Sénégal : la cybercriminalité s’intensifie dans un contexte de digitalisation accrue
vendredi 13 mars 2026
A travers sa stratégie nationale « New Deal Technologique », le Sénégal mise sur la transformation numérique de tous les secteurs pour soutenir les objectifs de développement socio-économique. Cela expose le pays à des cyberattaques.
Au Sénégal, 3794 infractions liées à la cybercriminalité ont été constatées en 2025 par la Police. Cette situation s’inscrit dans un contexte d’intensification des crimes commis à l’aide des moyens de communication électroniques. En 2024, 3902 plaintes avaient déjà été enregistrées, d’après les forces de l’ordre.
Ces données ont été révélées le jeudi 12 mars lors de la cérémonie de présentation du rapport annuel de la Police nationale. Selon les informations rapportées par la presse locale, les infractions de cybercriminalité enregistrées en 2025 concernent principalement les escroqueries en ligne, les atteintes aux données informatiques, ainsi que l’accès et le maintien frauduleux dans des systèmes informatiques.
La Police a également attiré l’attention sur la montée des cas de diffamation et d’injures sur les plateformes numériques, un phénomène de plus en plus fréquent avec l’usage massif des réseaux sociaux. Les actions menées par les services d’enquête ont permis de déférer 257 personnes devant la justice pour des infractions liées à la cybercriminalité au cours de l’année 2025.
Les profils sont assez variés, même si le profil type de l’homme sénégalais adulte se dégage. En effet, 84 % des personnes déférées sont des hommes, contre 16 % de femmes. Pour ce qui est de l’âge, 250 personnes sont des adultes, tandis que 7 sont des mineurs, ce qui souligne l’implication, bien que minoritaire, de jeunes dans ces activités illégales. Concernant la nationalité, 89 % des mis en cause sont de nationalité sénégalaise, contre 11 % d’étrangers.
Une tendance continentale
Ces données s’inscrivent dans une tendance observée à l’échelle du continent africain. Selon Interpol, cette évolution est soutenue par une transformation numérique rapide, marquée par une connectivité accrue et une adoption massive de technologies comme la banque mobile et le commerce en ligne. L’organisation estime qu’entre 2019 et 2025, les incidents de cybersécurité en Afrique auront entraîné des pertes financières dépassant 3 milliards de dollars.
Par exemple, une opération menée par Interpol et les forces de l’ordre de 16 pays africains, dont le Sénégal, entre début décembre 2025 et fin janvier 2026, a permis 651 arrestations et la récupération de plus de 4,3 millions de dollars. Elle ciblait les infrastructures et les acteurs à l’origine d’escroqueries liées à des investissements à haut rendement, de fraudes liées à l’argent mobile et de demandes de prêts mobiles frauduleuses.
Les enquêtes ont mis au jour des escroqueries liées à plus de 45 millions de dollars de pertes financières et identifié 1247 victimes, principalement sur le continent africain, mais aussi dans d’autres régions du monde. Les autorités ont également saisi 2341 appareils et supprimé 1442 adresses IP, domaines et serveurs malveillants, ainsi que d’autres infrastructures connexes.
Une opération similaire menée entre juin et août 2025 a permis d’arrêter 1209 cybermalfaiteurs, ayant fait près de 88 000 victimes et causé des pertes estimées à environ 484,9 millions de dollars, dont 97,4 millions de dollars ont pu être récupérés.
Un enjeu sécuritaire majeur
Selon le commissaire Baïdy Sène, qui a présenté les données du rapport, « la sécurisation de l’espace numérique est devenue un enjeu majeur pour la souveraineté et la protection des citoyens ». Il a appelé à une vigilance accrue face aux nouvelles formes de criminalité en ligne.
Le Directeur général de la Police nationale, Mame Seydou Ndour, a pour sa part indiqué que l’amélioration de la qualité des services rendus aux usagers grâce à la digitalisation des procédures figure parmi les priorités de l’institution.
C’est dans ce cadre que les forces de l’ordre ont procédé, en février dernier, au lancement officiel de la plateforme de signalement des infractions cybercriminelles. Elle vise à faciliter la dénonciation et le suivi des actes de cybercriminalité, en pleine progression.
Ces actes comprennent notamment la diffusion non autorisée de contenus, la diffusion de contenus obscènes, le harcèlement en ligne, la diffamation, l’extorsion numérique, la cyberpédopornographie, les contenus haineux, l’intrusion dans un système informatique, le piratage de comptes, l’usurpation d’identité, le SIM swap, l’escroquerie sentimentale, les faux investissements, les arnaques mobile money, l’accès frauduleux à un compte mobile money, les faux recrutements en ligne, les paiements frauduleux et les fausses ventes en ligne.
La Police sénégalaise a également engagé des discussions pour renforcer sa coopération avec une société technologique américaine dans la lutte contre la cybercriminalité. Les échanges ont notamment porté sur la protection des jeunes et des mineurs, ainsi que sur le renforcement des capacités des services d’enquête.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 13 mars 2026)
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