RNT : Dahirou Thiam livre l’infrastructure à TDS SA, au moment de quitter l’ARTP
vendredi 11 septembre 2026
Pendant ce temps, à l’ARTP, la transition se prépare. Au lendemain de l’annonce de la nomination de Cheikh Tidiane Sarr comme nouveau Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes, Dahirou Thiam livre peut-être l’un des derniers grands projets de son passage à la tête du régulateur : l’infrastructure de Radiodiffusion Numérique Terrestre (RNT).
L’ARTP l’a annoncé ce vendredi soir sur son compte LinkedIn : le 10 septembre 2026, le régulateur et TDS SA ont procédé au transfert de l’infrastructure de Radiodiffusion Numérique Terrestre, à l’issue de la phase pilote menée selon la norme DAB+.
La cérémonie intervient dans un contexte forcément particulier pour l’institution. Le même 10 septembre, la Présidence de la République annonçait la nomination de Cheikh Tidiane Sarr à la Direction générale de l’ARTP, en remplacement de son ancien collègue au Groupe Sonatel.
Une phase pilote arrivée à maturité
Selon Dahirou Thiam, cette phase pilote est le résultat d’un travail de longue haleine qui a notamment permis de stabiliser l’infrastructure. Le dispositif transféré à TDS SA est également assorti d’un contrat de maintenance. Le projet pilote de RNT avait été initié par l’ARTP dès 2022. L’objectif était notamment d’expérimenter une alternative à la diffusion analogique traditionnelle et de répondre à une problématique devenue importante pour le secteur : la raréfaction des fréquences disponibles sur la bande FM, particulièrement dans certaines zones.
Le DAB+ permet en effet de regrouper plusieurs radios sur un même multiplex et donc d’utiliser plus efficacement la ressource en fréquences. À cela s’ajoutent une meilleure qualité sonore, de nouvelles possibilités de services associés et la perspective d’une offre radiophonique plus importante. Avec le transfert de l’infrastructure, TDS SA, opérateur national de diffusion, prend désormais le relais pour sa mise en service, son exploitation et sa maintenance. Une nouvelle étape s’ouvre donc après plusieurs années d’expérimentation.
La RNT est-elle encore pertinente en 2026 ?
La question mérite néanmoins d’être posée. À l’heure du streaming, des podcasts, des smartphones, de la 4G et de la 5G, investir dans un nouveau réseau de diffusion hertzienne pour la radio peut, à première vue, sembler à contre-courant. Pourtant, la RNT conserve une réelle pertinence pour le Sénégal. D’abord parce que la radio reste un média de masse et qu’une diffusion hertzienne ne dépend ni d’un forfait Internet ni de la capacité d’un réseau mobile. Ensuite parce que le DAB+ permet de mieux utiliser une ressource rare : les fréquences. Là où la bande FM peut atteindre ses limites dans les zones fortement sollicitées, le multiplexage numérique permet de diffuser plusieurs programmes sur un même bloc de fréquences.
La RNT peut aussi favoriser l’arrivée de nouvelles radios, améliorer la qualité de réception et offrir des services supplémentaires aux auditeurs. Elle peut enfin constituer un moyen de conserver une diffusion radiophonique gratuite et largement accessible, parallèlement à la progression de la radio sur Internet.
Mais la pertinence technologique ne garantit pas la réussite d’un usage
Car une question très concrète se pose désormais : combien de Sénégalais possèdent aujourd’hui un poste de radio ou un autoradio compatible DAB+ ? Contrairement à la FM, recevoir la RNT nécessite un équipement compatible. Si les ménages doivent acheter de nouveaux récepteurs, à quel prix seront-ils disponibles sur le marché sénégalais ? Et quel intérêt l’auditeur trouvera-t-il à changer son poste FM alors que son téléphone lui donne déjà accès à des centaines de radios et de contenus audio ?
La question se pose également du côté des éditeurs. Quel sera le coût de diffusion pour les radios ? Pendant combien de temps devront-elles supporter simultanément une diffusion FM et une diffusion numérique ? Quelles radios intégreront les premiers multiplex ? Avec quel modèle économique ? Et surtout, quelle couverture territoriale sera proposée au-delà de Dakar ?
C’est probablement là que commence le véritable chantier de la RNT
Le défi n’est plus seulement de démontrer que la technologie fonctionne. L’expérimentation l’a fait. Il faudra désormais démontrer qu’elle répond à un besoin suffisamment fort pour convaincre les radios, les constructeurs et importateurs de récepteurs, les annonceurs et, surtout, les auditeurs. Le Sénégal dispose désormais de l’infrastructure. Reste à construire l’écosystème qui va avec. La RNT est donc pertinente, oui. Mais la vraie question commence peut-être seulement maintenant : comment faire d’une réussite technologique un véritable usage populaire ?
(Source : Le Techobservateur, 11 septembre 2026)
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