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Téléphonie : Ce que révèlent les premiers résultats de l’Indice des prix des services mobiles

mardi 23 décembre 2025

Economie numérique

Le marché sénégalais des télécommunications dispose désormais d’un nouvel instrument de référence. Ce mardi 23 décembre 2025, l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) a procédé à la restitution officielle des travaux relatifs à l’Indice des Prix des Services Mobiles (IPSM), un outil statistique conçu pour mesurer l’évolution des tarifs de la téléphonie mobile dans le temps. Au Sénégal, le secteur repose sur trois opérateurs titulaires d’une licence globale, Orange, Yas et Expresso, ainsi qu’un opérateur mobile virtuel, Promobile. À la date du 30 septembre 2025, le parc national compte 24,2 millions d’abonnés mobiles. Le marché se caractérise par une offre abondante, avec près de 200 produits commerciaux recensés, répartis entre services exclusivement voix, offres dédiées à la data et formules mixtes associant plusieurs usages. Chaque offre obéit à une tarification spécifique, ce qui complique la lecture globale des prix pour les usagers comme pour les autorités publiques.

Face à cette configuration, l’ARTP, en collaboration avec l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), a engagé un processus visant à élaborer un indice capable de rendre compte de l’évolution réelle des prix des services mobiles. La démarche répond à plusieurs finalités. L’IPSM constitue un instrument de mesure de la variation des tarifs entre deux périodes données. Il sert également d’outil de suivi de la stabilité des prix et permet d’estimer l’évolution moyenne de la dépense d’un consommateur. Il offre enfin une meilleure lisibilité tarifaire sur le marché de détail et éclaire les usages effectifs des services de téléphonie mobile.

Lors de la cérémonie de restitution, le directeur général de l’ANSD, Dr Abdou Diouf, a rappelé la genèse de ce travail inédit. « Nous sommes très heureux de venir ce matin en compagnie du Directeur Général de l’ARTP, M. Dahirou Thiam, partager les premiers résultats de l’indice des prix des services mobiles, qui a été conçu pour la première fois au Sénégal et dans l’espace UEMOA, à travers une collaboration, une parfaite synergie entre les équipes de l’ARTP et de l’ANSD, afin d’avoir un indice sur l’évolution des prix des services mobiles, qui est un secteur assez complexe », a-t-il déclaré. Il a évoqué la spécificité d’un marché soumis à des promotions fréquentes et à l’introduction régulière de nouveaux produits, des facteurs qui rendraient délicate toute appréciation intuitive des tendances tarifaires. La méthodologie adoptée repose sur la méthode dite des profils ou paniers de consommation, conforme aux pratiques observées dans plusieurs pays, notamment auprès de régulateurs européens. Cette approche repose sur trois étapes successives. La première concerne la construction de profils de consommation. La seconde porte sur la détermination de la dépense minimale pour chaque profil et pour chaque opérateur. La troisième vise le calcul et le suivi de l’indice des prix dans le temps.

Dans ce cadre, le parc de chaque opérateur a fait l’objet d’une segmentation à partir de deux variables principales. La première concerne la durée moyenne mensuelle des appels, exprimée en minutes. La seconde porte sur le volume moyen de données consommées, exprimé en gigaoctets. Chaque variable a été divisée en trois classes à effectifs égaux, correspondant aux petits, moyens et gros consommateurs. La variable liée au nombre moyen de SMS, initialement envisagée, n’a pas été retenue en raison de son faible poids dans le chiffre d’affaires du secteur. Deux types d’indices ont été calculés. L’indice de la dépense minimale repose sur une variation des quantités consommées au fil des trimestres. L’indice des prix, quant à lui, fige les volumes de consommation, de sorte que seules les évolutions tarifaires des offres influencent la dépense minimale observée. Cette distinction vise à isoler l’effet des changements de prix des variations d’usage.

