Sierra Leone : le modèle MVNO choisi pour relancer Sierratel face aux coûts élevés
mercredi 22 avril 2026
La société publique de télécommunications sierra-léonaise, est en difficulté depuis plusieurs années. Le marché est aujourd’hui largement occupé par des opérateurs privés, notamment Orange, Africell et Qcell.
Longtemps freiné par les coûts élevés de réhabilitation et d’exploitation des infrastructures, le gouvernement sierra-léonais a décidé d’opter pour le modèle d’opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO) afin de relancer son opérateur historique, Sierratel. Dans ce cadre, l’entreprise publique s’appuiera désormais sur les infrastructures télécoms d’Africell, avec lequel un accord de partenariat d’une durée initiale de dix ans a été conclu.
L’initiative a été annoncée le mardi 21 avril par la ministre de la Communication, de la Technologie et de l’Innovation, Salima Bah, lors d’une conférence de presse. Elle a tenu à préciser que cette option ne s’apparente pas à une privatisation, mais plutôt à un repositionnement stratégique. Selon elle, les précédentes tentatives de privatisation ont échoué après le retrait des investisseurs, dissuadés par les coûts jugés trop élevés de modernisation des infrastructures, les passifs sociaux liés au personnel, ainsi que par l’intensité concurrentielle sur un marché déjà largement saturé.
La ministre a par ailleurs rappelé les difficultés structurelles auxquelles Sierratel reste confrontée. Celles-ci incluent un réseau vieillissant nécessitant d’importants investissements, des problématiques de ressources humaines accumulées sur plusieurs années, ainsi qu’une perte significative de parts de marché face aux opérateurs privés.
À titre d’illustration, l’entreprise fait face à des engagements envers ses employés estimés à 6,3 millions de dollars, dans un contexte de dégradation progressive des conditions de travail. Elle traîne également une dette extérieure importante, dont environ 35 millions de dollars dus à deux banques. Sur le plan commercial, les données du régulateur télécoms indiquent que sa part de marché est tombée à seulement 1,95 % fin 2019.
Une relance sans réseau propre
Le recours au modèle MVNO apparaît dans ce contexte comme une alternative permettant de contourner les lourds investissements en capital. Sierratel prévoit ainsi de relancer, dans un délai relativement court, ses services de voix, de data et de mobile money. L’opérateur s’appuiera sur la couverture existante d’Africell, qui atteignait 92,16 % en 2G, 77,48 % en 3G et 61,72 % en 4G, selon les données du régulateur télécoms. Africell disposait par ailleurs de la plus importante part de marché, estimée à 54,51 % à fin décembre 2024.
Dans ce schéma, Sierratel conservera son identité de marque et pourra capitaliser sur sa notoriété historique, toujours largement reconnue par le public. L’accent est notamment mis sur l’amélioration de l’accessibilité des services et le renforcement de la concurrence. Le retour de l’opérateur historique est perçu comme un levier pour élargir les choix offerts aux consommateurs et exercer une pression à la baisse sur les prix.
Par ailleurs, le partenariat ambitionne de mieux adresser certains segments encore insuffisamment couverts par les offres existantes. Il cible en particulier les étudiants ainsi que les jeunes évoluant dans les secteurs numérique et créatif, avec le développement de produits et services adaptés à leurs besoins. Cette orientation traduit une volonté de mieux aligner les offres commerciales sur les usages émergents et les dynamiques de l’économie numérique.
« Il ne s’agit pas de maximiser les profits, mais de garantir aux Sierra-Léonais l’accès à des services de télécommunications abordables », a affirmé la ministre, qui a précisé que le partenariat fonctionnera sur un modèle de partage de revenus avec Africell.
À plus large échelle, le choix du modèle MVNO s’inscrit dans une tendance observée sur plusieurs marchés télécoms à travers le monde. Selon l’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA), ce modèle est largement utilisé dans les marchés mobiles avancés pour élargir l’accès aux services, diversifier les offres et stimuler la concurrence. Il permet aux opérateurs de se concentrer sur des activités à forte valeur ajoutée, telles que le marketing, la relation client ou encore le développement d’offres de niche, tout en s’appuyant sur l’infrastructure d’un opérateur tiers. Cette approche réduit considérablement les coûts liés au déploiement et à la maintenance du réseau, tout en favorisant l’émergence de services plus flexibles et compétitifs.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 22 avril 2026)
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