Starlink au Sénégal : entre polémique et promesses de connectivité
samedi 7 février 2026
Intéressant débat, hier matin, sur la Tfm (Télé Futurs Médias). Au cœur des échanges : l’arrivée de Starlink au Sénégal. Parmi les invités, une voix particulièrement critique : celle du Secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Sonatel (Syts), Mouhamadou Lamine Badji. Le syndicaliste s’est montré catégorique : le dossier Starlink est une « nébuleuse » qui n’apportera « rien au Sénégal ni aux Sénégalais ».
« Le nouveau régime nous a vendu du patriotisme et un souverainisme économique, mais dans le domaine du numérique, les actes posés ne sont pas rassurants. Il passe complètement à côté », accuse-t-il. Ni les relances de la présentatrice Sokhna Nata Mbaye, ni les interventions des autres sur le plateau (Cheikh Tidiane Diaho, Malick Thiandoum et Pape Amadou Fall) n’ont réussi à infléchir sa position. Droit dans ses bottes, Mouhamadou Lamine Badji a martelé que le dossier a été conduit dans une « opacité sidérante ». « Rien n’a été transparent. Tout est flou », insiste-t-il. La polémique est donc bien réelle. Les opérateurs expriment leurs inquiétudes. Les partenaires sociaux montent au créneau. Des experts et des acteurs de la société civile appellent à redoubler de vigilance. En toile de fond : la sécurité et la souveraineté numérique.
Des craintes fondées ? Manifestement non, si l’on en croit les arguments avancés par les partisans du projet. Car ce que peu de voix rappellent, c’est que l’arrivée de Starlink pourrait marquer une étape importante dans l’amélioration de la connectivité numérique au Sénégal. Contrairement aux affirmations du syndicaliste, c’est tout l’écosystème numérique national qui pourrait être bousculé, voire transformé, avec des bénéfices concrets pour les consommateurs. Le réseau serait étendu à l’ensemble du territoire, permettant de couvrir les zones blanches. Les collectivités territoriales, les établissements d’enseignement, les centres de formation professionnelle, les PME ainsi que les infrastructures de santé pourraient en tirer profit. L’objectif affiché par l’État est clair : démocratiser l’accès à Internet et permettre à un million de Sénégalais de disposer d’une connexion haut débit au cours du 1er semestre 2026. Pour autant, Mouhamadou Lamine Badji a raison sur un aspect essentiel : la nécessité pour l’État de rendre public le cahier des charges de Starlink en répondant à deux interrogations majeures : quelles sont précisément les conditions de cette autorisation ? Et quel est le montant exact versé par l’opérateur américain au Trésor public ? Le Directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp), Mamadou Dahirou Thiam affirme veiller aux intérêts des consommateurs et à l’équilibre du marché. Il faut aller plus loin.
Des garanties concrètes sont attendues, notamment sur la protection des petits fournisseurs d’accès à Internet implantés à travers le pays. Le régulateur est également interpellé sur le coût réel et à long terme de Starlink. L’opérateur est-il effectivement plus cher au Sénégal qu’à Madagascar ? Entre l’achat du kit obligatoire et un abonnement mensuel estimé entre 22.000 et 30.000 FCfa, la facture pourrait s’avérer lourde pour le consommateur sénégalais. Toutes ces interrogations renvoient à une exigence centrale : celle d’une information claire, fiable et crédible. Mais aussi à un principe fondamental souligné par le syndicaliste Badji : la transparence.
Un État qui se réclame de la transparence et de la bonne gouvernance ne devrait rencontrer aucune difficulté à répondre à ces préoccupations légitimes. « On ne doit pas entourer cette question de nuit et de mystère », a insisté le journaliste Malick Thiandoum. Un argument insuffisant pour convaincre le syndicaliste de la Sonatel, qui campe sur ses positions, continuant de dénoncer l’autorisation accordée à Starlink comme un « drame », allant même jusqu’à prédire qu’« aucun opérateur ne financera désormais le déploiement de la fibre optique au Sénégal ». En attendant, loin de cette controverse, le Sénégalais lambda continue, lui, de subir le poids exorbitant du coût de la connexion Internet sur son pouvoir d’achat.
Abdoulaye Diallo
(Source : Le Soleil, 7 février 2026)
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