Smartphones à 40 $ : la GSMA lance ses tests dans six marchés africains
mercredi 4 mars 2026
En Afrique subsaharienne, le coût du smartphone demeure l’un des principaux obstacles à l’adoption de l’Internet mobile. Malgré l’extension des réseaux, une large partie de la population reste exclue des services numériques, faute de terminaux compatibles et abordables.
La République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Nigeria, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda ont été retenus pour accueillir en 2026 les premiers projets pilotes de smartphones 4G à bas coût. L’annonce a été faite le mardi 3 mars à Barcelone, lors du Mobile World Congress (MWC), par la GSMA, qui officialise l’entrée en phase opérationnelle de son initiative de terminaux à 30–40 dollars, menée avec six grands opérateurs africains : Airtel, Axian Telecom, Ethio Telecom, MTN, Orange et Vodacom.
Un protocole d’accord a également été signé avec plusieurs fabricants d’équipements d’origine (OEM) pour encadrer la production d’appareils conformes aux spécifications techniques minimales présentées lors du MWC Kigali 2025, avec un objectif de distribution à grande échelle.
Le défi de l’inflation des composants
Le calendrier intervient toutefois dans un contexte moins favorable qu’anticipé. La hausse mondiale des prix de la mémoire, composant clé des smartphones, complique l’atteinte du seuil des 30 dollars initialement visé. Pour contenir cette pression sur les coûts, la GSMA appelle les gouvernements à actionner le levier fiscal. L’organisation préconise une réduction, voire une suppression, des taxes et droits de douane sur les appareils d’entrée de gamme, estimant que la fiscalité pourrait compromettre l’accessibilité recherchée.
Le verrou du terminal dans un marché encore dominé par la 2G
En Afrique subsaharienne, la couverture 4G progresse plus vite que son adoption. Selon les données de la GSMA, une part significative des connexions mobiles dans la région repose encore sur des réseaux 2G et 3G, malgré l’extension des infrastructures 4G. Ce décalage traduit un frein lié à l’accessibilité des terminaux compatibles, plus qu’à la disponibilité du réseau.
Selon la Banque mondiale, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, un smartphone d’entrée de gamme représente en moyenne 18 % du revenu mensuel d’un adulte. Pour les 40 % des ménages les plus pauvres d’Afrique subsaharienne, cette proportion atteint 73 %. Pour les opérateurs, l’enjeu est stratégique : convertir les abonnés voix/SMS en utilisateurs data afin d’augmenter l’ARPU et d’amortir les investissements consentis dans les réseaux 4G.
Un levier pour les écosystèmes numériques
Au-delà de la connectivité, l’initiative vise à élargir la base d’utilisateurs susceptibles d’accéder à des services numériques avancés. La GSMA met notamment en avant le développement d’applications d’intelligence artificielle adaptées aux langues africaines, comme le swahili, dont des démonstrations sont attendues lors du MWC 2026 à Barcelone.
À grande échelle, des smartphones 4G abordables pourraient faire basculer des dizaines de millions d’utilisateurs vers l’Internet mobile, avec des effets attendus sur l’éducation en ligne, les services financiers numériques, la santé connectée et le commerce électronique.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 4 mars 2026)
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