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Sommet mondial sur la société de l’information : Genève n’est pas Cancun un succès à consolider

mercredi 17 décembre 2003

SMSI

Plus de 54 chefs d’Etat, Premiers ministres, présidents, vice-présidents et 83 ministres et vice-ministres de 176 pays, malgré l’absence de certains leaders attendus, se sont réunis à Genève pour approuver une Déclaration de principes ainsi qu’un Plan d’action qui donnent des orientations à suivre afin de mettre les avantages des technologies de l’information et de la communication (TIC) à la portée des pays pauvres. Ce Sommet, d’une durée de trois jours, est la première rencontre multipartite organisée pour définir en commun l’utilisation des TIC dans l’optique d’un monde meilleur. La Suisse a réussi sa première organisation planétaire en étant membre des Nations Unies. La grande diplomatie, la finesse des experts mandatés, la détermination des différents pays ont permis d’aboutir à un consensus global sur le Plan d’actions et la Déclaration finale qui ont été adoptés à l’unanimité. La gouvernance de l’Internet et le financement des investissements TIC dans les pays mal desservis ont été deux des questions qui ont suscité de longues négociations. Sur le premier point, le sommet a reconnu la nécessité pour toutes les parties prenantes et les organisations intergouvernementales d’intervenir afin de régler les questions aussi bien techniques que de politique publique, même s’il est prévu que la gouvernance de l’Internet à l’échelle mondiale doit faire l’objet de discussions plus poussées avant la phase de Tunis, en 2005. Un Groupe de travail ouvert à la participation de toutes les parties sera créé sur ce sujet afin d’examiner et de formuler des propositions d’action d’ici Tunis. En outre, en ce qui concerne le financement des pays mal desservis, un groupe d’études sera créé pour procéder à un examen des mécanismes actuels de financement des TIC et à une étude de faisabilité de la mise en place d’un Fonds volontaire international de solidarité numérique. Ce second point défendu avec ardeur par les pays du Sud, a fait l’objet d’un consensus qui a sauvé côté pays pauvres, le Sommet de Genève, qui n’a pas été un second « Cancun ». Les pays du Sud ont fait preuve de témérité, mais aussi d’une grande lucidité. Claquer la porte, n’était pas une bonne solution. C’était une arme brandie par ces pays pour pousser l’Occident à agir. Au finish, le Sud gagne doublement. Premièrement, le principe de la création d’un fonds volontaire a été accepté. Deuxièmement, le fonds a été créé. Les villes de Genève et Lyon ainsi que le Gouvernement du Sénégal ont contribué à hauteur de 1 million d’euros destinés à financer les technologies de l’information dans les pays en développement. Par ailleurs, les Etats-Unis se sont engagés à verser une contribution de 400 millions de dollars pour le développement des télécommunications et des technologies de l’information dans les pays en développement. L’Unesco et l’Union internationale des télécommunications (UIT) ont, en outre, signé un Mémorandum d’accord en vue de mettre en place 50 nouveaux centres de formation à l’Internet au Mali, au Mozambique et au Sénégal. D’autre part, Hewlett-Packard fournira des produits à bas prix qui aideront à surmonter les obstacles à l’accès aux TIC que crée l’analphabétisme. Il sera ainsi possible de transmettre des textes manuscrits par courrier électronique. Microsoft, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), fournira un programme d’un milliard de dollars échelonné sur 5 ans pour former aux TIC les communautés mal desservies. Des initiatives tangibles, loin des discours de circonstances tendant à réduire la fracture numérique. ! « La Banque mondiale a décidé, pour sa part, de soutenir la solidarité numérique », nous a confirmé son directeur en charge des nouvelles technologies, le Belge Pierre Guislain. Ce dernier compte aussi sur les gouvernements, car ce sont eux qui peuvent donner l’impulsion nécessaire en se démocratisant davantage et en ouvrant leur économie à la concurrence pour stimuler l’investissement : « Il est absolument essentiel que les gouvernements élaborent des stratégies TIC au niveau national », a-t-il indiqué. Il a de même plaidé pour un rôle plus accru des organisations régionales et globales. M. Pierre Guislain a cité les éléments de cyberstratégies nationales qui lui paraissent fondamentaux : adoption d’un ensemble gérable d’objectifs spécifiques et ciblés ; utilisation d’indicateurs pour évaluer les progrès accomplis ; utilisation de références pour observer le profil chronologique de la progression des cyberstratégies ou comparer cette progression d’un pays à l’autre ; comparaison des résultats d’expérience entre pays. Il est intéressant de noter qu’un certain nombre d’objectifs sont explicitement définis dans le projet de Plan d’action en ce qui concerne l’élaboration des stratégies nationales, notamment la formulation de stratégies TIC et de cyberstratégies ainsi que des partenariats entre le secteur public et le secteur privé. L’édification d’une société de l’information inclusive passe par une approche multipartenaires. Pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés - dans des domaines tels que la gouvernance de l’Internet, l’accès, l’investissement, la sécurité, le développement d’applications, les droits de propriété intellectuelle et le respect de la vie privée - nous devons à nouveau nous engager à oeuvrer ensemble en vue de tirer parti des avantages de la société de l’information", a déclaré le M. Utsumi de l’UIT. La seconde phase du Sommet, qui aura lieu à Tunis en 2005, permettra d’évaluer les objectifs ambitieux qui ont été fixés au cours la semaine écoulée. La première phase du SMSI étant maintenant terminée, le travail de fond va commencer et les deux années à venir avant la phase de Tunis s’annoncent chargées si l’on veut montrer que la société de l’information est sur la bonne voie.

EL HADJI GORGUI WADE NDOYE

(Source : Le Soleil 17 décembre 2003)

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