Télécoms : le Tchad se tourne vers la Banque mondiale pour couvrir 500 zones blanches
jeudi 4 juin 2026
Le gouvernement tchadien entend généraliser l’accès aux services télécoms dans le cadre de ses ambitions de transformation numérique. D’après les données de l’UIT, 87 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024.
Les autorités tchadiennes souhaitent renforcer leur coopération avec la Banque mondiale afin d’accélérer l’inclusion numérique du pays, notamment à travers la couverture des zones blanches. L’objectif affiché est de réduire la fracture digitale qui persiste dans plusieurs régions.
Cette ambition a été évoquée cette semaine à l’occasion d’une mission de travail d’une délégation de la Banque mondiale, en visite au Tchad du 1er au 5 juin. Les échanges ont porté sur l’état d’avancement du Projet d’appui à la transformation numérique (PATN) ainsi que sur les attentes du ministère des Télécommunications pour assurer le succès de cette initiative. Le Programme régional d’intégration numérique de l’Afrique centrale (CARDIP) a également été abordé.
Au cours des discussions, Ibangolo Maïna Manga Abel, secrétaire d’État aux Télécommunications, a précisé qu’environ 500 localités dépourvues de connectivité ou n’ayant pas accès aux services numériques ont été recensées à travers le pays. Le communiqué du ministère de l’Économie numérique, publié le 1er juin, ne précise toutefois ni la localisation de ces localités ni le calendrier envisagé pour leur raccordement.
Une fracture numérique assez prononcée
Cette ambition des autorités intervient dans un contexte où la fracture numérique reste importante au Tchad. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), les réseaux 2G et 3G couvraient respectivement 86,9 % et 84,5 % de la population en 2024, alors même que certains pays du continent envisagent déjà de désactiver progressivement ces technologies.
La 4G, quant à elle, couvrait 60 % de la population, estimée à environ 25 millions d’habitants. En matière d’usage, l’UIT estime le taux de pénétration de la téléphonie mobile à 44,3 %, contre seulement 12,6 % pour l’Internet mobile.
Au‑delà de la couverture, l’enjeu de l’adoption
Bien que l’extension de la couverture aux zones blanches puisse contribuer à réduire la fracture numérique, plusieurs contraintes propres au secteur persistent. Le principal défi reste l’enclavement numérique du Tchad, qui limite l’accès aux capacités internationales indispensables à la fourniture d’Internet. Le Tchad ne dispose à ce jour que d’une seule liaison internationale en fibre optique via le Cameroun, une dépendance qui fragilise l’approvisionnement en bande passante et impacte la qualité des services. Des interconnexions avec l’Algérie, le Nigeria, le Niger, la Libye et l’Égypte sont envisagées, mais restent à concrétiser.
Par ailleurs, la qualité des services demeure insuffisante. Le 15e audit de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), réalisé entre septembre et octobre 2025, a relevé plusieurs défaillances : équipements obsolètes, maintenance insuffisante, problèmes d’alimentation électrique et sites hors service dans certaines zones. Le vandalisme des infrastructures continue également de peser sur la performance globale du réseau.
Au‑delà de ces contraintes, l’adoption des services numériques dans les zones blanches, généralement situées en milieu rural, dépend de plusieurs autres facteurs. Parmi eux figurent l’accessibilité des terminaux (smartphones, tablettes ou ordinateurs), les compétences numériques de base des populations, le coût des services et la disponibilité de contenus pertinents répondant aux besoins locaux.
Selon les données de la Banque mondiale, seulement 8,6 % des Tchadiens âgés de plus de 15 ans possédaient un smartphone en 2024. Concernant l’accessibilité financière des services, l’UIT indique que le panier de consommation de base pour l’Internet, les SMS et la voix représentait 9,84 % du revenu national brut (RNB) par habitant en 2024. Ce niveau reste nettement supérieur aux moyennes africaine (4 %) et mondiale (1,3 %), ainsi qu’au seuil d’accessibilité de 2 % fixé par l’organisation. Par ailleurs, un forfait de 5 Go d’Internet mobile représentait à lui seul 11,8 % du RNB mensuel par habitant.
Ces différents indicateurs montrent que l’amélioration de la couverture réseau, bien qu’essentielle, ne suffira pas à elle seule à résorber la fracture numérique au Tchad. Les autorités devront également agir sur la qualité des infrastructures, l’accessibilité économique des services et des équipements, ainsi que sur le développement des compétences numériques afin de transformer l’accès potentiel au réseau en usage effectif.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 4 juin 2026)
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