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Sommet mondial sur la société de l’information : L’Afrique décidée à réclamer la solidarité numérique

mardi 2 décembre 2003

SMSI

Du 10 au 12 décembre prochain, se tiendra à Genève la première phase du Sommet mondial de la société de l’information (Smsi). Cette rencontre réunira à la fois - et c’est une première - la société civile, les acteurs publics et les acteurs privés. Il s’agira de définir les contours et les enjeux induits par le développement des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic). Ce sommet ne durera que trois jours. Il est donc important que les quelques 150 pays qui y participent se mettent d’accord auparavant sur les grandes lignes des décisions à adopter. De réunions préparatoires en prepcom 1, 2 et 3, c’est chose faite sur 90 % des points abordés. « Malheureusement les 10 % restant concernent des questions fondamentales telles le fond de solidarité numérique et les droits sur la propriété intellectuelle. La table ronde ministérielle tenue vendredi dernier qui réunit les pays du Nepad, vise à harmoniser la position des pays africains sur ces points qui posent problème. Si l’Afrique arrive à définir clairement ses positions, elle sera en mesure de se faire entendre des autres groupes tels Europe ou les Etats Unis. Notre continent est plus fort lorsqu’il parle d’une seule voix », indique Mamadou Diop, ministre de l’Information et de la coopération panafricaine dans les Ntic du Sénégal. La table ronde qui s’est donc tenue vendredi à Dakar a abouti à l’adoption d’une position africaine unique sur les points de divergence restants. Ceux-ci sont au nombre de six, auxquels s’ajoute la question du fond de solidarité numérique. Le premier point est la gouvernance d’internet. Il paraît impossible de laisser cet outil livré à lui-même, sans un droit de regard des Etats. Les pays africains proposent donc de créer une structure onusienne intégrant la société civile et le secteur privé pour « gérer » internet. Mais l’e-indépendance du continent suppose aussi la mise en place de son propre organisme de gestion capable de fournir un serveur propre à l’Afrique. L’enjeu est de taille quand on sait à quel point internet représente une source de pouvoir et d’influence. Contrôler l’accès à cette formidable source d’informations qu’est le net peut modifier le rapport de force mondial. Un fois internet encadré, si tant est que cela soit envisageable, il convient de voir ce que l’on y met dedans. Une des préoccupations des pays du Nepad est d’assurer la sécurité sur le web. Celui-ci peut-être un formidable outil de propagande terroriste. La création d’un organisme international chargé de formuler des directives en matière de sécurité peut donc être une solution. La diversité culturelle et linguistique est aussi à l’ordre du jour. En effet, on peut choisir de prôner l’uniformisation. C’est la position des Etats-Unis. Ou bien de faire la promotion des différentes cultures dans les médias. C’est ce qu’envisage le reste du monde. Par ailleurs, l’Afrique entend revendiquer un « droit à la communication », au même titre que les autres droits contenus dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Seuls la Chine et le Vietnam s’y refusent encore. Se pose aussi le problème du juste équilibre entre liberté d’expression et responsabilité médiatique. Sur cette question, les pays du Sud sont favorables à une position intermédiaire. Reste à savoir si responsabilité médiatique ne risque pas de rimer avec censure.

La question de la propriété intellectuelle est un point essentiel. Comment parler de « société de l’information » si cette information est détenue par une minorité. Les brevets de connaissance, s’ils encouragent la création, marginalisent de fait tous les pays qui ne peuvent se les offrir. Ce point doit être abordé lors du sommet de Genève. Le renvoyer devant des instances telle l’Organisation mondiale du commerce (Omc), comme le désire le Nord, est un moyen d’éluder le problème. La question de la généralisation des logiciels libres - logiciels dont les créateurs en assure la gratuité d’accès - en est le corollaire. « Cette question est fondamentale pour l’avenir de notre continent. Nous avons déjà raté le train des médicaments génériques, ne reproduisons pas les mêmes erreurs. L’accès à la connaissance conditionne le niveau de développement. Le Sud doit tenir bon sur ce point », s’exclame Amadou Top, expert dans les Ntic.

La question de la « fracture numérique ». Schématiquement, cette expression désigne le « gap » séparant les pays du Nord de ceux du sud dans l’accès aux Ntic. C’est une réalité que plus personne ne conteste. Toute la question est de savoir comment combler ce fossé. Sur ce point, le président de la République, Abdoulaye Wade a lancé, dans le cadre du Nepad, l’idée d’une « solidarité numérique ». Le principe est simple, pour que tout le monde ait accès aux Ntic, il faut que les pays les plus riches mettent la main à la patte pour aider les plus pauvres. Reste à savoir de quelle manière et sous quel prétexte. L’idée est de créer un « Fonds de solidarité numérique », (Fsn) approvisionné par des contributions volontaires. Par exemple, celui qui achète un ordinateur pourrait donner un dollar symbolique pour alimenter le fond. Possibilité aussi pour des donateurs publics et privés de participer. Mais là où le bât blesse c’est que les Etats-Unis et l’Europe entendent être solidaires, mais dans le cadre de fonds déjà existants. A noter quand même la position des Usa, qui ont donné leur accord pour le lancement d’une étude sur la création d’un nouveau fonds. Le point de vue des pays du Sud (Asie, groupe Arabie et Amérique du Sud compris) est que les fonds qui existent sont empreints de lourdeurs administratives et bureaucratiques inadaptées au monde des Ntic. Ainsi, lors du sommet de Genève, il s’agira de proposer ce fond et de tenir bon, une fois de plus. Mais M. Wade, conscient de la difficulté de l’entreprise, a demandé aux représentants du groupe Afrique de faire preuve de diplomatie. « L’option haute est d’arriver à un consensus et de créer ce fonds avec les pays du Nord. Mais s’ils s’y refusent, nous ne baisserons pas les bras. Nous demanderons à la commission de prendre acte de la création du »Fonds de solidarité numérique« par les pays désirant y participer. Nous pouvons très bien monter ce projet seuls ». Reste à savoir ce qui pourrait motiver l’Europe et les Etats-Unis pour faire partie des donateurs. « On ne peut entrer dans le XXIe siècle en privant toute une partie de la planète de sa capacité à communiquer », s’exclame le président Wade. Le Nord se doit donc de participer au Fsn par solidarité et conscience morale. La politique et les bons sentiment font rarement bon ménage. En revanche les intérêts économiques qui découleront d’une mise à niveau technologique du Sud est un argument de poids. « Les pays développés ne peuvent laisser l’Afrique en marge de la révolution numérique. Ce serait du suicide. Les pays en voie de développement représentent un marché tel, qu’il est vital pour le Nord de réduire cette fracture numérique. L’économie mondiale ne peut se passer d’une Afrique numérisée », indique Mehdi Teale, ministre de la Communication du Gabon. Cette fois-ci, le message est clair.

Karine ORSI

(Source : Wal Fadjri 2 décembre 2003)

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