Qualité et couverture du réseau : le Tchad accélère le partage d’infrastructures télécoms
lundi 8 juin 2026
Au Tchad, la qualité et la couverture des réseaux télécoms restent limitées. Face aux plaintes récurrentes des consommateurs, les autorités explorent de nouvelles solutions pour améliorer la situation.
Les autorités tchadiennes entendent accélérer le recours au partage d’infrastructures télécoms entre les opérateurs de téléphonie mobile Airtel et Moov Africa. Cette mesure s’inscrit dans un ensemble d’actions visant à améliorer la qualité des services télécoms dans le pays.
La question a été abordée lors d’une réunion tenue le jeudi 4 juin entre le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, et les responsables des deux opérateurs. Les échanges ont principalement porté sur la dégradation de la qualité de service et sur la politique de « tolérance zéro » désormais adoptée par les autorités face aux manquements constatés dans le secteur.
Au cours de la rencontre, le ministre a appelé les deux opérateurs à surmonter leurs divergences et à renforcer leur coopération dans l’exploitation des infrastructures télécoms. Il a rappelé les importants investissements réalisés par l’État dans le déploiement de la fibre optique et l’installation de 200 nouveaux sites de transmission à travers le pays. Les deux opérateurs ont ainsi été invités à s’appuyer simultanément sur ces infrastructures afin d’améliorer la couverture et la qualité des services offerts aux populations.
Potentiel du partage d’infrastructures
Cette initiative des autorités tchadiennes s’inscrit dans un contexte continental marqué par une adoption progressive de la mutualisation des infrastructures télécoms. De plus en plus de pays et d’opérateurs africains y recourent, tandis que des organisations sectorielles comme l’Union internationale des télécommunications (UIT) ou la GSMA (Global System for Mobile Communications Association) la présentent comme un levier clé de réduction de la fracture numérique.
Dans un document publié sur son site, l’UIT souligne que le partage d’infrastructures mobiles permet de réduire les coûts de déploiement des réseaux, notamment dans les zones rurales ou les marchés peu rentables. Cette approche peut également faciliter l’adoption de nouvelles technologies et accélérer le déploiement du haut débit mobile.
L’organisation distingue deux formes principales de mutualisation : le partage passif, qui concerne les infrastructures physiques telles que les sites, bâtiments ou pylônes tout en conservant des réseaux distincts ; et le partage actif, qui porte sur des éléments plus sensibles du réseau comme les antennes, les stations de base ou certains composants du cœur de réseau.
Défis de mise en œuvre en Afrique
Malgré son potentiel, le partage d’infrastructures se heurte à plusieurs défis sur le continent. Selon un rapport d’Ecofin Pro publié en décembre 2024, les deux principaux obstacles sont la volonté des opérateurs de consolider leur leadership sur le marché et les réticences des régulateurs face au risque de collusion.
Le premier défi s’explique par la stratégie des opérateurs, qui cherchent à maximiser leurs parts de marché afin d’accroître leur base d’abonnés et leurs revenus. Dans cette logique, si le partage d’infrastructures physiques est généralement accepté, l’ouverture de segments ou de zones stratégiques auparavant exclusifs demeure plus sensible, même lorsqu’elle est rémunérée.
Le second défi tient à la prudence des régulateurs dans l’application des obligations de partage des infrastructures actives. Ceux-ci craignent que de telles pratiques n’encouragent des formes de coordination entre opérateurs susceptibles d’affaiblir la concurrence, voire de favoriser des comportements assimilables à de la collusion.
Le rapport souligne par ailleurs que le partage obligatoire des infrastructures peut parfois produire des effets contre-productifs, en limitant l’engagement réel des opérateurs à une simple conformité réglementaire. Ce cadre réduit également les incitations à investir dans l’expansion, la modernisation et l’innovation des réseaux. À l’inverse, dans les environnements où le partage est encadré de manière plus souple ou repose sur des accords volontaires, des mécanismes plus efficaces et économiquement viables ont tendance à émerger progressivement.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 8 juin 2026)
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