Starlink en Centrafrique : entre couverture nationale et défis d’accessibilité
mardi 17 mars 2026
Depuis son entrée en Afrique par le Nigeria en janvier 2023, Starlink multiplie les implantations. Présente dans une trentaine de marchés, dont le Rwanda, le Sénégal, le Bénin, le Ghana, le Niger, le Tchad et le Kenya, la société poursuit son expansion avec la République centrafricaine.
Le fournisseur américain de services Internet par satellite Starlink a annoncé, le lundi 16 mars, la disponibilité de ses services commerciaux en République centrafricaine. Les autorités locales entendent s’appuyer sur cette technologie pour améliorer la qualité des services et la couverture d’Internet dans l’ensemble du pays, y compris dans les zones les plus reculées.
Dans un communiqué publié sur Facebook, le ministère de l’Économie numérique, des Postes et des Télécommunications indique que ce lancement est le fruit d’un partenariat avec le distributeur de matériel informatique DEVEA Centrafrique.
Pour accéder au service, les Centrafricains devront débourser 33 000 FCFA (57,76 USD) par mois, auxquels s’appliquera la TVA de 19 %. Pour le terminal, ils auront le choix entre le kit standard à 240 000 FCFA (420,5 USD) et le kit « Mini », plus compact, commercialisé à 123 000 FCFA.
Promesse d’une connectivité universelle
Les autorités centrafricaines misent sur Starlink pour réduire la fracture numérique dans le pays où environ 86 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT).
« En s’appuyant sur des solutions satellitaires à haut débit, Starlink ambitionne d’élargir la couverture nationale et de renforcer la résilience des communications dans un pays confronté à d’importants défis en matière d’infrastructures terrestres », a indiqué le ministère dans un communiqué publié en décembre 2025, après l’attribution de la licence à l’entreprise d’Elon Musk.
En effet, Starlink s’appuie sur une constellation de satellites en orbite basse comptant actuellement environ 10 000 satellites pour fournir ses services. Ce qui assure une couverture nationale, y compris dans les zones difficiles d’accès pour les réseaux terrestres.
La GSMA estime que les solutions de connectivité aérienne, dont le satellite, joueront un rôle important dans la réalisation de la connectivité universelle en Afrique subsaharienne. « La région abrite certains des terrains les plus difficiles pour les réseaux terrestres, notamment des forêts tropicales, des déserts et des chaînes montagneuses. Même dans les zones rurales et faiblement peuplées, le coût et la complexité du déploiement des réseaux mobiles ou filaires classiques plaident en faveur de solutions alternatives », souligne l’organisation dans son rapport « The Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2024 ».
Sur sa plateforme Mobile Connectivity Index, la GSMA a attribué un score de 30/100 à la République centrafricaine en matière de couverture du réseau mobile en 2024. La 2G affichait alors un taux de couverture de 59,6 %, contre 60 % pour la 3G. La 4G et la 5G sont inexistantes.
En termes de performance, la plateforme attribue au pays un score de 4,2/100. Les vitesses moyennes enregistrées sont de 5,4 Mbps pour le téléchargement mobile et de 7 Mbps pour le téléversement, sur la base de données de Speedtest (Ookla).
Mais des défis d’adoption
Si l’arrivée de Starlink peut contribuer à élargir la couverture d’Internet en République centrafricaine, elle ne garantit pas automatiquement l’adoption des services par les populations. L’un des principaux défis soulevés ailleurs sur le continent reste le coût des services, souvent hors de portée pour une grande partie de la population.
Par exemple, avec un abonnement mensuel fixé à 57,76 USD, le service de Starlink représente environ 136 % du RNB mensuel par habitant, estimé à 510 USD par an en 2024 selon la Banque mondiale. Même en excluant le coût du terminal déjà élevé, ce ratio reste nettement supérieur au seuil d’abordabilité de 2 % fixé par l’UIT. L’organisation estime que 5 Go d’Internet mobile représentaient environ 53,7 % du RNB par habitant en 2025, contre 76,6 % pour l’Internet fixe.
Au‑delà de la question du coût, plusieurs facteurs entrent en jeu. En premier lieu, l’accès à des appareils compatibles avec Internet (ordinateurs, tablettes, smartphones), dont le prix reste prohibitif — la GSMA estime par exemple que le prix d’un smartphone représente environ 26 % du PIB mensuel par habitant en Afrique subsaharienne, contre une moyenne de 16 % dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). S’y ajoutent la littératie numérique, les préoccupations liées à la sécurité, les normes sociales, la disponibilité de contenus pertinents ou encore la qualité de l’expérience utilisateur.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 mars 2026)
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