Sénégal : Sonatel booste sa capacité data de 180 Térabits, un levier pour ses futures ambitions
lundi 23 février 2026
Moteur de croissance majeur pour le groupe Orange en Afrique, Sonatel a enregistré une progression de 21,5% de son résultat net en 2025. Portée par l’ambition de déployer ses services à plus grande échelle et de développer ses revenus, l’entreprise capitalise sur de nombreux leviers stratégiques.
La Société nationale des télécommunications (Sonatel) du Sénégal a renforcé sa capacité data en mettant en opération sa liaison au câble sous-marin de fibre optique 2Africa le 20 février 2026. La filiale du groupe français Orange ajoute ainsi une capacité nominale supplémentaire de 180 Térabits, soit « environ dix fois » celle des systèmes précédents (SAT3, SMW3, ACE, MainOne) selon elle. Derrière cette performance technique se dessinent des enjeux stratégiques : absorber l’explosion des usages, sécuriser la connectivité internationale et préparer de nouveaux relais de croissance, du cloud à la cybersécurité.
Montée en capacité
2Africa marque une rupture par sa conception. Dotée de 16 paires de fibres, l’infrastructure se distingue de systèmes plus anciens, généralement limités à entre 2 et 8 paires. Concrètement, cela signifie davantage de « voies » pour transporter des volumes massifs de données, avec une marge supérieure pour absorber les pics de trafic, améliorer la redondance et renforcer la continuité de service. Dans un pays où la connectivité à haut débit a été hissée par le gouvernement au rang de pilier d’efficacité de l’État et de croissance économique à travers le New Deal Technologique, le renforcement de la dorsale internationale est pour Sonatel une question de compétitivité.
Cette montée en capacité survient alors que la consommation internet continue de croître : vidéo, visioconférences, réseaux sociaux, commerce en ligne, etc., la pression sur les réseaux ne cesse d’augmenter. Selon les dernières données de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), le Sénégal enregistrait déjà 23 140 932 utilisateurs d’Internet en juin 2025 pour un trafic internet total estimé à 2,4 millions de Térabits (TB). À la même période l’année passée (deuxième trimestre 2024), le trafic internet total s’élevait à 1,6 million de TB. L’augmentation est donc de 50% en une année.
Un câble, de multiples possibilités
Avec l’ajout du câble 2Africa à ses actifs, Sonatel anticipe une demande appelée à s’intensifier, portée par l’ambition du gouvernement de parvenir à la connectivité universelle. À la clé, l’opérateur espère améliorer l’expérience client, réduire les risques de saturation et disposer d’une réserve de capacité pour accompagner l’évolution des usages.
L’enjeu est aussi industriel. Une connectivité internationale plus robuste facilite l’hébergement de données, l’accès à des plateformes cloud, et la circulation sécurisée d’informations entre entreprises et partenaires. Les start-up comme les grands groupes peuvent déployer plus facilement des services en ligne, avec de meilleures garanties de disponibilité. Pour Dakar, cela renforce la promesse d’un hub numérique capable de servir, au-delà du marché sénégalais, des besoins régionaux. Pour Sonatel, c’est un atout qui renforce aussi son expertise sur le segment des offres business, notamment la cybersécurité, les services et les solutions numériques à valeur ajoutée.
Ce jalon franchi par Sonatel s’inscrit dans une feuille de route ambitieuse pour 2026. Dans la présentation de ses résultats financiers 2025, la société affirme qu’elle entend renforcer son « rôle d’acteur clé de la transformation numérique en Afrique, dans le contexte de l’accélération des plans de digitalisation des États et des entreprises ».
Au Sénégal, l’investissement de Sonatel dans le câble 2Africa épouse également les contours du nouveau plan stratégique du groupe Orange pour la période 2026 - 2030, baptisé « Trust the future ». À travers ce plan, la société s’est fixé comme objectif de renforcer « son rôle en tant que partenaire de confiance pour une connectivité toujours disponible » et proposera « une gamme de services numériques élargie, afin d’ouvrir une nouvelle phase de croissance ». Le plan s’articule autour de trois ambitions pour tirer parti de sa solide base de clients : la proximité client, la croissance par l’innovation et l’excellence à grande échelle.
Muriel Edjo
(Source : La Tribune, 23 février 2026)
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