Sonatel renforce son infrastructure satellitaire face à une concurrence accrue
vendredi 10 juillet 2026
Le marché de l’Internet par satellite en Afrique est en pleine expansion. Cette dynamique est portée par la volonté des États de réduire la fracture numérique ainsi que par des besoins croissants en connectivité haut débit.
Sonatel (Orange Sénégal) a annoncé, le jeudi 9 juillet, le déploiement de 16 nouvelles antennes satellites. L’opérateur renforce son infrastructure dans un contexte de hausse de la demande en connectivité et d’intensification de la concurrence sur le marché des services Internet par satellite.
Les antennes font partie d’une passerelle d’Eutelsat OneWeb, installée sur le téléport de Gandoul, qui accueille déjà différentes solutions de connectivité satellitaire. Déployée sur une superficie d’environ cinq hectares, cette infrastructure assure la liaison entre la constellation de satellites en orbite basse (LEO) d’Eutelsat OneWeb et les réseaux terrestres. Elle facilite ainsi l’acheminement de l’Internet haut débit vers le Sénégal, la sous-région et le reste du monde.
Selon le groupe Sonatel, les installations de Gandoul intègrent des infrastructures énergétiques sécurisées, des systèmes redondants et une connexion fibre à très haut débit afin d’assurer un niveau élevé de disponibilité et de continuité de service. La nouvelle infrastructure s’appuie également sur une salle technique conforme aux standards Tier III, offrant un haut niveau de résilience et de fiabilité pour l’exploitation des équipements critiques.
Un marché sénégalais de l’Internet satellitaire en pleine expansion
Le déploiement de ces nouvelles antennes intervient quelques mois après le lancement par Sonatel de son offre d’Internet par satellite, développée en partenariat avec Eutelsat Konnect. Cette solution s’appuie sur un satellite en orbite géostationnaire (GEO), contrairement à la nouvelle infrastructure OneWeb basée sur une constellation de satellites LEO.
L’opérateur indique cibler prioritairement les zones rurales, frontalières ou enclavées, dans un pays où les disparités d’accès à Internet restent importantes. Selon Sonatel, seuls 3 % des foyers ruraux disposent d’une connexion, contre près de 44 % des ménages à Dakar.
Cet investissement s’inscrit également dans les ambitions du gouvernement sénégalais en matière de transformation numérique. Les autorités misent sur les technologies satellitaires pour accélérer la couverture du territoire en Internet haut débit, en particulier dans les zones où le déploiement des réseaux terrestres demeure coûteux ou complexe. Dans cette optique, les autres opérateurs présents sur le marché, comme Yas et Expresso, sont aussi encouragés à intégrer des solutions satellitaires à leurs offres.
Le marché sénégalais est par ailleurs ouvert à la concurrence internationale. Le fournisseur américain Starlink a lancé ses services commerciaux dans le pays en février 2026. Il s’agit de l’un des leaders mondiaux de la fourniture d’Internet via les satellites LEO avec une présence commerciale dans une trentaine de pays africains.
La concurrence devrait encore s’intensifier avec l’arrivée d’un autre acteur américain, Amazon Leo (anciennement Project Kuiper). Ce dernier prévoit de lancer ses premiers services commerciaux à partir de cette année après avoir franchi le seuil réglementaire de 390 satellites déployés en orbite. L’entreprise a déjà engagé des discussions avec plusieurs marchés africains, dont l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria. Dans le pays le plus peuplé d’Afrique, elle a déjà obtenu les autorisations nécessaires pour déployer son infrastructure et commercialiser ses services.
Cette intensification de la concurrence intervient alors qu’on assiste à une demande croissante en connectivité à haut débit. Elle est portée par la généralisation de nouveaux usages numériques, de plus en plus gourmands en bande passante.
À domicile, par exemple, la multiplication des services de streaming vidéo, des jeux en ligne, du télétravail ou encore des applications de visioconférence stimule les besoins en débits plus élevés et en connexions plus stables. Dans les entreprises et les administrations, l’adoption du cloud, des outils collaboratifs, de l’intelligence artificielle, de l’Internet des objets (IoT) et des solutions numériques métiers accroît également les besoins en capacité et en fiabilité des réseaux.
Le coût, un facteur déterminant dans la bataille pour le marché
Alors que la concurrence se renforce, la conquête des parts de marché dans les services Internet par satellite dépendra de plusieurs facteurs. Parmi les principaux figure le coût, qui constitue l’un des défis majeurs associés au développement de ces services sur le continent africain.
Lors du lancement de son offre, Sonatel proposait des abonnements Internet par satellite à 30 000 francs CFA (environ 52,36 dollars) par mois pour les foyers et à 44 900 francs CFA pour les entreprises. À ces tarifs s’ajoutaient des frais d’accès de 125 000 francs CFA pour l’offre destinée aux professionnels. À titre comparatif, les forfaits de Starlink au Sénégal se situent entre 22 000 et 30 000 francs CFA par mois, tandis que le coût du kit d’installation varie entre 117 000 et 146 000 francs CFA.
Ainsi, une offre Internet à 50 dollars au Sénégal représenterait environ 33,7 % du revenu mensuel moyen estimé à 148,33 dollars dans le pays en 2025, selon les données de la Banque mondiale. Ce niveau reste largement supérieur au seuil recommandé par l’Union internationale des télécommunications (UIT), qui considère qu’un service Internet abordable ne devrait pas dépasser 2 % du revenu mensuel moyen. En 2025, 5 Go de données sur une connexion fixe représentaient 15,1 % du revenu national brut (RNB) par habitant au Sénégal, contre 4,68 % pour l’Internet mobile.
Au-delà du coût du service, la qualité de la connexion, la couverture géographique, la disponibilité des équipements et la capacité à répondre aux besoins spécifiques des ménages, des entreprises et des administrations seront également des facteurs déterminants dans la concurrence entre les différents fournisseurs d’Internet par satellite.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 10 juillet 2026)
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