Sénégal : plus de 3000 enseignants certifiés en compétences digitales pour former les talents
mardi 24 février 2026
Alors que le Sénégal fait face à une jeunesse nombreuse confrontée au chômage et à la digitalisation rapide des métiers, les autorités publiques renforcent les compétences des enseignants afin d’accompagner la transformation numérique du système éducatif et de préparer les futurs talents.
Le gouvernement sénégalais a procédé à la remise de certificats de fin de formation en compétences numériques (C2i-Edu) et en intelligence artificielle (CIA-Edu) à plus de 3000 enseignants, le mardi 18 février à Dakar. D’après des informations relayées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), cette initiative s’inscrit dans un programme piloté par le ministère de l’Éducation nationale, en partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, celui de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, ainsi que l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK).
Pour cette phase pilote, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, indique que plus de 3000 enseignants ont été certifiés, sur un total de 111 000 concernés à l’échelle nationale. « Nous voulons rendre ces formations obligatoires pour tous les enseignants parce qu’on ne peut pas accompagner aujourd’hui l’école sans ces formations », a-t-il ajouté.
Un programme structurant pour la transformation pédagogique
La formation a été dispensée par l’incubateur FORCE N avec l’appui financier de la Fondation MasterCard. Selon le ministre, l’objectif est de doter les enseignants de compétences numériques solides afin de transformer les méthodes d’enseignement et de renforcer les pratiques pédagogiques. « C’est une étape décisive dans la transformation digitale du pays. Cela signifie que le “New Deal technologique” est en marche, mais au-delà c’est l’école qui est en marche », précise-t-il.
Pour Aby Gueye, représentant des récipiendaires, cette certification dépasse la reconnaissance individuelle et constitue un signal fort en faveur d’une école sénégalaise tournée vers l’innovation et capable de préparer les générations futures aux défis contemporains.
À son tour, le ministre de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a annoncé que les universités deviendront des partenaires privilégiés des ministères pour les programmes de renforcement des capacités et la mise en place de parcours certifiants reconnus au niveau national.
Pourquoi cette initiative est stratégique
Cette opération intervient dans un contexte où le Sénégal, à l’instar de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, cherche à adapter son système éducatif et son marché du travail à une transformation économique accélérée. Le taux de chômage élargi a atteint 19,2 % au troisième trimestre 2025, contre 20,3 % un an plus tôt, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), traduisant une amélioration progressive, mais encore insuffisante face à la forte croissance démographique et à l’arrivée massive de jeunes sur le marché de l’emploi.
Dans le même temps, la transition numérique de l’économie sénégalaise accroît la demande en compétences digitales, devenues essentielles dans des secteurs aussi variés que les services, l’administration publique, la finance ou l’entrepreneuriat technologique. Le développement du capital humain numérique figure désormais parmi les priorités des politiques publiques de transformation économique et sociale à l’horizon 2030, notamment à travers les stratégies nationales de digitalisation et d’économie du savoir.
Le système éducatif reste toutefois confronté à des défis structurels importants. Le « Rapport d’analyse du secteur de l’éducation » (RESEN), publié en juin 2025 avec l’appui de l’Institut international de planification de l’éducation, indique qu’environ 38 % des enfants âgés de 6 à 16 ans demeurent en dehors du système scolaire, mettant en évidence les limites persistantes en matière d’accès et de maintien à l’école.
Parallèlement, les besoins en qualifications évoluent rapidement. Le « Global Education Monitoring Report 2023 » de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) souligne que la transformation numérique du travail entraîne une généralisation des compétences digitales, appelées à devenir indispensables pour une part croissante des emplois, notamment en Afrique subsaharienne.
Félicien Houindo Lokossou
(Source : Agence Ecofin, 24 février 2026)
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