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Sékou Dramé, Directeur général du Groupe Sonatel « Sonatel mettra son expertise au service du New Deal technologique »

mercredi 5 février 2025

Portrait/Entretien

Le New Deal technologique, les 40 ans du groupe, les récriminations sur la fibre optique, la 5G, la politique Rse… le Directeur général du Groupe Sonatel, Sékou Dramé, revient largement sur toutes ces questions dans cet entretien accordé au Soleil.

Le chef de l’État a reçu, la semaine dernière, Mme Heydemann, Dg du Groupe Orange. Quelle était la teneur des échanges ?

Les échanges ont porté sur le partenariat entre Sonatel, l’État du Sénégal et Orange. Lors de l’ouverture du capital de la Sonatel en 1996, les objectifs étaient de consolider la dynamique de croissance et de performance de l’entreprise, ainsi que de travailler à son développement dans la sous-région. Mme Christel Heydemann a réaffirmé l’engagement du Groupe Orange à continuer à travailler dans ce sens. Le chef de l’État a également partagé ses orientations dans le cadre du New Deal technologique, et nous avons réaffirmé notre engagement à concrétiser cette vision pour une administration digitale, connectée et inclusive.

Justement, à propos de ce New Deal technologique, quel rôle Sonatel va-t-il jouer dans sa concrétisation ?

Depuis plusieurs années, Sonatel travaille à rendre possible la transformation numérique au Sénégal. D’abord, en assumant la mission de service public que l’État nous a confiée. Cette mission nous amène à déployer des réseaux et des services de connectivité. Et notre ambition est d’apporter la connectivité à tous les Sénégalais. C’est dans ce sens que nous investissons massivement dans différentes technologies, en les introduisant à chaque fois qu’elles ont été matures. Et chaque année, nous étendons la couverture de nos réseaux. Mais, au-delà, il y a toute une expertise que Sonatel a développée dans des domaines clés comme la cybersécurité, la transformation numérique, les services innovants. Et nous avons, bien sûr, exprimé toute notre disponibilité à mettre cette expertise au service de l’État du Sénégal pour l’accompagner dans le cadre de ce New Deal technologique. Vous savez, Sonatel aura 40 ans cette année, dont 12 ans comme société entièrement publique (de 1985 à 1997). Ce sont 40 ans d’engagement social et sociétal aux côtés des populations et des États de nos pays de présence. C’est l’occasion pour nous de nous réengager auprès des États qui nous font confiance, à être un acteur qui accompagne les politiques publiques de développement.

Il y a quand même un sujet qui revient toujours dans l’opinion publique, Sonatel est-elle une entreprise française ?

C’est une belle opportunité pour rappeler la réalité du capital. Sonatel est un groupe résolument panafricain avec un ancrage solidement sénégalais. Le Groupe Orange est l’actionnaire de référence avec 42%, l’État du Sénégal reste actionnaire majeur avec 27% du capital, les employés ont un peu moins de 6% et le reste est coté à la bourse de valeurs (Brvm). Sonatel compte 23 000 actionnaires un peu partout dans le monde, dont beaucoup de Sénégalais et d’Africains.

Dans quels autres pays votre groupe est-il présent et quelle place y occupe-t-il ?

Nous sommes présents au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone, et nous assurons aussi la gestion déléguée de la Société béninoise d’Infrastructures numériques (Sbin) avec la marque Celtiis. Nous avons obtenu la licence mobile pour le compte de l’État du Bénin et en 2024, le moteur du mobile a connu une croissance fulgurante des indicateurs. Nous sommes leaders dans tous nos pays de présence. Pourtant, à chaque fois, nous sommes entrés en position de challenger. Au Sénégal, le secteur des télécommunications est devenu très concurrentiel avec des tarifs relativement bas.

Sur le long terme, ne craignez-vous pas des conséquences sur la compétitivité ?

Il faut souligner qu’au Sénégal, la compétition est saine et stimule l’innovation, permettant de faire bénéficier à nos clients de tarifs abordables. Elle pousse les opérateurs à se différencier sur la qualité des services. Cette compétition permet au Sénégal d’avoir le 2e prix au Giga moins cher dans la zone Cedeao. Tant que les règles de concurrence sont clairement définies, il n’y a pas lieu de s’en offusquer. Sonatel se positionne comme l’opérateur qui propose le meilleur rapport qualité-prix pour ses clients.

À vous entendre, les tarifs vont continuer à baisser. Quels engagements prenez-vous ?

Nous avions déjà opéré une baisse des tarifs de connexion internet mobile en juillet 2024. Nous avions promis, à cette occasion, de partager nos gains de productivité obtenus avec la technologie 5 G. Ce 31 janvier, nous avons baissé le tarif du gigaoctet (Go) de 43% en haussant considérablement les volumes sans aucune hausse de prix. Par exemple, le Pass à 500F dont le volume a été multiplié par 5, passant de 300Mo à 1,5Go, tout en conservant le même prix.

Justement, le gendarme du secteur, l’Artp, a adressé, l’année dernière, une mise en demeure aux opérateurs pour non-conformité. Comment ça a évolué depuis ?

