RDC : 4,3 millions de personnes encore privées de couverture mobile, selon le FDSU
lundi 10 août 2026
Alors que la transformation numérique progresse en RDC, une partie importante du territoire reste insuffisamment connectée. La future stratégie nationale entend concentrer les efforts sur les zones où le déficit d’infrastructures constitue un frein à l’accès aux services numériques.
Près de 3000 localités de la République démocratique du Congo regroupant environ 4,3 millions de personnes restent privées de couverture mobile. Ce déficit ressort du « Rapport d’état des lieux » publié le vendredi 7 août par le Fonds de développement du service universel (FDSU), dans le cadre de la préparation d’une stratégie nationale destinée à étendre l’accès aux services numériques et à renforcer la connectivité haut débit dans les zones rurales et périurbaines.
Le diagnostic met en évidence d’importants écarts entre les technologies et les territoires. À l’échelle nationale, la couverture atteint 77 % pour la 2G, 68 % pour la 3G et 57 % pour la 4G. Les disparités sont particulièrement fortes entre les provinces. Kinshasa affiche un taux de couverture de 98 %, contre 14 % dans la Tshuapa, 28 % dans le Kwango et 28 % dans le Sud‑Ubangi.
Localités prioritaires pour la couverture mobile
Le FDSU a identifié les territoires à traiter en priorité en croisant le niveau de couverture avec plusieurs critères économiques, sociaux et géographiques. L’analyse cible notamment trois axes considérés comme stratégiques pour le pays : le corridor de Lobito, le corridor national et le corridor de la Paix.
Ces zones concentrent des activités économiques, des infrastructures publiques, des flux commerciaux et des populations encore faiblement desservies. Le rapport établit plusieurs niveaux de priorité en fonction du déficit de couverture, du nombre d’habitants concernés, de la présence de services publics et du potentiel économique des localités.
La stratégie ne se limite pas à l’installation de nouvelles infrastructures. Elle prévoit également de privilégier le partage des infrastructures passives, notamment à travers les TowerCo, afin de réduire les coûts de déploiement et de permettre aux opérateurs de concentrer leurs investissements sur les équipements actifs et les services.
Un accès à Internet encore limité
L’enjeu est d’autant plus important que la couverture mobile ne se traduit pas automatiquement par un accès effectif à Internet. Le taux de pénétration de l’Internet mobile s’établissait à 32,95 % en 2025, avec de fortes différences entre les provinces. Les niveaux les plus élevés étaient enregistrés dans le Haut‑Katanga, le Lualaba et Kinshasa, tandis que plusieurs provinces rurales restaient largement en dessous.
Le coût des données constitue également une limite à l’usage. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications citées dans le rapport, un forfait mobile de 5 Go représente 18,8 % du revenu national brut par habitant en RDC, contre 4,8 % en Tanzanie, 4,1 % au Kenya et 3,2 % en Zambie. Le document indique que l’inclusion numérique dépend à la fois de la couverture des réseaux et de la capacité des populations à accéder effectivement aux services.
Cette problématique se retrouve également dans les services financiers numériques. Environ 46 % des abonnés mobiles ont associé leur numéro à un compte de mobile money, mais les taux d’adoption varient fortement entre les provinces. Ils atteignent 85,3 % dans le Haut‑Katanga et 77,2 % dans le Lualaba, contre 5,8 % dans la Tshuapa et 4,7 % dans le Bas‑Uele.
Les zones rurales au cœur de la stratégie
La RDC devra par ailleurs composer avec l’étendue de son territoire et les difficultés techniques liées au déploiement des réseaux dans les zones enclavées. Le rapport relève notamment la fragmentation du backbone national, les contraintes d’accès à l’énergie et les coûts élevés associés à certaines solutions de connectivité.
L’approche retenue consiste donc à concentrer les premiers investissements sur les territoires où le déficit de couverture est le plus important et où la connectivité peut produire un impact économique et social significatif. À terme, la stratégie nationale vise ainsi à réduire les écarts entre les grandes agglomérations et les zones rurales et périurbaines, en faisant de l’extension du haut débit mobile un levier d’accès plus large aux services numériques.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 10 août 2026)
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