Serge Mbengue : « L’Afrique doit réfléchir à une stratégie collective pour financer ses besoins en intelligence artificielle »
jeudi 22 octobre 2026
Le développement de l’intelligence artificielle en Afrique exige des investissements importants , une meilleure coopération entre les États et un environnement favorable à l’innovation . C’est le message défendu par Serge Mbengue, Public Policy Manager pour l’Afrique francophone chez Meta, lors du salon EGOVA 2026, au Palais des Congrès. Intervenant au cours du panel consacré à la gouvernance de l’IA, des données et des plateformes numériques sans freiner l’innovation et l’inclusion, il a appelé les pays africains à anticiper les besoins en infrastructures et à miser sur des stratégies adaptées à leurs réalités.
Pour le représentant de Meta (maison mère de Facebook, WhatsApp et Instagram), l’ambition africaine en matière d’intelligence artificielle ne peut se limiter à l’adoption des technologies disponibles. Elle suppose également de réfléchir aux moyens de financer les infrastructures nécessaires à leur déploiement. « Il faut réfléchir en profondeur à la stratégie pour financer les besoins que nous avons en matière d’IA », a-t-il souligné.
L’électricité , les capacités de calcul et les investissements nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle constituent des défis majeurs pour les pays africains. Face à ces contraintes, Serge Mbengue invite le Cameroun à examiner les possibilités de coopération à l’échelle sous-régionale, notamment avec les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
« Est-ce qu’on y va en tant que Cameroun ou est-ce qu’on a besoin d’une stratégie à l’échelle sous-régionale pour pouvoir financer ces besoins ? », s’est-il interrogé.
Selon lui, une approche collective permettrait de mutualiser certaines ressources et de tirer parti des complémentarités entre les pays. Il cite notamment l’Union européenne, où plusieurs initiatives témoignent de l’intérêt d’une coopération entre États pour renforcer les capacités technologiques.
La connectivité constitue un autre enjeu essentiel. Évoquant les discussions autour d’une éventuelle arrivée de Starlink au Cameroun, Serge Mbengue a soulevé la question de l’équilibre entre l’ouverture à de nouvelles solutions et la protection des investissements déjà réalisés par les opérateurs traditionnels dans la fibre optique.
« Est-ce que la priorité, c’est de pouvoir attraper le train en marche ou de protéger l’existant, et à quel prix ? », a-t-il lancé. Pour lui, les choix publics doivent permettre d’améliorer l’accès aux technologies tout en tenant compte des investissements existants et des besoins de connectivité.
Au-delà des infrastructures physiques, le panéliste a présenté les modèles d’intelligence artificielle open source comme un levier pour démocratiser l’accès à ces technologies. Ces modèles permettent aux développeurs de concevoir des applications adaptées aux besoins locaux sans devoir supporter seuls les coûts élevés liés à l’entraînement de grands modèles.
Serge Mbengue a notamment rappelé que Meta met à disposition des modèles d’IA open source que les développeurs peuvent télécharger et adapter à leurs projets. « Un développeur camerounais peut les télécharger pour en faire un usage qui résout une problématique locale », a-t-il expliqué.
Cette approche peut également contribuer à la souveraineté numérique , notamment lorsque les modèles sont déployés localement et adaptés aux besoins des utilisateurs. Elle ouvre des perspectives pour développer des solutions correspondant aux réalités administratives, linguistiques et socio-économiques africaines.
Pour illustrer cette possibilité, Serge Mbengue a évoqué un projet au Sénégal visant à développer un assistant d’intelligence artificielle pour accompagner les usagers dans leurs démarches d’obtention de documents officiels . Il a également cité l’exemple d’un assistant destiné à faciliter l’analyse des textes de loi au Parlement européen.
Ces expériences montrent que des solutions peuvent être adaptées ou reproduites pour répondre à des problématiques locales, notamment dans les services publics .
Dernier enjeu soulevé : le rôle du secteur privé dans le développement de l’intelligence artificielle. Pour Serge Mbengue, les investissements des entreprises contribuent fortement à la construction des infrastructures et à l’émergence de nouveaux usages. Les gouvernements africains doivent donc créer un cadre réglementaire qui encadre les technologies sans étouffer l’initiative privée.
« Comment est-ce qu’on peut créer un cadre qui n’asphyxie pas le secteur privé, mais qui lui permet de se développer et de prendre le train de l’IA en marche ? », a-t-il questionné.
La santé , l’agriculture et d’autres secteurs prioritaires pourraient bénéficier de cette dynamique, à condition que les entreprises disposent d’un environnement propice à l’investissement et à l’innovation.
À EGOVA 2026, Serge Mbengue a ainsi rappelé que la gouvernance de l’intelligence artificielle ne doit pas se limiter à l’encadrement des usages. Elle doit aussi favoriser les investissements, encourager la coopération régionale et faciliter l’accès aux technologies.
Pour l’Afrique, le défi est de transformer le potentiel de l’IA en solutions concrètes, accessibles et adaptées aux besoins des populations, tout en conciliant souveraineté numérique, inclusion et innovation.
Article également publié sur Digital Business Africa, la plateforme d’infos stratégiques sur les TIC, les Télécoms et le Numérique en Afrique
Sazang Jean PAUL
(Source : eGovA, 22 octobre 2026)
OSIRIS