productivité.
Le gouvernement sierra-léonais a engagé l’élaboration d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle (IA). Menée en partenariat avec le Groupe de la Banque mondiale, l’initiative intervient alors que le pays est déjà engagé dans un processus de transformation numérique.
L’initiative a été révélée la semaine dernière par le ministère de la Communication, de la Technologie et de l’Innovation. À cette occasion, le gouvernement a réuni pendant trois jours des organisations de médias, des représentants de la société civile, des acteurs publics et du secteur privé afin d’alimenter les réflexions autour de la future stratégie nationale d’IA. Selon le ministère, l’objectif est de veiller à ce que celle-ci reflète « les réalités, les priorités et les voix de la population sierra-léonaise, y compris les langues et les cultures locales ».
Les autorités ont également estimé qu’avant de définir une stratégie nationale, il était nécessaire d’évaluer le niveau de préparation de la Sierra Leone à l’IA. Cette démarche analyse la capacité du pays à adopter cette technologie de manière responsable, inclusive et au bénéfice de l’ensemble de la population. Elle identifie les investissements, politiques, compétences, infrastructures et mécanismes de protection nécessaires pour en faire un levier de développement national.
Accélération de la transformation numérique
Cette initiative intervient alors que le gouvernement ambitionne de connecter numériquement l’ensemble des Sierra-Léonais. L’exécutif mise sur des technologies innovantes pour fournir des services publics plus transparents, abordables et centrés sur les besoins des citoyens, à l’échelle nationale comme locale.
C’est dans ce cadre que les autorités s’intéressent à la blockchain, qu’elles jugent capable de « renforcer la transparence, la confiance et l’innovation dans la prestation des services publics ». Cette technologie a déjà été utilisée, notamment pour le système national d’identité numérique lancé en août 2019, et elle a également été testée dans le cadre des élections présidentielles.
Fin 2025, le gouvernement a par ailleurs lancé le « Big 5 AI & Blockchain Hackathon », une initiative visant à former, encadrer et stimuler les participants dans la conception de solutions innovantes fondées sur l’intelligence artificielle et la blockchain, deux technologies considérées comme « faisant partie des plus transformatrices de notre époque ».
Par ailleurs, la Sierra Leone a obtenu une subvention de 50 millions de dollars de la Banque mondiale en janvier 2023 pour la mise en œuvre de son projet national de transformation numérique. En parallèle, le gouvernement affirme avoir investi plus de 400 millions de dollars dans le secteur des télécommunications afin de soutenir la modernisation des infrastructures numériques. Il renforce également les efforts en faveur de la cybersécurité.
IA : potentiel et défis
La vision des autorités sierra-léonaises pour l’IA s’inscrit dans une dynamique soutenue par les Nations unies. Dans son « E-Government Survey 2024 », le Département des affaires économiques et sociales (DAES) souligne que l’intelligence artificielle a le potentiel d’optimiser les opérations du secteur public. Grâce à l’automatisation des tâches administratives, elle peut améliorer l’efficacité, réduire les retards et limiter les redondances. Elle peut également contribuer à la détection d’anomalies, à la classification des données et à la formulation de recommandations.
Toutefois, le DAES met en garde contre plusieurs risques, dont le principal est le biais des données, susceptible d’entraîner une mauvaise représentation de certains groupes. Il cite aussi des préoccupations éthiques, sécuritaires et sociales.
L’organisation met l’accent sur la fracture numérique, qui constitue un autre défi majeur pour le déploiement de l’IA dans le secteur public, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et les pays les moins avancés. Elle peut en effet limiter l’accès des populations aux infrastructures, aux compétences et aux services numériques nécessaires pour tirer pleinement parti de ces technologies. Par exemple, selon les sources officielles, environ 60 % de la population n’utilise pas encore les services télécoms.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 26 mai 2026)
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