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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2012 > Mai > Technologie : Les africains prennent leur destin en main

Technologie : Les africains prennent leur destin en main

samedi 12 mai 2012

Applications

« Si vous développez des solutions pour l’Afrique, vous devriez permettre aux Africains de résoudre leurs propres problèmes », explique le gourou afro-américain de la technologie Jonathan Gosier. Et il met en pratique ce qu’il prêche.

Non seulement il est concepteur de logiciels, mais aussi blogueur, investisseur, entrepreneur et propriétaire de l’entreprise de développement de logiciels Appfrica basée à Kampala. Ce cabinet de conseil en logiciels guide, produit et investit dans les talents technologiques d’Afrique de l’Est. « Notre seul rôle est d’investir dans les projets d’autres personnes », dit Gosier.

En ce qui concerne les Africains locaux impliqués dans la création de ces applications, il déclare : « Je suppose que le problème que nous tentons de résoudre est celui de l’accès au capital et c’est tout ce que nous faisons. »

Le mois dernier, Gosier a pris la parole à Fill the Gap (Remplir le vide), un gala annuel d’information et de communication qui s’est déroulé dans le plus grand centre scientifique des Pays-Bas à savoir, Nemo à Amsterdam. Le thème de cette année était « Moving beyond the mobile hype » (Les changements au-delà de la mode du portable).

Nemo est le temple de la technologie, il était donc l’endroit idéal pour avoir un entretien en tête-à-tête avec Gosier. Nous avons parlé avec lui dans une pièce calme utilisée comme un entrepôt de fortune pour les chaises et tables, loin de la foule et la presse.

Le buzz

Le buzz au cours de l’événement Fill the Gap a été « une révolution se déroule en Afrique, entraîenée par la technologie mobile et par l’accès de plus en plus rapide au mobile qui constitue la clé de l’esprit d’entreprise et de la participation citoyenne. »

Selon Gosier, il est essentiel de commencer par un besoin et ensuite voir si et comment la technologie mobile peut faire partie de la solution. « Je voudrais revenir sur cette déclaration pour dire qu’un astucieux esprit d’entreprise est la clé de l’innovation mobile, » explique-t-il. « Il en est de même pour la »participation citoyenne« et le »besoin« . Le buzz dans sa forme actuelle est imparfait, car elle suppose que l’innovation par elle-même fournit des solutions qui peuvent aider les gens. »

Applications durables

Farmer line , Motribe et Abayima sont trois applications populaires et durables créées par des Africains pour les Africains.

De nouveaux projets de développement de technologie mobile émergent en Afrique. Gosier explique comment l’application Abayima a transformé les cartes SIM pour téléphones en plates-formes de publication en Ouganda.

L’application a été créée par des techniciens ougandais après les élections de 2011. Les réseaux de communication mobiles ont commencé à être surveillés à la recherche de messages pouvant indiquer un désaccord avec le parti politique au pouvoir.

« Le meilleur avec Abayima, c’est que vous livrez le contenu sur la carte SIM comme vous livrez un journal, ce qui signifie que les gens ne se soucient pas si la carte SIM est partagée, parce que vous consommez le contenu et vous pouvez ensuite le transmettre », dit-il. « Par exemple, un groupe de militants pouvaient envoyer des messages entre deux endroits au moyen d’un »coureur« . Quand le coureur arrive, il remet la SIM qui contient des messages pour le destinataire. »

Le prix n’est pas juste

Les opérateurs de téléphonie mobile et les réseaux de fibres dans de nombreux pays africains s’incrustent dans l’accès des utilisateurs à Internet et les empêchent d’avoir une meilleure connectivité.

Selon Gosier, c’est une question de prix. « Les entreprises de téléphonie mobile savent si le marché peut supporter les prix qu’elles appliquent à un moment précis, il n’y a donc aucune raison de changer ce qui fonctionne pour elles, » dit-il.

« Par le non-abaissement des prix, ils créent des barrières à la communication entre les personnes. En fait, les données sont tellement chères que si vous donniez gratuitement à la plupart des Africains ruraux des téléphones intelligents et la capacité d’utiliser ces données, les données coûteront encore plus cher que ce qu’ils paieraient pour les téléphones et les données qu’ils utilisent pour les SMS aujourd’hui. »

De même que les sociétés de téléphonie mobile, les réseaux de fibre optique ont tendance à maintenir leurs prix absurdement élevés. ’Les coûts sont élevés, car ils fonctionnent sur une énorme spéculation qu’une région va devenir très active. À moins de voir les activités commencer véritablement, ils ne vont pas baisser leurs prix", a-t-il ajouté.

Pourquoi l’Afrique ?

Gosier n’a pas délibérément choisi de travailler en Afrique. « Mon amie travaillait pour une ONG en Ouganda, à cette époque. Donc, je l’ai suivie là-bas, » dit-il en souriant. "J’ai commencé cette l’entreprise parce que j’y ai vu une occasion d’aider les gens, tout en créant une entreprise.

C’est donc ce que j’ai d’abord décidé de faire. Ensuite, avec l’évolution des choses, j’ai trouvé d’autres moyens pour aider les gens et j’ai trouvé d’autres personnes pour le faire avec moi. Ainsi, j’ai continué à bâtir sur cette fondation. À un certain moment, mon amie était sur le point d’être envoyée en Amérique latine. Si cela avait été le cas, je serais en Amérique latine, et je continuerais sur la même lancée et qui sait comment les choses auraient tourné", a-t-il ajouté en souriant.

Elizabeth Mbundu

(Source : RNW Africa, 12 mai 2012)

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