Dr Abdou Diouf a insisté sur le caractère collectif et éprouvé du processus. « Avec la synergie et la parfaite collaboration qu’il y a eu entre nos différentes équipes techniques, depuis 15 mois ils ont travaillé à l’élaboration de ce produit, que nous avons le plaisir de partager, et qui sera utile à l’ensemble de l’écosystème des télécommunications », a-t-il affirmé. Selon lui, l’outil enrichit l’arsenal statistique national et répond aux besoins des acteurs qui exploitent les données de téléphonie mobile. Les résultats présentés montrent une évolution contrastée des prix sur la période récente. En 2024, l’indice global affiche une baisse progressive, avec un recul de 0,6 % au premier trimestre et de 1,3 % au deuxième trimestre, suivi d’une stabilité au troisième trimestre, puis d’une diminution plus marquée au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, la baisse moyenne atteint 3,5 % par rapport à 2023. En 2025, l’indice enregistre une hausse de 11,3 % au premier trimestre, avant un repli de 1,2 % au deuxième trimestre et une stabilisation au troisième trimestre.

Le directeur général de l’ARTP, Dahirou Thiam, a replacé ces chiffres dans une perspective institutionnelle. « À partir de maintenant, le Sénégal se dote d’un outil scientifique qui permet de mesurer dans le temps l’évolution des tarifs », a-t-il déclaré. Il a rappelé que, jusque-là, l’appréciation des prix reposait largement sur des perceptions individuelles. « La question des tarifs étant trop importante pour laisser à l’appréciation des personnes sans fondements scientifiques solides, il nous apparaissait utile et important de doter le Sénégal d’un outil d’aide à la décision », a-t-il ajouté. Selon lui, l’IPSM répond à plusieurs attentes. Il sert le régulateur, qui dispose désormais d’un indicateur pour apprécier la compétitivité du secteur et orienter les politiques publiques. Il intéresse également les opérateurs, qui peuvent s’appuyer sur cette référence pour analyser la dynamique des prix et ajuster leurs stratégies commerciales. Il concerne, enfin, les consommateurs, appelés à bénéficier d’une information transparente sur l’évolution des tarifs.

Interrogé sur la question des promotions, Dahirou Thiam a tenu a rappeler l’aspect singulier du marché sénégalais. « Nous avons un marché assez particulier, avec une multitude d’offres, plus de 200 offres mises à la disposition des consommateurs et une multitude de promotions », a-t-il expliqué. Il a précisé que ces promotions « ponctuelles » ne suffisent pas à traduire une baisse structurelle des tarifs. « Cet outil permet aujourd’hui d’avoir une vue globale sur les tarifs appliqués au Sénégal et de faire une comparaison solide », a-t-il dit. La pérennisation de l’indice constitue l’une des prochaines étapes entre les deux institutions. L’ARTP prévoit une diffusion trimestrielle, afin de permettre aux consommateurs de suivre l’évolution des coûts dans le temps. « Le consommateur pourra de façon transparente avoir une visibilité sur l’évolution des tarifs des services proposés par l’ensemble des opérateurs », a indiqué le directeur général de l’ARTP.

Concernant le partenariat avec l’ANSD Dahirou Thiam a rappelé que cette collaboration s’inscrit dans la durée. « L’ANSD constitue aujourd’hui l’institution qui a l’expertise statistique nécessaire pour pouvoir élaborer ce genre d’indicateurs », a-t-il déclaré tout en indiquant également des travaux antérieurs menés conjointement. Il a annoncé une volonté de renforcer cette coopération à partir de 2026, afin de produire des données jugées structurantes pour l’ensemble de l’écosystème. De son côté, Dr Abdou Diouf a salué l’initiative portée par l’ARTP. « Il faut saluer l’initiative qui est celle de l’ARTP, qui a associé l’ANSD, et qui a permis d’avoir un produit totalement innovant dans l’espace sous-régional », a-t-il affirmé. Il a parlé des perspectives de collaboration appelées à répondre aux besoins des utilisateurs, des institutions publiques et des acteurs du secteur.

Grâce à l’Indice des Prix des Services Mobiles, l’ARTP devient le premier régulateur de l’espace CEDEAO à finaliser un indice de ce type, et figure parmi les premiers en Afrique à se doter d’un tel outil. Les autorités entendent bien s’appuyer sur cette base statistique pour renforcer une régulation fondée sur la donnée et sur la transparence.

(Source : Sans limites, 23 décembre 2025)

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