Taxe sur les transferts mobiles : l’Etat annonce, les opérateurs silencent, le citoyen paye l’incertitude
dimanche 11 janvier 2026
1. UNE TAXE LÉGALE MAIS MAL OPÉRATIONNALISÉE
la taxe sur les transferts d’argent de 0,5 % est juridiquement adoptée et intégrée dans la loi de finances. sur le papier, l’état a exercé pleinement sa souveraineté fiscale. cependant, aucune fiscalité n’est efficace sans mécanismes d’application clairs, synchronisés et contrôlés. en annonçant une entrée en vigueur sans finaliser les modalités techniques et administratives, l’état a créé un décalage entre la norme juridique et la réalité des transactions quotidiennes.
2. DES OPÉRATEURS QUI COMMUNIQUENT MAIS N’APPLIQUENT PAS
orange finances mobiles sénégal a informé ses clients de l’application imminente de la taxe, ce qui suppose un accord de principe avec les autorités. pourtant, sur le terrain, ni orange ni wave ne prélèvent effectivement la tta. cette situation suggère soit une prise en charge temporaire de la taxe par les opérateurs pour éviter une contestation sociale, soit une attente stratégique de clarifications réglementaires avant toute répercussion sur les usagers.
3. LE VERROU RÉGIONAL DE L’UEMOA ET DE LA BCEAO
le cœur du problème réside dans l’architecture régionale des paiements. les services de mobile money sont agréés par la bceao et intégrés dans des systèmes interopérables à l’échelle de l’uemoa. appliquer une taxe strictement nationale sur des flux techniques régionaux pose un problème de conformité, de traçabilité et d’harmonisation. sans alignement régional, la collecte automatique de la taxe devient juridiquement et techniquement fragile.
4. UNE GOUVERNANCE FISCALE À L’ENVERS
dans une économie numérique, l’ordre des décisions est fondamental. l’état aurait dû d’abord sécuriser l’accord avec la bceao, publier des instructions fiscales détaillées, puis fixer une date d’entrée en vigueur. en procédant à l’inverse, il affaiblit sa crédibilité et laisse les opérateurs gérer le calendrier réel de la politique fiscale, ce qui traduit une perte de maîtrise de l’action publique.
5. UN SYMPTÔME DU RETARD DE L’ÉTAT SUR LA FINANCE NUMÉRIQUE
au-delà de la taxe elle-même, cette affaire révèle un problème structurel : l’état raisonne encore avec des outils fiscaux de l’économie bancaire classique face à une finance numérique régionale et interconnectée. tant que la fiscalité du numérique ne sera pas pensée de manière systémique, concertée et techniquement robuste, chaque nouvelle taxe produira de la confusion plutôt que des recettes, et renforcera la défiance des citoyens.
Dr Seydou Bocoum
(Source : Groupe WhatsApp du RASA, 11 janvier 2026)
OSIRIS