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Accueil > Ressources > Points de vue > 2025 > Sans Wave, l’interopérabilité de la BCEAO n’a pas sa raison d’être. Le vrai (…)

Sans Wave, l’interopérabilité de la BCEAO n’a pas sa raison d’être. Le vrai duel MNBC contre Stablecoins dans l’UEMOA

mercredi 1er octobre 2025

Point de vue

UN SYSTÈME SANS SON ACTEUR CENTRAL

Le projet d’interopérabilité de la BCEAO devait être une étape décisive vers l’intégration des paiements numériques dans la zone UEMOA. Objectif : connecter banques, opérateurs de mobile money et fintechs pour fluidifier les transactions et créer un marché unifié. Mais sur le terrain, une évidence s’impose : sans la participation de Wave, acteur dominant du mobile money au Sénégal et en Côte d’Ivoire, le système manque de moteur. Avec une base d’utilisateurs massive et des volumes quotidiens considérables, Wave s’est imposée comme l’infrastructure pratique de la circulation monétaire numérique. En son absence, l’interopérabilité risque de rester une belle construction institutionnelle sans véritable impact.

SI WAVE ENTRE, ELLE CEDE UNE PARTIE DE SON POUVOIR

Paradoxalement, si Wave décide d’intégrer le système, elle perd une partie de son avantage stratégique. Aujourd’hui, l’entreprise contrôle entièrement ses canaux de paiement, ses tarifs et son infrastructure technique. En rejoignant l’interopérabilité, elle devrait se conformer aux normes et aux règles tarifaires fixées par la BCEAO. Ce choix reviendrait à céder une partie de sa souveraineté opérationnelle à la Banque centrale, au moment même où elle a bâti son succès sur son autonomie et sa réactivité. Cette position explique en grande partie pourquoi Wave n’a pas encore intégré le système, préférant préserver sa puissance de négociation.

MNBC CONTRE STABLECOINS : UN DUEL MONDIAL QUI S’INVITE DANS L’UEMOA

Au-delà de l’aspect technique, ce bras de fer révèle un affrontement monétaire global. D’un côté, les Monnaies Numériques de Banque Centrale (MNBC), émises et contrôlées par les autorités monétaires. De l’autre, les stablecoins, opérés par des entreprises privées internationales.

Aux États-Unis, la Fed fait face à des géants comme Tether ou Circle. En Europe, le débat autour de l’euro numérique illustre la même tension. Dans l’UEMOA, cette opposition prend une tournure concrète : Wave collabore avec le groupe Zepz, qui utilise le stablecoin USDC, adossé au dollar, pour ses opérations internationales. Le duel entre MNBC et stablecoins n’est plus théorique : il est déjà visible dans les rues de Dakar ou d’Abidjan.

LE POUVOIR DES TEXTES CONTRE LE POUVOIR DES FLUX

La BCEAO détient le pouvoir réglementaire, mais Wave contrôle aujourd’hui les flux monétaires réels. Elle fixe le rythme des transactions numériques, bénéficie d’une confiance populaire forte et dispose d’un réseau d’agents inégalé. Cette asymétrie explique pourquoi l’interopérabilité peine à s’imposer sans elle. Si Wave reste en dehors du système, elle continuera de fonctionner comme une infrastructure parallèle dominante. Si elle intègre le réseau, la BCEAO reprend la main, mais au prix d’une transformation profonde de l’équilibre des forces dans la zone monétaire.

L’UEMOA, NOUVEAU LABORATOIRE DU MONÉTAIRE NUMÉRIQUE

Loin d’être une question purement technique, cette situation illustre une transition historique de la souveraineté monétaire. L’UEMOA devient un laboratoire où s’expérimente en direct le duel entre la monnaie numérique de banque centrale et les stablecoins privés.

Le choix stratégique de la BCEAO est clair : soit elle adapte rapidement ses outils à la réalité numérique et intègre pleinement les acteurs dominants, soit elle risque de voir émerger des systèmes parallèles de plus en plus puissants. Dans ce bras de fer, Wave joue un rôle pivot, que la Banque centrale ne peut ignorer.

EN RÉSUMÉ : sans Wave, l’interopérabilité de la BCEAO manque de substance ; avec Wave, la Banque centrale peut reprendre la main. Mais derrière cette tension locale se cache un affrontement mondial : MNBC contre stablecoins. Et c’est dans l’UEMOA que ce duel prend aujourd’hui une tournure décisive.

Dr Seydou Bocoum
Vice-Président LAREM / UCAD
Expert en économie numérique, finance et géopolitique monétaire

(Source, Groupe WhatsApp du RASA, 1er octobre 2025)

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