La conformité est clé pour nous. Nous mettons un point d’honneur à assurer que notre tarification est conforme avec les engagements que nous avons pris. Nous avons répondu à l’Artp en fournissant tous les éléments nécessaires pour lever tous les malentendus.

On parle de la 5G alors que dans certaines zones même la 4G n’est pas encore une réalité. N’a-t-on pas mis les charrues avant les bœufs ?

Absolument pas. Vous savez, il n’y a aucune raison de penser que, dans nos géographies, il faut pouvoir introduire la technologie peut-être des années après. Et l’histoire de Sonatel l’a montré. Chaque fois que nous avons jugé qu’une technologie apportait de la valeur sur notre marché, nous l’avons introduite par des investissements, par la formation de nos équipes pour la maîtriser et par la mise en place d’offres adaptées à nos marchés. Au niveau de la connectivité, nous avons déjà mis à disposition la 4G sur tous nos sites, c’est-à-dire que le réseau de Sonatel Orange est full 4G sans exception avec la couverture de 98% de la population sénégalaise. Donc, le moment était opportun pour lancer la technologie 5G, sachant que ça prendra un certain temps, car la majorité des clients devra changer de smartphone. L’introduction de la 5G est un cheminement. C’est d’abord une licence à acquérir. Et, nous avons été le seul opérateur à avoir répondu à l’appel d’offres pour acquérir ces fréquences 5 G. Les investissements sont en train d’être déroulés.

Dans quelles zones peut-on trouver la 5G ? Quels avantages à date pour les usagers ?

La 5G d’Orange est disponible à Dakar et dans certaines capitales régionales, atteignant près de 20% de la population. Nous avons créé une 5G Lab pour permettre aux acteurs de créer de la valeur avec cette technologie. Les capacités décuplées de notre réseau nous permettent de créer des gains de productivité et de les repartager avec nos clients sous forme d’offres généreuses.

Et quel peut être l’apport de 5G à l’économie du Sénégal ?

La 5G permettra de fournir l’Internet Wifi dans chaque maison, en utilisant la fibre optique et la 5G pour les foyers non couverts par la fibre. Nous avons investi 55 milliards de FCfa entre 2017 et 2024, dont 45% en 2024. En fin 2024, nous avions plus de 700 000 foyers sénégalais et entreprises raccordables à la fibre optique, avec 423 000 déjà raccordés. Notre ambition est d’arriver rapidement à 1 million de ménages et entreprises raccordables au Sénégal.

Vous l’avez dit, vous avez fait des efforts avec la fibre optique, mais il y a beaucoup d’usagers qui se plaignent de cette fibre optique. Entendez-vous ces complaintes ?

Je pense que les plaintes portent principalement sur la non-disponibilité de la fibre optique. Il y a une certaine frustration qui se comprend et que nous entendons parfaitement, d’où le plan d’accélération évoqué à l’instant. La Fibre est le service sur lequel nous avons la plus grande satisfaction de nos clients, parce que ça apporte un confort d’usage et aussi une stabilité de la connexion. Maintenant, comme je vous l’ai dit, nous sommes dans une phase de déploiement. Il nous arrive parfois d’avoir des zones saturées, donc il faut investir davantage pour couvrir le besoin. Notre ambition est vraiment d’accélérer ces investissements pour pouvoir emmener la fibre optique à tous les Sénégalais qui le souhaitent. Et au-delà de la fibre optique, je devrais dire, un service très haut débit fixe, car la 5 G pourra être un parfait complément à la Fibre.

Quel bilan faites-vous de l’année 2024 pour le Groupe Sonatel ?

L’année 2024 a été extrêmement exaltante dans nos opérations. Je ne peux pas rentrer dans les détails avant la publication des chiffres à la bourse. Nos investissements ont continué à être soutenus dans tous les pays pour pouvoir absorber la hausse du trafic, mais aussi vraiment améliorer la qualité de service. Dans un contexte où nous avons dû faire face à un certain nombre de défis, crise énergétique dans certains pays (Mali et Guinée) et donc des investissements complémentaires pour assurer la disponibilité des réseaux ; une concurrence exacerbée, ce qui veut dire des baisses tarifs avec plus de trafic à écouler, et donc il faut aussi investir pour maintenir cette qualité de service. Nous sommes très satisfaits de l’engagement des équipes dans tous les pays. En revanche, il y a un résultat que je peux annoncer maintenant : au Sénégal, Orange est déclaré encore une fois meilleur réseau par un organisme tiers de benchmarking des réseaux : Ookla. Il y a un travail titanesque derrière ce résultat de N° 1.

Comment résumeriez-vous votre engagement sociétal ?

Au Sénégal, la Fondation Sonatel, avec 22 ans d’âge, est une pionnière et la première en termes d’investissements dans les infrastructures de base, dans l’éducation, la culture, la santé et l’environnement. Et, depuis quelques années, nous avons, en plus de ces premières missions, intégré un volet numérique très fort avec l’employabilité des jeunes en viatique. Nous avons tour à tour créé Sonatel Academy et Orange Digital Center (Odc) ; cadres grâce auxquels nous avons déjà formé plus de 13 000 apprenants. Cette approche est la même dans tous nos pays de présence avec une Fondation Orange et un Odc.

Entretien réalisé par El Hadj Ibrahima THIAM

(Source : Le Soleil, 5 février 2025)

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