Semi-conducteurs : le Rwanda cherche une place dans une industrie où l’Afrique reste marginale
lundi 21 septembre 2026
La demande mondiale de semi-conducteurs est en pleine croissance, portée surtout par l’essor de l’IA et des infrastructures numériques. Cette croissance ouvre de nouvelles perspectives pour une Afrique qui cherche à mieux s’insérer dans les chaînes de valeur technologiques mondiales.
Le gouvernement rwandais a signé la semaine dernière un protocole d’accord avec ChipMango, société spécialisée dans les technologies liées aux semi-conducteurs, de la conception à la vérification de puces, pour renforcer les capacités nationales dans ce domaine. Le pays cherche ainsi à se faire une place dans une industrie où l’Afrique reste encore marginale.
La collaboration envisagée prévoit de former de jeunes Rwandais aux techniques pratiques de conception de puces, de renforcer l’expertise locale et de constituer un vivier de talents capable de soutenir la croissance de l’écosystème rwandais des semi-conducteurs.
Le Rwanda mise sur les compétences
L’accord conclu avec ChipMango intervient dans un contexte où la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue une condition essentielle au développement de l’industrie des semi-conducteurs. Dans son rapport « Sécurité économique dans un monde en mutation », publié en septembre 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne que la réussite de nouvelles capacités de production dépend fortement de la disponibilité de travailleurs disposant des compétences requises.
Les analyses de McKinsey montrent que cette question concerne plusieurs grands marchés. Dans une étude publiée en août 2024, le cabinet estime que l’industrie américaine pourrait faire face, d’ici 2029, à un déficit de 59 000 à 146 000 travailleurs parmi les ingénieurs et les techniciens. Une autre analyse publiée quelques mois plus tôt évaluait à plus de 100 000 le déficit potentiel d’ingénieurs aux États-Unis et en Europe, et à plus de 200 000 en Asie-Pacifique, hors Chine.
ChipMango se positionne sur ce volet. Fondée en 2022, la société est spécialisée dans la conception et la vérification de semi-conducteurs et développe des programmes de formation aux métiers de cette industrie. Après une levée de fonds de 1,9 million de dollars menée par Atlantica Ventures, l’entreprise a annoncé vouloir accélérer son expansion en Afrique, en Europe et aux États-Unis, avec Kigali parmi ses priorités. Elle mène déjà des initiatives de formation sur le continent auprès d’étudiants au Nigeria et en Afrique du Sud.
Entrer par la conception
La conception constitue l’un des segments de la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Elle intervient avant la fabrication physique des puces et repose largement sur des compétences en électronique, en ingénierie et en informatique, ainsi que sur l’accès à des outils spécialisés.
À la différence de la fabrication, cette activité ne nécessite pas de disposer directement d’une unité de production de semi-conducteurs. L’OCDE souligne que les entreprises dites « fabless » peuvent concevoir leurs puces avant d’en confier la fabrication à des fonderies spécialisées. La fabrication avancée nécessite, elle, des investissements industriels importants, des infrastructures spécialisées et un approvisionnement fiable en énergie.
Pour les économies africaines, plusieurs segments peuvent être développés dans la chaîne de valeur, dont la conception, l’assemblage, le test et le conditionnement. Le Forum africain des investisseurs dans les semi-conducteurs, organisé en avril 2026 par l’African Academy of Sciences, l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et le ministère sud-africain des Sciences, de la Technologie et de l’Innovation, a consacré une partie de ses travaux aux différentes possibilités de développement de capacités africaines dans cette industrie.
Une industrie mondiale où l’Afrique reste marginale
Cet intérêt du Rwanda intervient alors que le pays cherche à accélérer sa transformation en une économie fondée sur la connaissance et les technologies. Le plan stratégique du secteur des TIC pour 2024-2029 prévoit de former 1,5 million de personnes aux compétences numériques, de créer 50 000 emplois dans le numérique et de développer les capacités de calcul ainsi que l’accès aux outils technologiques. Cette orientation s’inscrit dans la Vision 2050, qui vise à faire du Rwanda un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2035, puis à revenu élevé à l’horizon 2050.
Le secteur des semi-conducteurs dans lequel Kigali cherche à se positionner représente, lui, un marché mondial de grande ampleur. Les ventes mondiales ont atteint 795,6 milliards de dollars en 2025, selon le World Semiconductor Trade Statistics (WSTS), en hausse de 26,2 % sur un an. Pour 2026, l’organisation prévoit désormais un marché de 1510 milliards de dollars, porté par le segment de la mémoire et par la demande liée aux infrastructures d’intelligence artificielle. Elle anticipe une progression de 27 % en 2027, à près de 1900 milliards de dollars.
L’Afrique reste toutefois peu présente dans cette industrie. Selon l’African Academy of Sciences, le continent représente moins de 1 % de la production économique mondiale de semi-conducteurs, malgré ses ressources en minerais critiques utilisés dans leur fabrication. Les principales capacités industrielles restent concentrées en Asie, en Amérique du Nord et en Europe, qui regroupent l’essentiel des activités de conception, de fabrication et d’assemblage.
Plusieurs pays africains cherchent déjà à développer une présence sur différents maillons de la chaîne. Le Maroc dispose d’une importante activité d’assemblage et de test avec le site de STMicroelectronics à Bouskoura. L’Égypte développe les activités de conception électronique et de semi-conducteurs, avec plus de 86 entreprises locales et internationales actives dans la conception électronique et les systèmes embarqués, selon l’agence publique ITIDA. Le Nigeria travaille de son côté au développement de capacités en conception de puces, à travers un cadre national élaboré avec ChipMango.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 septembre 2026)
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