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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Décembre 2016 > Rapport annuel 2015 CNRA : Babacar Touré étale les chantiers de la régulation

Rapport annuel 2015 CNRA : Babacar Touré étale les chantiers de la régulation

vendredi 2 décembre 2016

Régulation des médias

Le Conseil national de Régulation de l’audiovisuel (Cnra) a remis hier, jeudi 1er décembre, officiellement son rapport annuel d’activités 2015 au président de la République, Macky Sall. Placé sous le thème : contenus audiovisuels : le défi de la régulation dans le contexte numérique, le rapport fait état des lieux du paysage audiovisuel sénégalais. Entre l’incivisme médiatique marqué à travers l’attribution de près de 308 fréquences FM, plus de 50 fréquences de télévision à divers opérateurs et les manquements et dérives notés dans les médias, le président de l’instance de régulation, Babacar Touré préconise la restructuration et le renforcement de l’Autorité de Régulation dans un contexte de transition numérique. En plus d’exhorter l’Etat pour la mise en œuvre d’un service de Médiamétrie, afin de disposer d’éléments statistiques sur la qualité des programmes, le Président du CNRA propose de bâtir une mémoire audiovisuelle nationale pour sauvegarder et valoriser le patrimoine culturel sénégalais.

« Les dernières statistiques qui nous ont été transmises par l’ARTP, à notre demande, établissent que près de 308 fréquences FM ont été concédées à des opérateurs radio nationaux, 19 à des opérateurs radio étrangers, plus de 50 fréquences de télévision à divers opérateurs, d’ailleurs peu nombreux ». En parlant ainsi le président du Conseil national de Régulation de l’audiovisuel (Cnra) fait un état des lieux du paysage audiovisuel sénégalais en soulignant la nécessité de « pondérer, puisqu’ils englobent, dit-il, des fréquences « activées » et des fréquences « dormantes ».

En présentant le rapport annuel d’activités 2015 de l’instance de régulation au Chef de l’Etat, Macky Sall, hier, jeudi 1er décembre, au palais de la République, Babacar Touré a évoqué une situation aux « conséquences incalculables ». Car, souligne le président du CNRA, dans « ce désordre, ce sont opportunément installés - des flibustiers de l’audiovisuel qui piratent et commercialisent illégalement les contenus de chaînes dûment installées et déclarées ».

Selon lui, « les risques sont devenus réels et divers, car ces derniers, échappant à toute régulation, produisent et proposent désormais des débats à caractère social ou politique, pratiquent le prosélytisme religieux et relaient des propos identitaires, chauvins, voire irrédentistes ». Toujours dans son discours de présentation du rapport, le président du CNRA a tiré la sonnette d’alarme sur les nombreux détenteurs d’autorisation de diffuser à échelle locale, régionale ou communautaire qui émettent aujourd’hui sur le plan national ou se transforment en chaînes généralistes, commerciales, alors que leur statut ne le permet pas.

« Ils induisent ainsi une concurrence plus que déloyale vis-à-vis des chaines commerciales, autorisées à diffuser sur un large spectre », persiste le président. Non sans s’interroger aujourd’hui sur les promoteurs de radios et de télévisions.

La persistance des dérapages

Ce boulevard de l’incivisme médiatique est confirmé par les résultats de l’outil de monitoring mis en place par le Cnra pour identifier et répertorier des faits sur les manquements et dérives constatés dans les médias. Car, il a été constaté, a t-il relevé, la persistance des dérapages, des commentaires ne respectant ni la dignité humaine, ni la morale, ni la vie privée à travers des revues de presse, la publicité déguisée, la forte médiatisation de dossiers judiciaires au détriment de la présomption d’innocence et la promotion du charlatanisme et du prosélytisme religieux, par des prédicateurs, évangélistes et autres, défenseurs de pseudo-valeurs anachroniques ou franchement obscurantistes.

Certaines dérives sur les programmes audiovisuels ont fait l’objet de plaintes et de saisines des usagers dont le Cnra s’est prononcé dans ses avis trimestriels et mis en demeure des opérateurs audiovisuels pour arrêt immédiat de diffusion ou de rediffusion. Tout en privilégiant la pédagogie et n’ayant recours à la sanction qu’en dernier ressort.

Restructurer et renforcer le Cnra

Face à ces dérives médiatiques marquées dans un contexte de transition numérique, le président du Cnra préconise la « restructuration et le renforcement de l’Autorité de Régulation pour mieux s’adapter aux enjeux actuels ». A l’heure des convergences technologiques, Babacar Touré propose une implication du CNRA dans le processus d’octroi des licences d’exploitation de service audiovisuel et la révision des cahiers des charges pour encadrer la production et la diffusion des contenus médiatiques.

