Télécoms : Xavier Niel renforce son exposition aux actifs africains de Vodafone
lundi 13 juillet 2026
Alors que les marchés européens des télécommunications arrivent à maturité, les actifs africains représentent désormais un important relais de croissance pour les grands groupes internationaux. Une dynamique dont le fondateur d’Iliad entend profiter à travers un nouvel investissement stratégique.
Xavier Niel est sur le point de devenir le premier actionnaire de Vodafone Group. Le 10 juillet 2026, Vega, la société d’acquisition détenue à 100 % par le groupe familial Niel, a signé un accord contraignant avec Emirates Telecommunications Group Co. PJSC (« e& ») portant sur le rachat de ses 3 944 743 685 actions ordinaires du groupe télécoms britannique. Cette participation représente environ 16,21 % du capital social de Vodafone et 17,13 % de ses droits de vote, pour un montant total d’environ 4,4 milliards de livres sterling (près de 5,9 milliards USD).
L’accord conclu entre Vega et e& met fin à l’accord de relation qui liait Vodafone Group et le groupe émirati depuis mai 2023. Hatem Dowidar, administrateur de Vodafone désigné par e&, a présenté sa démission avec effet immédiat.
Bien que l’opération porte formellement sur la maison mère britannique, elle offre au président d’Iliad, groupe qui détient notamment la marque Free, une exposition indirecte aux activités africaines de Vodafone, en particulier à travers Vodacom Group et Safaricom. Xavier Niel ne contrôle toutefois directement aucun opérateur télécoms sur le continent. Il participe néanmoins au consortium ayant repris Tigo Sénégal en 2018, devenu par la suite Free Sénégal puis Yas après la prise de contrôle de l’opérateur par le groupe Axian.
Avec cette entrée au capital de Vodafone, Xavier Niel accroît ainsi son exposition économique indirecte à un marché africain des télécommunications considéré comme l’un des principaux moteurs de croissance du secteur à l’échelle mondiale.
L’Afrique, dimension implicite de l’opération
Le 30 juin 2026, Vodafone a finalisé, via sa filiale sud-africaine Vodacom Group, l’acquisition d’une participation supplémentaire de 20 % dans Safaricom, portant sa participation dans l’opérateur kényan à environ 55 %. Évaluée à 272 milliards de shillings kényans, soit environ 2,1 milliards de dollars, l’opération comprend le rachat de 15 % détenus par l’État kényan ainsi que d’une participation économique supplémentaire de 5 % cédée par Vodafone Group.
Cette transaction fait de Safaricom une filiale consolidée dans les comptes de Vodacom et de Vodafone. L’État kényan conserve 20 % du capital, tandis que les investisseurs publics détiennent environ 25 %.
Coté à la Bourse de Johannesburg, Vodacom Group est présent en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, au Mozambique, en Tanzanie, au Lesotho, en Éthiopie et désormais majoritairement au Kenya via Safaricom. Le groupe sud-africain demeure cependant contrôlé à environ 65,1 % par Vodafone Group.
En devenant le premier actionnaire de la maison mère britannique, Xavier Niel est désormais exposé aux performances financières consolidées de ces actifs africains, sans disposer pour autant d’un contrôle direct sur leur gouvernance. La structure reste en effet celle d’un actionnariat minoritaire au niveau du groupe Vodafone.
Un vétéran des télécoms
Xavier Niel n’est pas un nouvel entrant au capital de Vodafone. Il détenait déjà une participation minoritaire de 2,5 % dans l’opérateur britannique via son véhicule Atlas Investissement depuis 2022.
Fondateur d’Iliad, actionnaire de référence de Tele2 et de Millicom, et détenteur de 65 % de l’opérateur irlandais Eir, l’entrepreneur français pilote un ensemble d’actifs télécoms présents dans plusieurs pays d’Europe, représentant environ 52 millions d’abonnés en 2025, pour un chiffre d’affaires de 10,3 milliards d’euros.
Pour cette nouvelle acquisition, le milliardaire français présente Vodafone comme une « opportunité d’investissement convaincante », portée par « des actifs de qualité, des marques fortes, des positions de leader et une empreinte géographique diversifiée ». Il estime que le groupe dispose encore d’un potentiel important de création de valeur à travers ses activités européennes et africaines.
La finalisation de l’opération reste soumise aux autorisations réglementaires, notamment aux échanges avec les autorités britanniques compétentes. Vega a indiqué ne pas envisager de lancer une offre publique d’achat sur l’ensemble du capital de Vodafone, tout en se réservant la possibilité de revoir cette position en cas d’évolution des circonstances, conformément à la règle 2.8 du Code britannique des OPA.
Pour e&, cette cession marque un changement de stratégie après quatre années de montée progressive au capital de Vodafone. Le groupe émirati avait acquis une première participation de 9,8 % en 2022 avant de la renforcer jusqu’à devenir le premier actionnaire de l’opérateur britannique. Il explique cette sortie par « l’évolution naturelle de ses priorités stratégiques », avec l’objectif de recentrer ses investissements sur ses activités principales tout en valorisant le capital créé grâce à cette participation.
Muriel Edjo
(Source : Agence Ecofin, 13 juillet 2026)
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