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Réseaux sociaux ou instruments de perversion massive de la société

mardi 12 décembre 2017

Usages et comportements

Dans nos sociétés modernes, le développement des réseaux sociaux se fait d’une manière inébranlable. Les logiciels de communication se développent et se répandent à une vitesse telle, qu’il arrive qu’on n’ait même pas le temps de s’habituer à une application qu’une autre nouvellement développée soit déjà en vogue. Facebook, WhatsApp, Viber..,etc. représentent un progrès majeur en tant que moyens de communication qui permettent de retrouver des proches perdus de vue, de communiquer gratuitement, de nouer de nouvelles amitiés avec des personnes habitant à l’autre bout de la terre…Cependant, avec l’usage malsain que certains utilisateurs en font, les effets au niveau sociétal sont désastreux.

La manière dont les applications comme Facebook, WhatsApp, Viber sont utilisées aujourd’hui dans la société sénégalaise, est très alarmante. Peu de personnes respectent l’usage primaire de ces réseaux sociaux. Certaines personnes les utilisent comme moyen de faire la promotion de leurs commercse, d’autres comme moyen de communication au sein de leur structure. Ces usages sont louables et ne se démarquent nullement de l’objectif primaire des logiciels de communication.

Les études de Senmarketing Digital révèlent au Sénégal, 2 500 000 utilisateurs de Facebook, 270 000 d’Instagram, 400 000 de LinkedIn et plus de 4 700 000 connectés sur WhatsApp. Le Sénégal est une société très connectée et l’usage des réseaux sociaux est de 75%, d’après le rapport de Pew Research Center récemment publié sur une vaste étude portant sur l’utilisation de l’internet au Sénégal.

Il apparaît que les utilisateurs entre 16 et 25 ans dominent les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram. Selon les derniers chiffres de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (l’ARTP), on compte au Sénégal, en décembre 2016, quelques 8.701.175 internautes dont 97.4% sont des « mobinautes ».

Cependant, avec ces applications, la société sénégalaise est en perpétuelle crise de valeurs. Certes, il est injuste d’imputer toute la responsabilité de la crise des valeurs aux réseaux sociaux ; mais il suffit juste de faire un constat pour se rendre compte que la majeure partie des scandales qui secouent ce pays, se font le plus souvent via les réseaux sociaux.

On note fréquemment des scandales qui éclatent à causes de conversations inappropriées enregistrées via WhatsApp ou des vidéos de jeunes proférant des insultes et autres insanités sur les réseaux sociaux : de petite fille tenant des propos dévergondés, de photos de personnes exhibant des parties intimes, de vidéos à caractère sexuel voire pornographique.

L’acte est puni par la loi puisque la publication d’une telle vidéo entraîne des poursuites judiciaires prévues par l’article 284 du Code de la Famille pour outrage aux bonnes mœurs. Avec les réseaux sociaux, l’immoralité et l’absence de vergogne ont connu leur paroxysme dans la société qui jadis, était imprégnée du respect des valeurs.

Les réseaux sociaux, une sorte de société virtuelle dans laquelle les individus peuvent outrepasser les codes sociaux et se défaire de leur moralité, sont devenus au Sénégal de véritables machines à scandale.. La société est alors atteinte de syndromes morbides, comme le disait Gramsci, dus à l’usage que certaines personnes font de ces réseaux sociaux.

Le cri d’alarme du khalife général

Préoccupé par les effets néfastes de ces applications sur la jeunesse, le Khalife générale de Ndiassane, El hadj Mame Mouhamed Kounta a soulevé la question lors de la 13e édition du Gamou de Ndiassane. De l’avis du guide religieux, « depuis l’avènement des réseaux sociaux, les parents ne savent plus comment faire pour inculquer les bonnes valeurs à leurs enfants. On a constaté qu’il n’y a plus de communication familiale ». De toute évidence, loin de faciliter les interactions sociales entre les individus, les réseaux sociaux tuent les vraies relations interpersonnelles.

Les gens ne se parlent plus physiquement, il n’y a quasiment plus d’échanges verbaux entre les individus. Dans une salle d’attente, dans le bus, dans le salon…les gens ne discutent plus. Tout le monde a le regard rivé sur son smartphone, discutant avec des amis virtuels ou commentant des photos et vidéos. Ainsi, 72% des utilisateurs sénégalais vont sur les réseaux sociaux pour partager des photos et des vidéos, selon le Pew Research Center. Dans le cadre du Global Attitudes Project dudit centre de recherche, la tranche d’âge majoritaire des utilisateurs est de 18 à 29 ans.

A ce sujet, on constate aisément que les utilisateurs de ces réseaux sont très jeunes et relativement irresponsables ; ce qui explique sans doute le mauvais usage que ces jeunes en font. Les réseaux sociaux sont rarement utilisés par les jeunes dans un but purement pédagogique. C’est pourquoi certaines opinions soutiennent qu’ils ont participé à la baisse du niveau intellectuel des apprenants. C’est peut-être excessif, mais les réseaux sociaux de par le temps que les apprenants y perdent, on peut dire que oui, ils abaissent le niveau des élèves et étudiants.

Beaucoup de jeunes ont confessé qu’ils passent plus de temps dans les réseaux sociaux que dans les bouquins ou leurs cahiers de cours. Et donc l’un des effets pervers est que plus l’utilisateur s’habitue au langage des réseaux sociaux, plus son niveau de grammaire baisse car lors les discussions en réseaux, les fautes grammaticales ou syntaxiques n’existent pas ; l’essentiel, c’est juste de se faire comprendre.

D’ailleurs, une étude faite au lycée Jean Mermoz de Dakar a révélé que certains élèves passaient 5h à 7 h par jour sur les réseaux sociaux. Pis les élèves les plus nuls sont ceux qui passaient autant de temps sur ces réseaux sociaux, alors que les élèves les meilleurs élèves, ne passaient que 30 minutes à une heure de temps par jour. Il urge donc d’éduquer les jeunes à l’utilisation de ces outils qui aurait pu ou dû être des instruments de bonnes performances scolaires, plutôt que d’abêtissement ou de crétinisation des apprenants.

C’est aussi à cela que le Khalife général a appelé à Ndiassane, « Il faut qu’on arrive à changer de paradigme. C’est pour cette raison que je suggère encore à l’Etat du Sénégal d’introduire l’enseignement religieux dans le système éducatif. Cela aiderait les enfants à faire une bonne utilisation des réseaux sociaux ».

Il faut reconnaître que l’Etat s’est un peu désintéressé de la question. La jeunesse qui représente l’avenir de ce pays est laissée à la dérive, entraînée par les tourbillons pervers des réseaux sociaux. L’enseignement religieux peut, certes jouer un rôle important pour résoudre les problèmes liés à l’usage malsain que certains utilisateurs font des réseaux sociaux ; car la religion est plus à même d’ériger une société imbue de valeurs morales et de vertus.

Mais il est important qu’une certaine régulation de ces réseaux sociaux se fasse au niveau de l’Etat. Le gouvernement sénégalais n’a pas encore pris les mesures nécessaires, à travers l’Agence de l’informatique de l’Etat, pour surveiller l’univers des réseaux sociaux et mettre des restrictions sur la publication de certains contenus. Au regard des dégâts que les réseaux sociaux font dans la société, il est de la responsabilité de autorités, de préserver la moralité de la jeunesse et de la société en général.

Ibrahima Dieng

(Source : Leral, 12 décembre 2017)

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