« Une réorganisation interne structurelle et un renforcement des capacités du Régulateur sont à l’ordre du jour », estime Babacar Touré. Pour lui, « le Cnra doit être plus visible dans les régions, plus présent pour tous. Notre mission nous impose un contact permanant, une alliance responsable avec tous les acteurs des médias audiovisuels dans le sens du respect des principes et lois édictés par la régulation ».

Face à une offre audiovisuelle très fournie, l’Etat doit, soutient Babacar Touré, s’impliquer pour la mise en œuvre d’un service de Médiamétrie pour « disposer d’éléments statistiques d’une grande précision qui nous édifieront régulièrement sur la qualité des programmes, la perception du public et la valeur réelle du marché publicitaire national ».

Bâtir une mémoire audiovisuelle nationale

A l’heure de la transition vers le numérique, la valorisation et la sauvegarde du patrimoine audiovisuel national sénégalais est, dira Babacar Touré, « un impératif absolu dans notre quête identitaire comme ultime réponse face aux risques d’acculturation subséquents à la domination de logiques économiques transnationales sur nos exceptions et particularismes sociétaux ».

Pour le président du Cnra, la transition au numérique devrait être une occasion pour le Sénégal de bâtir une mémoire audiovisuelle nationale grâce à la mise en place d’une institution forte, entièrement dédiée à cette fonction à l’instar de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) en France. Ce qui pourrait, selon lui, constituer une réponse à l’histoire et à l’accélération mondialisée de la production de sens.

« C’est aussi une opportunité pour nous munir d’un service à forte valeur ajoutée de dématérialisation d’archives audiovisuelles, de transfert, stockage, transcodage et distribution de contenus vers tous types de plateforme, avec un très haut niveau de qualité de service », insiste-t-il.
Sur ce plan, le président du Cnra informe de la disponibilité de l’Unesco d’appuyer le Sénégal pour le rapatriement de tout le patrimoine audiovisuel qui est archivé, exploité par l’INA en France et la BBC. Non sans réitérer son appel à la création d’un fonds d’aide à la production (et à la coproduction) pour créer l’émulation, stimuler la créativité et améliorer la qualité des productions.

Numérique : Sécuriser le site principal du multiplexeur

Lors de la cérémonie de remise du rapport, le président du Cnra est revenu sur la transition vers le numérique pour le Sénégal dont le modèle reste unique et est cité en exemple un peu partout. Car, le constat a été fait que le Sénégal est, précise-t-il, le seul pays francophone, avec le Maroc, à émettre des signaux de télévision numérique, avec un taux de couverture de 75% de la population. Selon lui, ce modèle de partenariat public/privé présente une excellente qualité technique, tant du point de vue des infrastructures que des décodeurs.

Toutefois, le président du Cnra a révélé certains problèmes, manquements et insuffisances dans la transition numérique, notamment les lenteurs administratives, les divergences apparues dans la gouvernance et l’exécution du programme de transition et le retard dans la mise en place de la société de gestion. Pour ce faire, en plus de la mise en place d’une Task force, Babacar Touré préconise quelques actions relatives à la Télévision numérique terrestre (Tnt). Il s’agit entre autres, propose-t-il, de la création d’une société d’exploitation de la TNT, la réglementation de l’importation et la distribution des décodeurs autorisés sur le territoire national et l’ouverture d’un compte du Trésor pour le reversement de ressources tirées de la vente des décodeurs. Le président du Cnra insiste sur « la sécurisation du site principal du multiplexeur, au besoin dans une enceinte militaire, et des sites shelters ».

Pour cette année 2015, la remise du Rapport de 2015 a été une occasion pour Babacar Touré de remettre aussi une étude intitulée Analyse de la couverture Médias du Référendum du 20 mars 2016, réalisée par le CNRA, à Macky Sall. Il est question de faire part au chef de l’Etat du travail effectué par le Conseil sur la supervision de tous les médias traditionnels comme numériques de la couverture médiatique de ces élections, en s’appuyant sur les compétences et les expériences disponibles en son sein comme au dehors. D’où la nécessité, selon lui, d’un appui matériel et financier conséquent pour partager vulgariser les pré-requis et les règles qui s’imposent à tous entre acteurs des médias, acteurs politiques et des autres segments de la société lors des prochaines législatives.

Ibrahima Baldé

(Source : Sud Quotidien, 2 décembre 2016)

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