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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2017 > Septembre 2017 > Société Générale s’attaque à Orange Money en Afrique

Société Générale s’attaque à Orange Money en Afrique

vendredi 15 septembre 2017

Fintech

La banque lance un porte-monnaie mobile, Yup, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, où elle a ouvert 30.000 comptes. Cette banque alternative doit l’aider à conquérir un million de clients d’ici 2020, en proposant en plus des retraits et transferts d’argent du crédit et de l’épargne.

Pas question de laisser les opérateurs télécoms accaparer le marché en plein boom de la banque mobile en Afrique. Société Générale, qui compte 3,5 millions de client dans 18 pays du continent, lance son propre porte-monnaie mobile, baptisé Yup, en concurrence directe avec Orange Money, le service de l’opérateur français aux 30 millions d’utilisateurs.

Déployé en Côte d’Ivoire depuis février et au Sénégal, ce compte de monnaie électronique peut être utilisé avec un téléphone mobile basique et un abonnement de n’importe quel opérateur, sans disposer de compte dans une banque classique. Il permet de réaliser des retraits et des transferts d’argent, sans se rendre dans une agence bancaire, auprès d’un réseau d’agents tiers, dans des stations-service et de petits commerces par exemple. Mais aussi de payer des factures (d’électricité notamment) ou en magasin et de recharger son mobile.

« Ce produit est destiné aux personnes non bancarisées, qui représentent en moyenne 80% de la population dans les pays d’Afrique et un potentiel inexploré jusqu’ici », a souligné Valérie-Noëlle Kodjo Diop, responsable innovation à la Société Générale pour la région Afrique, Méditerranée et Outremer, lors d’une présentation de l’offre jeudi à Paris.

« C’est un modèle de banque alternative sans agence, qui offre les mêmes services transactionnels qu’Orange Money, tels que le cash-in cash-out (dépôt et retrait), mais en plus nous proposerons des services financiers comme du crédit et des produits d’épargne », a-t-elle fait valoir.

Doubler sa base de clients à 2 millions

La Société Générale a ouvert 30.000 « wallets » Yup dans les deux premiers pays, qui seront suivis du Ghana et du Cameroun d’ici à la fin de l’année, puis du Burkina Faso, de la Guinée et du Togo dans le courant de l’année prochaine. La banque ambitionne d’ouvrir un million de comptes d’ici à 2020, ce qui reviendra à doubler sa base de clients particuliers en Afrique subsaharienne. Elle compte étendre son réseau d’agents de 600 à 8.000 ; à titre de comparaison, Orange Money est distribué dans 160.000 points de vente dans 17 pays.

« Les opérateurs téléphoniques ont pris de l’avance, ils nous ont ouvert la voie, nous sommes en phase de rattrapage », a reconnu Alexandre Maymat responsable de la région Afrique, Méditerranée et Outremer. « Nous avons une carte à jouer et des atouts qu’ils n’ont pas, notamment une solution multi-opérateur, la possibilité de faire du crédit et la confiance du régulateur : Orange Money s’est vu interdire de faire des transferts internationaux par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest », a-t-il rappelé.

Les transferts internationaux seront un des services proposés par la suite par la Société Générale. « Le durcissement de la réglementation en matière de conformité en Afrique entrave le développement des opérateurs téléphoniques et nous redonne toute notre place dans le développement de la bancarisation du continent », a estimé Alexandre Maymat, convaincu que « le modèle kényan », en référence au succès du pionnier du m-banking, M-Pesa, de l’opérateur Safaricom/Vodafone, n’est plus possible aujourd’hui.

Le crédit sera proposé via la banque de micro-crédit Manko lancée par la SocGen au Sénégal, qui a le statut d’intermédiaire en opération de banque. Ces agents se déplacent en scooter sur le terrain avec un iPad pour estimer l’activité, le stock, prendre des photos, scanner les pièces d’identité, etc. L’octroi du crédit est ensuite entièrement dématérialisé et débloqué via le compte Yup.

Diminuer le coût du cash

La solution Yup s’appuie sur la technologie d’une startup française, TagPay, dans laquelle la Société Générale a investi un million d’euros à l’été 2016 (pour 9% du capital). Appelée Near Sound Data Transfer (NDST), cette technologie propriétaire sans contact permet une authentification sécurisée en utilisant le micro du téléphone comme une antenne pour capter un signal et communiquer avec le terminal de paiement du commerçant ou de l’agent Yup. Tagpay a déjà commercialisé sa solution auprès de 25 banques dans 15 pays africains.

« Yup va révolutionner notre modèle d’exploitation bancaire en Afrique. Ce service s’adresse aussi à nos clients bancarisés, qui pourront éviter les embouteillages, les bus bondés et les files d’attente au guichet pour aller chercher leur salaire. Cela va désengorger nos agences et diminuer le coût important de traitement des opérations en cash », a relevé Alexandre Maymat.

La banque va cependant continuer à ouvrir des agences « en dur » en Afrique, de l’ordre de 20 à 30 par an, car elles demeurent un canal important, malgré l’essor du digital. Mais ces ouvertures coûtent cher et les coûts d’exploitation seraient aussi élevés qu’en France, malgré des salaires moindres, du fait des prix des loyers, de l’électricité, des infrastructures, etc.

« L’Afrique est en train d’inventer son modèle bancaire, qui ne sera pas le même qu’en Europe. Société Générale veut être un acteur de la révolution bancaire en cours en étant un créateur d’usages et participer à l’inclusion financière des populations », a déclaré Alexandre Maymat. « L’aventure de la Société Générale en Afrique n’est pas pour les trois années qui viennent mais pour les 50 prochaines années. »

Delphine Cuny

(Source : La Tribune, 15 septembre 2017)

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