Réseaux sociaux, vidéos, appels... : l’usage d’internet mobile reste basique en Afrique
mercredi 30 septembre 2026
La transformation numérique africaine s’accélère. Mais derrière les promesses d’un continent connecté, une inquiétude persiste. Que fait-on vraiment d’Internet au quotidien ? Entre potentialités et réalités, les usages, les compétences et les inégalités dessinent un enjeu moins visible, mais tout aussi décisif pour l’avenir.
De plus en plus d’Africains se connectent à Internet via leur téléphone mobile. Mais posséder une connexion ne veut pas dire l’exploiter pleinement. Selon le dernier rapport de la GSMA, The State of Mobile Internet Connectivity 2026, la grande majorité des internautes mobiles du continent se limitent à un usage quotidien restreint à une poignée d’activités, essentiellement communicationnelles et de divertissement.
D’après l’étude, menée dans 14 pays, dont sept africains où l’accès à Internet est relativement développé (Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Nigeria, Sénégal, Ouganda), 83 % en moyenne des utilisateurs d’Internet mobile déclarent s’y connecter chaque jour. Mais ce chiffre cache une réalité plus modeste. Une bonne partie de ces utilisateurs n’y pratique qu’une ou deux activités par jour. La GSMA définit un « usage quotidien diversifié » comme le fait de pratiquer au moins trois types d’activités par jour — un seuil que beaucoup n’atteignent même pas.
L’écart est particulièrement marqué entre villes et campagnes. En Éthiopie, 61 % des citadins possèdent un téléphone adapté à Internet, mais seuls 29 % utilisent l’Internet mobile au quotidien. Seuls 19 % des citadins connectés atteignent un niveau d’usage diversifié au quotidien, contre 4 % seulement en zone rurale. Au Nigeria, l’écart est moins marqué chez les citadins : 79 % possèdent un téléphone compatible avec Internet, 57 % utilisent Internet mobile au quotidien et 41 % atteignent un niveau d’usage diversifié au quotidien. En revanche, les consommateurs ruraux décrochent nettement plus vite que les urbains à chaque étape du parcours d’adoption : 94 % possèdent un téléphone mobile, 86 % connaissent l’Internet mobile, 51 % possèdent un appareil capable d’accéder à Internet, 24 % l’utilisent au quotidien, tandis que 13 % atteignent un niveau d’usage diversifié au quotidien.
Réseaux sociaux et messagerie en tête, services essentiels à la traîne
Le classement des usages confirme ce faible niveau d’usage diversifié au quotidien de l’Internet mobile. D’après les données collectées par pays, les réseaux sociaux, la messagerie instantanée et le visionnage de vidéos figurent parmi les activités les plus largement adoptées sur le continent. En Égypte, au Kenya, au Ghana, au Sénégal ou encore en Ouganda, ils représentent les taux d’utilisation quotidienne de l’Internet mobile les plus élevés. Selon les pays, 90 à 96 % des utilisateurs d’Internet mobile le consacrent aux réseaux sociaux. Viennent ensuite la messagerie instantanée, les appels vocaux et vidéo en ligne, portés notamment par des usages de type WhatsApp, ainsi que le divertissement en ligne.
En revanche, les usages à plus forte valeur ajoutée économique restent bien moins répandus. La recherche d’un emploi ou d’informations professionnelles en ligne, la vente ou la promotion de produits, les services gouvernementaux en ligne ou l’accès à des informations agricoles concernent une minorité d’utilisateurs. Au Nigeria, par exemple, seuls 35 % des internautes mobiles ont déjà eu recours aux services publics en ligne, contre 38 % au Sénégal et 34 % en Ouganda. Même constat en Éthiopie ou au Ghana où le nombre de personnes qui utilisent l’Internet mobile pour la recherche d’informations agricoles n’excède pas 30 %.
Femmes et ruraux, doublement pénalisés
Le rapport souligne que cette étroitesse des usages touche de façon disproportionnée les femmes et les populations rurales, qui utilisent Internet mobile moins fréquemment et pour un éventail d’activités plus restreint que les hommes et les citadins. Cette double barrière — moins d’accès, moins d’usages variés — limite d’autant les bénéfices économiques et sociaux que la connectivité mobile pourrait leur apporter, notamment en matière d’accès à l’emploi, aux services financiers ou à l’information agricole, pourtant identifiés comme des leviers clés de développement.
Pour la GSMA, l’enjeu de l’inclusion numérique dépasse désormais la seule question de la couverture réseau ou de la possession d’un smartphone. Il s’agit de favoriser un usage plus régulier et plus diversifié de l’Internet mobile, notamment en renforçant les compétences numériques et la confiance dans les services en ligne à plus forte valeur ajoutée (santé, éducation, services financiers, administration). Sans quoi, le potentiel économique de la connectivité mobile en Afrique — estimé à plusieurs milliards de dollars de produit intérieur brut (PIB) additionnel si l’écart d’usage se referme — restera largement sous-exploité.
(Source : Agence Ecofin, 30 septembre 2026)
OSIRIS