Sénégal : les raisons derrière la suspension de Starlink sur le marché de l’internet
vendredi 11 septembre 2026
Avec le New Deal technologique, le Sénégal a placé l’extension de la connectivité et la réduction de la fracture numérique parmi ses priorités. Mais l’ouverture du marché interroge sur les conditions de coexistence avec les opérateurs déjà présents.
La Cour suprême du Sénégal a ordonné, le lundi 7 septembre, la suspension provisoire de l’autorisation accordée à Starlink Sénégal SUARL pour fournir des services d’accès à internet fixe par satellite. La décision fait suite à une procédure engagée par l’opérateur Sonatel contre l’arrivée de l’opérateur satellitaire sur le marché sénégalais.
Un désaccord sur les conditions d’ouverture du marché
Au cœur du litige se trouve l’arrêté ministériel n°038974 du 6 novembre 2025, qui autorise Starlink Sénégal SUARL à exercer comme fournisseur d’accès à internet pendant cinq ans, renouvelables. L’entreprise a ensuite lancé commercialement son service en février 2026.
Sonatel conteste cette autorisation en s’appuyant sur son statut de titulaire d’une licence individuelle de premier rang. L’opérateur estime que l’arrivée de Starlink dans ces conditions porte atteinte à ses intérêts économiques et aux règles de concurrence, alors qu’il assume des engagements financiers et réglementaires liés à sa concession et à l’utilisation de fréquences.
134,5 milliards de francs CFA mis en avant
Pour étayer sa position, Sonatel met en avant les montants versés à l’État pour ses droits et licences. L’opérateur évoque 100 milliards de francs CFA (177 millions $) liés au renouvellement de sa concession et à l’attribution de fréquences 4G, auxquels s’ajoutent 34,5 milliards de francs CFA pour les licences 5G. L’ensemble représente 134,5 milliards de francs CFA, selon les éléments avancés dans le cadre de la procédure.
Sonatel fait également valoir les obligations attachées à son statut, notamment en matière de couverture du territoire, de service universel, de continuité des communications et de qualité de service. Elle cite aussi ses contributions au Fonds de développement du service universel des télécommunications (FDSUT) et le paiement de redevances annuelles.
Un recours engagé plusieurs mois après l’autorisation
La contestation n’a pas été portée immédiatement devant la justice. Sonatel avait d’abord déposé, le 10 mars 2026, un recours gracieux auprès du ministère chargé de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. Faute de règlement du différend par cette voie, l’opérateur a ensuite saisi la Cour suprême.
La juridiction a finalement ordonné la suspension provisoire de l’exécution de l’arrêté. Selon les éléments rapportés sur l’ordonnance n°38, les moyens soulevés par Sonatel sont susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Cette mesure ne tranche toutefois pas définitivement le contentieux : elle suspend l’autorisation dans l’attente de l’examen du recours au fond.
Un marché ouvert pour accélérer la couverture
L’autorisation de Starlink avait été accordée dans le cadre du New Deal technologique, lancé par le Sénégal pour accélérer la transformation numérique et améliorer la couverture du territoire. Le service satellitaire devait notamment compléter les réseaux terrestres dans les zones difficiles à desservir.
En février 2026, les autorités annonçaient avoir négocié l’acquisition de 5000 kits Starlink à tarif préférentiel, avec l’objectif de contribuer à connecter jusqu’à un million de Sénégalais, notamment dans les zones reculées.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 11 septembre 2026)
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