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Télécoms : “En termes de coût financier et environnemental, les tours sont la solution pour l’Afrique”

samedi 25 juillet 2020

Portrait/Entretien

Malgré la crise économique mondiale engendrée par la Covid-19, Helios Towers a de grandes ambitions pour 2020 et les années à venir. Après son introduction à la Bourse de Londres fin 2019 et une importante levée de fonds en 2020, l’entreprise de tours télécoms entend renforcer sa présence sur le continent et conquérir de nouveaux marchés.

Preuve en est de son succès, la compagnie vient d’annoncer avoir créé un nouveau poste pour servir ses ambitions. Tom Greenwood, CFO de la compagnie depuis 2015, devient ainsi le nouveau Chief Operating Officer (COO). Juste avant sa nomination, il avait répondu aux questions de CIO Mag, et fait le point sur les nouvelles orientations stratégiques d’Helios Towers en Afrique. Interview.

CIO Mag : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la mission et le business model d’Helios Tower ?

Tom Greenwood : Notre mission est de stimuler la croissance des communications en Afrique, en fournissant aux opérateurs de téléphonie mobile de l’espace, de l’énergie et des services associés. Nos clients sont les grosses compagnies télécoms comme Orange et Vodafone. Nous sommes une entreprise indépendante et, dans ce sens, nous soutenons le partage d’infrastructures.

L’industrie des tours télécoms a démarré aux Etats-Unis dans les années 1990 et s’est répandue à travers le monde, notamment en Afrique depuis les années 2010. C’est un business model très attractif pour les investisseurs et ce, parce que presque tous nos revenus proviennent d‘opérateurs mobiles internationaux de premier plan. Nous signons avec eux des contrats à long terme, généralement de 10 à 15 ans avec des clauses de renouvellement automatique, ce qui nous procure un revenu stable sur du long terme.

Helios Towers a suscité un large intérêt. Après votre entrée sur la bourse de Londres, vous avez réussi une grosse levée de fonds cette année. Quels ont été les montants levés ?

En effet, l’an dernier, nous sommes devenus la première entreprise africaine spécialisée dans le domaine des tours à être cotée au London Stock Exchange. En 2020, en raison de l’incertitude financière mondiale causée par la crise de la Covid-19, les marchés financiers de la dette des entreprises africaines ont été temporairement fermés. Dès que nous avons vu une opportunité se présenter, nous avons levé des fonds. Le montant total de la transaction s’est élevé à 1 milliard de dollars. Avec ces fonds, nous pouvons rembourser la dette existante et financer notre stratégie de croissance. 450 millions de dollars vont ainsi être alloués au renforcement de nos marchés actuels et à l’expansion vers d’autres marchés.

Quels sont les pays africains visés par Helios Tower ?

Aujourd’hui, nous avons 7000 tours dispersées dans cinq marchés : la Tanzanie, la RDC, le Congo, le Ghana et l’Afrique du Sud. Notre objectif est de parvenir dans les cinq prochaines années, à 12 000 tours répandues sur huit marchés. Pour le moment, nous sommes en train d’étudier les opportunités dans plusieurs pays, nous étudions une dizaine de marchés potentiels, notamment au Maghreb (Maroc, Tunisie), mais aussi au Sénégal, à Madagascar ou encore en Namibie.

Parmi les nouveaux pays dans lesquels Helios Towers souhaite s’implanter, l’Ethiopie représente une très belle opportunité. Tout d’abord, il s’agit d’un marché conséquent, avec plus de 100 millions d’habitants. D’autre part, si pour l’instant, le pays ne compte qu’un seul opérateur mobile public, le gouvernement est en train de libéraliser le secteur des télécoms [1]. Les gros opérateurs sont très intéressés par ce pays. De notre côté, nous sommes très excités par cette opportunité et c’est un timing parfait. Nous espérons construire quelques milliers de tours dans le pays dans les prochaines années.

Justement, comment se déroulent les négociations avec les opérateurs et les gouvernements ?

La plupart des pays africains ont une licence pour l’exploitation des tours, alors nous ne négocions que très peu avec les gouvernements. Comme je l’ai évoqué, nous sommes une compagnie indépendante et nous voulons promouvoir le partage d’infrastructures. Pour Helios Towers, le scénario parfait c’est une tour avec Orange, Vodafone, MTN et d’autres encore ! L’objectif est d’offrir un service premium à tous les clients et tous les utilisateurs.

D’un autre côté, partager une tour permet de réduire les coûts pour les opérateurs et d’assurer une certaine qualité de service. En Afrique subsaharienne, l’énergie est un vrai défi. Nous garantissons à nos clients un approvisionnement constant, en utilisant des solutions annexes pour parer au moindre problème, générateurs, énergie hybride, solaire… En ce sens, nous sommes aussi une entreprise d’électricité !

Enfin, le partage de tours permet d’éviter de saturer le paysage et a surtout un fort impact environnemental. C’est donc plus économique et plus écologique et tout le monde y trouve son compte.

La crise engendrée par la Covid-19 a-t-elle eu un impact sur votre activité ?

Il est vrai que la crise sanitaire a quelque peu ralenti notre activité, notamment certains chantiers et négociations. Mais d’un autre côté, cette crise est aussi une opportunité pour nous, dans le sens où elle révèle l’importance du mobile et de la connectivité. Connecter l’ensemble des populations apparaît plus que jamais comme une priorité absolue et les chantiers vont se multiplier dans ce sens. Ainsi, nous prévoyons une croissance de nos activités tout au long de l’année.

Un dernier constat que je souhaite partager, il est aujourd’hui admis que le continent opère un “leap frog” technologique, c’est à dire saute un “passage”. L’Afrique ne connaîtra pas la même expansion des lignes fixes que l’Europe a connue. Bien sûr, il y a plusieurs options pour connecter les territoires, et notamment les zones blanches. La fibre se répand et c’est une bonne chose. Mais je reste persuadé que les tours sont la meilleure solution pour l’Afrique en termes d’accès à la connexion mobile à un coût financier et environnemental moindre.

Propos recueillis par Camille Dubruelh

(Source : CIO Mag, 25 juillet 2020)


[1] Depuis juin 2019, le gouvernement éthiopien a annoncé sa volonté de privatiser le secteur des télécoms pour le rendre concurrentiel et attirer des capitaux étrangers. Par ailleurs, l’Autorité éthiopienne des communications (ECA) a annoncé en mai 2020 que l’Etat allait délivrer deux nouvelles licences télécoms dans le cadre des efforts pour garantir des communications accessibles à tous ses citoyens. La date de délivrance des permis n’est pas encore connue.

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