Télécoms : Washington s’appuie sur Africell pour contrer l’hégémonie de Huawei en Afrique
mardi 15 septembre 2026
Alors que Huawei domine les infrastructures télécoms africaines, Washington cherche à élargir l’offre technologique occidentale sur un continent où la bataille se déplace désormais vers le cloud, les données et les services numériques.
L’administration de Donald Trump va accorder un prêt de 99,6 millions de dollars à Africell pour financer l’acquisition de technologies auprès de fournisseurs américains et alliés, principalement pour ses activités en Angola. Le financement sera apporté par l’Export-Import Bank of the United States (EXIM).
L’opération donne à Washington un levier supplémentaire sur un marché où Huawei dispose d’une implantation importante. Selon Counterpoint Research, le groupe chinois détient environ 52 % du marché africain des infrastructures 5G et aurait fourni plus de la moitié des équipements 4G et 5G du continent.
Pour Africell, présenté comme le seul opérateur télécoms détenu par des intérêts américains en Afrique, les fonds doivent permettre de déployer les dernières technologies de réseaux mobiles.
Washington élargit son offensive technologique
Le prêt accordé à Africell s’inscrit dans la volonté américaine de favoriser l’utilisation de technologies non chinoises à l’étranger. Cette orientation prolonge l’initiative Clean Network lancée durant le premier mandat de Donald Trump, qui visait à écarter les technologies, applications et opérateurs chinois des infrastructures américaines et de celles des pays alliés.
Huawei est depuis lors soumis à de lourdes sanctions américaines, Washington l’accusant de pouvoir faciliter l’espionnage des utilisateurs. L’équipementier rejette ces accusations. Lors d’une visite dans les bureaux d’Africell Angola en 2022, l’ancienne secrétaire d’État adjointe américaine Wendy Sherman avait notamment estimé que les pays recourant aux technologies Huawei pouvaient compromettre leur souveraineté et leurs données.
La stratégie américaine couvre désormais des domaines plus larges que les réseaux mobiles. Une décision prise par Donald Trump en 2025 demande aux agences fédérales de promouvoir à l’étranger les technologies américaines dans l’intelligence artificielle, les centres de données, le stockage, le cloud et les réseaux.
Pékin défend une lecture opposée. L’ambassade de Chine à Washington affirme que les investissements chinois ont contribué à la croissance africaine et ont été favorablement accueillis par les populations. Elle appelle les États-Unis à privilégier le développement du continent plutôt qu’une politique visant à affaiblir la coopération sino-africaine.
Africell dispose déjà d’un ancrage continental
Fondé en 2001, Africell compte environ 15 millions de clients en Angola, en Gambie, en République démocratique du Congo (RDC) et en Sierra Leone. Son implantation lui donne déjà une capacité opérationnelle sur plusieurs marchés africains, tandis que son historique de financement américain renforce cette position : en 2018, il avait obtenu un prêt de 100 millions de dollars de l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), devenue depuis la Development Finance Corporation, pour développer ses infrastructures de communication.
En Angola, cette trajectoire s’est aussi traduite par la mise en place d’un nouveau centre de données reposant notamment sur des technologies de HP, Nokia, Dell et Oracle.
L’opérateur intervient également dans l’écosystème numérique. Avec le PNUD, il participe à l’initiative Timbuktoo dans des espaces d’innovation destinés aux jeunes entrepreneurs en Sierra Leone et en Gambie, auxquels il fournit notamment internet haut débit, équipements 4G MiFi et dispositifs connectés. L’objectif est de leur permettre de développer, tester et commercialiser leurs projets.
Cette présence se développe alors que Huawei continue d’intervenir sur des besoins très différents. En Guinée équatoriale, l’équipementier accompagne l’opérateur public GETESA dans un programme de six mois destiné à accroître la capacité du réseau, améliorer les débits et réduire les interruptions. En Éthiopie, son partenariat avec Ethio Telecom couvre désormais l’IA, le cloud, la cybersécurité, l’Internet des objets et les centres de données. Au Malawi, Huawei propose des solutions compactes et alimentées à l’énergie solaire pour réduire le coût du déploiement dans les zones rurales.
Ces différents projets montrent que la concurrence ne porte plus seulement sur les équipements de téléphonie. Elle s’étend aux infrastructures de données, aux services numériques et aux solutions destinées à élargir l’accès à internet, donnant à chaque fournisseur plusieurs points d’entrée dans les économies africaines.
Olivier de Souza
(Source : Agence Ecofin, 15 septembre 2026)
OSIRIS