OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2018 > Mars 2018 > Quand la lutte contre les « fake news » facilite la censure

Quand la lutte contre les « fake news » facilite la censure

lundi 5 mars 2018

Régulation des médias

Si de nombreux analystes des médias ont correctement identifié les risques posés par les « fake news », ou fausses informations, ils ont négligé l’incidence qu’a ce phénomène sur les journalistes mêmes. Ce terme est devenu un raccourci pratique pour calomnier toute une profession et les autocrates s’en sont emparés pour justifier la censure et incarcérer des journalistes, souvent sur la base d’accusations de terrorisme fabriquées de toutes pièces.

Dans le monde, le nombre de journalistes intègres emprisonnés pour avoir publié des informations jugées fausses ou fictives a atteint le niveau record, bien que modeste, de 21 journalistes au moins. Et il est probable que ce chiffre augmente à mesure que les régimes autoritaires se servent des réactions négatives aux fausses informations pour museler les médias indépendants.

Les États-Unis, autrefois chefs de file mondiaux de la défense de la liberté d’expression, ont renoncé à ce rôle. Les tweets incessants du président Donald Trump sur les « fake news » ont servi d’exemple à suivre pour les régimes autoritaires pour justifier la répression de leurs propres médias. En décembre, le Quotidien du Peuple, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois, a posté des commentaires sur Twitter et Facebook abondant dans le sens de la litanie de « fake news » de Trump et précisant qu’elle « témoignait d’une vérité plus vaste sur les médias occidentaux ». Auparavant, en février 2017, le gouvernement égyptien avait fait l’éloge de l’administration Trump, parallèlement aux critiques adressées par le ministère égyptien des Affaires étrangères aux journalistes occidentaux pour leur couverture du terrorisme dans le monde.

Et en janvier 2017, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait félicité Trump pour avoir fustigé le correspondant de CNN lors de sa première conférence de presse. Erdogan, qui avait critiqué cette chaîne d’informations télévisées pour son compte-rendu des manifestations pour la démocratie en Turquie en 2013, a dit de Trump « qu’il avait remis le journaliste à sa place ». Trump lui a rendu la politesse quelques mois plus tard lors de la visite du président turc aux États-Unis, en faisant l’apologie de son homologue comme un allié de la lutte contre le terrorisme, sans mentionner une seule fois son lamentable bilan en matière de liberté de la presse.

Ce n’est pas un hasard si ces trois pays ont été les plus prompts à adhérer à l’idée fixe de Trump au sujet des fausses informations. La Chine, l’Égypte et la Turquie ont à eux trois emprisonné plus de la moitié des journalistes détenus dans le monde en 2017, une tendance dans le droit fil de l’année précédente. Ces gouvernements semblent avoir interprété le silence de la communauté internationale concernant leur répression des médias indépendants comme un blanc-seing.

En Turquie, le pire geôlier de journalistes pour la deuxième année consécutive, l’érosion de la liberté d’expression a été particulièrement rapide. Depuis le coup d’État raté de 2016, les tribunaux turcs ont traité quelques 46.000 affaires impliquant des personnes accusées d’avoir insulté le président, la nation ou ses institutions. Chacun des 73 journalistes aujourd’hui incarcérés fait l’objet d’une enquête, ou est poursuivi, pour crimes contre l’État. Les chefs d’accusation les plus fréquents à leur encontre est d’appartenir, d’aider ou de faire la propagande d’une organisation terroriste présumée.

Des lois antiterroristes rédigées en termes vagues, qui font l’amalgame entre des reportages sur le terrorisme et le fait de le soutenir, servent d’alibi à des régimes déterminés à empêcher une couverture médiatique critique. Par exemple, tenter d’écrire sur le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, sur les Frères musulmans en Égypte ou sur les Ouïghours en Chine peut rapidement mener un journaliste derrière les barreaux, au motif d’entretenir des sympathies terroristes. Près de trois-quarts des 262 journalistes incarcérés dans le monde sont accusés de menées antiétatiques, selon le recensement le plus récent du Comité pour la protection des journalistes.

Même lorsque les journalistes ne sont pas arrêtés, les autocrates ont de plus en plus souvent recours au prétexte des « fake news » pour discréditer des reportages légitimes. Et de manière ironique, les efforts déployés par certains gouvernements occidentaux pour expurger les contenus violents ou fallacieux des médias sociaux ont fait le jeu des autocrates. Si les objectifs de ces tentatives d’épuration – par exemple pour prévenir le genre d’ingérence électorale mis au point par les Russes – sont louables, une conséquence imprévue a été la censure de journalistes intègres couvrant des histoires réelles dans certains des endroits les plus dangereux du monde.

On peut citer l’exemple de ce qui s’est passé l’an dernier avec la couverture vidéo de la guerre civile en Syrie. Pour tenter de limiter les contenus extrémistes, YouTube a supprimé des centaines de comptes-rendus du conflit, dont un nombre élevé de vidéos postées par Shaam News Network, Qasioun News Agency, et le Edlib Media Center – autant de médias indépendants qui rendent compte de ce désastre.

De même, Facebook a censuré les comptes d’organisations et d’individus qui se servaient de cette plateforme pour témoigner des violences commises contre les Rohingyas musulmans de Birmanie, un massacre qualifié par les Nations unies « d’exemple classique de nettoyage ethnique ». Facebook a réagi en disant que ces publications contrevenaient aux Standards de la communauté.

