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Risque d’année blanche : Les étudiants tirent la sonnette d’alarme

samedi 20 juin 2020

Enseignement à distance

Les étudiants des universités publiques du Sénégal s’inquiètent de la tournure que prend l’année académique. Selon eux, les cours à distance ne sont effectifs dans aucune des universités publiques du pays. A Ziguinchor, il y en a qui sont aux inscriptions. Une situation cataclysmique pour laquelle les étudiants font un certain nombre de propositions qui vont de la reprise des cours en présentiel à l’annulation de l’année en cours.

Les universités publiques ne sont pas prêtes pour l’enseignement en ligne. En effet, après la sortie des étudiants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, la semaine passée, pour dresser un bilan catastrophique des cours à distance, c’est au tour de ceux des autres universités de dénoncer une mesure discriminatoire. Des étudiants de Bambey, Ziguinchor et Saint-Louis ont joint, hier, ‘’EnQuête’’ pour alerter sur leur situation. Tous ont dénoncé le manque d’accompagnement dans la mesure prise par le ministère de tutelle pour la continuité de l’enseignement avec les cours à distance.

A l’université Alioune Diop de Bambey (UADB) les étudiants décrivent une situation déplorable. L’on indique que l’établissement est impraticable en période d’hivernage, à cause du manque d’infrastructures adéquates. ‘’Nous avons eu à visiter les différents campus sociaux et pédagogiques de l’UADB, la semaine passée. Et c’est la désolation totale. En effet, avant la crise sanitaire, les autorités s’étaient engagées à terminer les chantiers qui sont en construction au niveau de l’université, depuis plus de 5 ans. Mais aujourd’hui, les travaux ne sont ni achevés ni avancés. On risque de plonger dans des perturbations pour cette année qui est déjà particulière’’, regrette Mouhamadou Sarr, Coordinateur des étudiants de l’université de Bambey.

‘’Aucun cours en ligne n’a démarré’’

Pour sauver l’année académique, les étudiants ne refusent pas l’enseignement à distance, mais exigent un accompagnement pour les étudiants en difficulté. Un soutien avec la gratuité de la connectivité ou la mise à la disposition des étudiants n’ayant pas accès à la connexion, des supports de cours en papier. ‘’Nous avons fait des propositions allant dans le sens de l’enseignement à distance. Nous ne refusons pas les cours en ligne, mais il faut un accompagnement pour les étudiants qui sont dans des situations assez particulières, dans des zones où la connectivité est assez faible et d’autres qui n’ont même pas d’électricité pour se connecter. Des propositions ont été faites le 28 avril pour l’enseignement en ligne. Mais, jusqu’à ce moment, il n’a jamais été question de faire des cours en ligne. Le ministre a fait une sortie pour dire que l’assemblée des universités a délibéré pour faire des cours en ligne. Mais aucun cours en ligne n’a démarré’’, indique-t-il.

Toutefois, pour éviter une année blanche ou invalide, les étudiants de Bambey n’écartent pas la solution de la reprise des cours en présentiel, pourvu que cela soit profitable à toute la communauté. ‘’Nous avons proposé, pour sauver l’année, un retour progressif avec les Licences 3 et les Masters qui avaient déjà terminé leur premier semestre. Et de prévoir des soutenances à huis clos pour les Masters 2, en attendant le retour en octobre pour voir comment faire pour rattraper l’année pour les autres niveaux’’, propose le porte-parole des étudiants.

C’est le même constat à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Les étudiants de l’UGB, qui sortent d’une année invalide pour beaucoup d’UFR (unité de formation et de recherche) ne veulent pas entendre parler d’année blanche. Pour eux, il n’est pas question de perdre une année de plus. Bien que les cours à distance semblent impossibles, les Sanarois veulent trouver des solutions pour éviter l’année blanche. ‘’Après la mort de Fallou Sène, il y a eu beaucoup de perturbations. D’ailleurs, on sort fraichement d’une année invalide. Donc, on ne peut pas encore perdre une année de plus. Pour les UFR qui ne peuvent pas faire des cours en ligne, la coordination propose la reprise des cours en présentiel pour certains niveaux comme les Masters. Les transports sont ouverts et certaines universités privées comme l’ISM de Dakar ont repris leur cours et ce sont les mêmes professeurs qui sont dans le public qui y dispensent des enseignements. Les étudiants du public sont assez responsables pour se protéger de la maladie. C’est pourquoi on propose la reprise des cours pour les Licences 3 et les Masters’’, réclame Moustapha Diouf, le délégué de l’UFR Droit, par ailleurs membre de la Coordination des étudiants de l’UGB.

Quant aux cours en ligne, il indique qu’ils n’ont toujours encore pas démarré dans certaines UFR. La plateforme a certes été mise en place, mais le manque de mesures d’accompagnement, comme c’est le cas dans les autres universités, fait que les enseignements y sont impossibles. ‘’Deux propositions ont été retenues. Les professeurs ont le choix, soit de faire des cours en ligne, soit de mettre à la disposition des étudiants des supports de cours et des TPE (travaux personnels de l’étudiant) et si les étudiants ont des interrogations, ils peuvent interpeler les profs en ligne. Mais jusqu’à présent, les cours en ligne n’ont pas commencé à l’UFR Droit. Il faut aussi signaler que la coordination n’est pas d’accord avec les cours à distance, parce qu’il y a des étudiants qui n’ont accès ni à la connexion ni à l’électricité’’, souligne-t-il.

A Ziguinchor, on plaide pour l’annulation de l’année

La situation est pire à l’université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ). En effet, au moment où leurs camarades des autres établissements cherchent des solutions pour sauver l’année académique, les étudiants de l’UASZ, eux, plaident pour l’annulation de l’année tout simplement. Pour cause, le retard accusé n’est plus rattrapable. ‘’L’université de Ziguinchor est dans une situation assez particulière. Au moment où les autres universités parlent de fin de semestre, nous, nous sommes toujours dans les inscriptions. Certains départements avaient fait deux semaines de cours avant la pandémie, mais la majeure partie n’avait pas commencé. Nous ne parlons plus de sauvetage de l’année académique, parce que nous savons que le coup est déjà parti’’, regrette Ndèye Barro, la coordinatrice des trois UFR de l’UASZ.

Selon l’étudiante en Master 1 Lettres modernes, cette situation s’explique par le manque d’infrastructures dans l’établissement et, ce depuis la création de l’université. Pire, souligne-t-elle, cette année, l’UASZ a reçu une pléthore d’étudiants qu’elle ne peut contenir et pour gérer la situation, le ministre avait promis de mettre en place des mesures d’accompagnement. Mais jusqu’à présent, rien n’a changé. Pour sortir de ces problèmes, les étudiants proposent l’annulation de l’année 2019-2020 pour le redémarrage d’une nouvelle année en octobre. Ce qui permettra de revenir à des années académiques normales. Quant à l’enseignement à distance, à l’instar des autres universités, les étudiants de Ziguinchor rejettent catégoriquement la proposition. ‘’Nous n’osons pas parler de cours en ligne, car c’est pour sauver l’année. Or, actuellement, notre priorité, c’est de tout faire pour sortir notre université de ce gouffre. Et on espère qu’une annulation de l’année en cours, pour reprendre en octobre, nous permettra de revenir à la normale. En plus, accepter des cours à distance serait un peu égoïste de notre part, parce que la majeure partie de nos camarades n’ont pas accès à la connectivité pour le faire’’, regrette l’étudiante.

Abba Ba

(Source : Enquête, 20 juin 2020)

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