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Start-up sur le continent : l’Égypte bouscule la hiérarchie

jeudi 30 janvier 2020

Innovation/Entreprenariat

Selon le rapport annuel du fonds de capital-risque Partech Africa, les start-up africaines ont réussi à lever, en 2019, plus de 2 milliards de dollars. Un record. Et l’écosystème tech égyptien n’y est pas étranger.

Il y avait l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya. Il faut désormais compter l’Égypte parmi les pays moteurs dans le domaine des nouvelles technologies en Afrique. Une tendance que l’on devinait, et que confirment les derniers chiffres publiés par Partech Africa.

Selon le nouveau rapport du fonds de capital-risque, publié mercredi, les start-up africaines ont levé un total de 2,02 milliards de dollars, en « equity » (capital) en 2019.

Pour arriver à ce chiffre, Partech Africa a recensé et analysé 250 levées de fonds réalisées par 234 start-up sur le continent.

Et si le total amassé constitue une augmentation de 74% par rapport à l’année précédente, la véritable nouveauté est ailleurs : l’Égypte partage désormais le podium des pays africains dont les start-up sont les plus attractives, non seulement en nombre de transactions (+174%) mais aussi en volume (+215%), reléguant l’Afrique du Sud au pied des marches.

Une montée en puissance que Partech Africa n’est pas le seul à souligner. Dans un autre rapport, celui de la plate-forme communautaire MAGNiTT, publié deux semaines plus tôt, l’Égypte figurait même à la première place de la zone Maghreb-Moyen-Orient.

Politiques d’infrastructures

Dans le domaine de l’innovation et de l’entrepreneuriat, le pays avance à pas de géant. Et presque à marche forcée.

Avec plus de 100 millions d’habitants, dont 60% ont moins de 30 ans, les enjeux autour du numérique sont colossaux, ce que le pouvoir a très bien compris : pour appuyer le développement du secteur, le régime al-Sissi multiplie les grands projets d’infrastructures, notamment pour accroître l’accès des Égyptiens à internet, via la fibre ou les réseaux 4G et bientôt 5G.
Des politiques d’incitation à la création d’entreprise et plusieurs programmes de soutien à l’entrepreneuriat ont aussi été mis sur pied.

« Le secteur privé est moteur, précise tout de même Cyril Collon, General Partner chez Partech Africa, et les politiques et les organes de régulation emboîtent le pas.

Le gouvernement, la banque centrale d’Égypte et d’autres organes ont lancé un certain nombre d’initiatives pour accompagner cette digitalisation de l’économie. »

Résultat : le secteur des technologies de l’information et des télécommunications est le plus dynamique de l’économie égyptienne, avec ses 16% de croissance en 2018-2019.

Des défis majeurs à relever

À l’image de leurs cousines du reste du continent, de nombreuses start-up égyptiennes s’attaquent de front, et par la technologie, aux défis qui se posent aux populations.

L’inclusion financière - le taux de bancarisation n’est, en Égypte, que de 15% - ou la qualité des transports sont de ceux-là.

Au Caire ou à Alexandrie, par exemple, Swvl, le « Uber égyptien des bus » s’érige en alternative à des transports en commun bondés et à l’hyper-congestion du réseau routier. La start-up a levé 42 millions de dollars l’année dernière.

De son côté, Fawry, fleuron de la fintech égyptienne, facilite le paiement par téléphone dans un pays où le taux de pénétration du mobile dépasse les 100%. Quand Bassita (« simple », en arabe) transforme des milliers de clics en argent bien réel pour financer des projets dans tout le pays.

Au bas de la pyramide, là où tout commence, tout s’amorce, les initiatives se multiplient aussi, consolidant les fondations du secteur. « Le Caire est depuis longtemps reconnu pour le talent de ses développeurs et la jeunesse y est totalement connectée, poursuit Cyril Collon.

Tout un écosystème catalyseur a commencé à s’y structurer. Il grandit, avec ses hubs, ses accélérateurs, à la Flat6Labs [un incubateur historique de la capitale], sur les campus tech.

Des investisseurs « business angel » ou capital-risqueurs locaux, précurseurs, comme Cairo Angels, Sawiri Ventures ou Algebra Ventures sont arrivés, puis les étrangers, ensuite, avec un prisme régional. Ces derniers voient en l’Égypte un marché de relais très fort. »

Miroir aux alouettes

Sauter le pas ? Plus d’un Égyptien sur deux y pense, selon la version égyptienne du rapport Global Entrepreneurship Monitor (GEM), réalisé en 2018 par l’Université américaine du Caire.

Près de 55% des personnes interrogées disaient ainsi envisager ou être prêtes à lancer leur affaire, soit deux fois plus que la moyenne des pays analysés.
Dans un pays où le taux de chômage des 15-24 ans atteint les 32%, selon la Banque mondiale, l’aventure entrepreneuriale apparaît sans doute comme un horizon désormais envisageable. Alors que, paradoxalement, le taux d’échec en Égypte est aussi le plus élevé des pays étudiés dans les rapports GEM.
« Nous ne sommes qu’au début de l’histoire, la rentabilité reste sous contrainte à ces étapes-là et c’est justement ici que les politiques publiques peuvent faire la différence, en accompagnant notamment l’éclosion de nouvelles générations de fonds locaux », souligne Cyril Collon.

Preuve qu’au-delà des bons chiffres, il faudra encore beaucoup de travail pour rester à la pointe de l’innovation sur le continent.

Marc Etcheverry

(Source : RFI, 30 janvier 2020)

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