En Égypte et en Syrie, Twitter a bloqué les comptes de journalistes citoyens pour les empêcher de rendre compte des violations des droits humains, selon des journalistes dans les comptes ont été fermés. Les censeurs de Twitter ont même frappé au cœur de l’Europe : en janvier dernier, le compte d’une magazine satirique a été suspendu après l’adoption par le Parlement allemand d’une loi qui permet de sanctionner à hauteur de 50 millions d’euros les réseaux sociaux qui ne suppriment pas en temps voulu les contenus illégaux. D’autres pays européens envisagent des mesures similaires pour obliger les géants d’internet à combattre la désinformation et les extrémismes.

Les lois destinées à limiter les contenus haineux, violents ou les « fake news » sont peut-être bien intentionnées, mais leur application est bâclée et elles manquent de mécanismes permettant de garantir la responsabilité, la transparence ou la réversibilité. Les gouvernements ont sous-traité la censure au secteur privé dont le moteur du processus décisionnaire est l’optimisation de la valeur pour les actionnaires, et non la défense de la liberté de la presse.
Les chefs d’État et de gouvernements des pays démocratiques doivent résister à cette offensive autoritaire contre les organisations médiatiques indépendantes et à cette fin, revoir des lois sur les contenus rédigées en termes vagues et vulnérables aux abus. Des médias libres et dynamiques sont indispensables au bon fonctionnement de la société, tandis que la désinformation peut l’affaiblir. Mais les remèdes officiels qui finissent par réduire au silence ceux qui rendent compte de l’actualité sont pires que le mal.

Courtney C. Radsch [1]

(Source : Le Journal de l’économie sénégalaise, 5 mars 2018)


[1] Courtney C. Radschest directrice du plaidoyer pour le Comité pour la protection des journalists et l’auteure de Cyberactivism and Citizen Journalism in Egypt : Digital Dissidence and Political Change (Cyberactivisme et Journalisme citoyen en Égypte : dissidence numérique et changement politique – ndlt)

Fil d'actu

  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Retour sur images Yam Pukri en 2023 Burkina NTIC (7 mai 2024)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4474/5362 Régulation des télécoms
  • 353/5362 Télécentres/Cybercentres
  • 3716/5362 Economie numérique
  • 2174/5362 Politique nationale
  • 5362/5362 Fintech
  • 538/5362 Noms de domaine
  • 2489/5362 Produits et services
  • 1508/5362 Faits divers/Contentieux
  • 792/5362 Nouveau site web
  • 5189/5362 Infrastructures
  • 1832/5362 TIC pour l’éducation
  • 191/5362 Recherche
  • 244/5362 Projet
  • 3781/5362 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 1950/5362 Sonatel/Orange
  • 1649/5362 Licences de télécommunications
  • 284/5362 Sudatel/Expresso
  • 1213/5362 Régulation des médias
  • 1272/5362 Applications
  • 1088/5362 Mouvements sociaux
  • 1738/5362 Données personnelles
  • 131/5362 Big Data/Données ouvertes
  • 601/5362 Mouvement consumériste
  • 367/5362 Médias
  • 666/5362 Appels internationaux entrants
  • 1659/5362 Formation
  • 202/5362 Logiciel libre
  • 2505/5362 Politiques africaines
  • 1142/5362 Fiscalité
  • 173/5362 Art et culture
  • 623/5362 Genre
  • 1826/5362 Point de vue
  • 1171/5362 Commerce électronique
  • 1494/5362 Manifestation
  • 327/5362 Presse en ligne
  • 126/5362 Piratage
  • 212/5362 Téléservices
  • 905/5362 Biométrie/Identité numérique
  • 317/5362 Environnement/Santé
  • 352/5362 Législation/Réglementation
  • 358/5362 Gouvernance
  • 1783/5362 Portrait/Entretien
  • 149/5362 Radio
  • 749/5362 TIC pour la santé
  • 280/5362 Propriété intellectuelle
  • 60/5362 Langues/Localisation
  • 1140/5362 Médias/Réseaux sociaux
  • 2001/5362 Téléphonie
  • 201/5362 Désengagement de l’Etat
  • 1099/5362 Internet
  • 118/5362 Collectivités locales
  • 428/5362 Dédouanement électronique
  • 1275/5362 Usages et comportements
  • 1041/5362 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 574/5362 Audiovisuel
  • 3815/5362 Transformation digitale
  • 387/5362 Affaire Global Voice
  • 219/5362 Géomatique/Géolocalisation
  • 313/5362 Service universel
  • 672/5362 Sentel/Tigo
  • 176/5362 Vie politique
  • 1542/5362 Distinction/Nomination
  • 34/5362 Handicapés
  • 695/5362 Enseignement à distance
  • 704/5362 Contenus numériques
  • 592/5362 Gestion de l’ARTP
  • 181/5362 Radios communautaires
  • 1833/5362 Qualité de service
  • 442/5362 Privatisation/Libéralisation
  • 134/5362 SMSI
  • 558/5362 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 3006/5362 Innovation/Entreprenariat
  • 1418/5362 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 46/5362 Internet des objets
  • 224/5362 Free Sénégal
  • 814/5362 Intelligence artificielle
  • 196/5362 Editorial
  • 2/5362 Gaming/Jeux vidéos
  • 77/5362 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous