Qualité de service : le Tchad décrète la « tolérance zéro » face aux opérateurs télécoms
vendredi 5 juin 2026
Comme dans plusieurs pays africains, le Tchad fait face à des défis persistants en matière de qualité des services télécoms. Sous la pression des consommateurs et dans un contexte d’accélération de la transformation numérique, les autorités adoptent une ligne plus ferme envers les opérateurs.
Au Tchad, les opérateurs de téléphonie mobile Moov Africa et Airtel sont de nouveau mis en cause en ce qui concerne la qualité de leurs services. Face aux plaintes persistantes des consommateurs, les autorités tchadiennes affichent désormais une politique de « tolérance zéro » à l’égard des manquements constatés.
La question était au cœur d’une réunion tenue le jeudi 4 juin entre le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, et les responsables des deux opérateurs de téléphonie mobile. Le membre du gouvernement s’est montré particulièrement remonté face à ce problème récurrent.
« Ligne téléphonique injoignable, rupture ou distorsions lors des appels, lenteur ou inaccessibilité à internet sont les quotidiens du vécu des consommateurs des services de ces compagnies de téléphonie mobile », peut‑on lire dans le communiqué du ministère au terme de la rencontre.
N’Djamena refuse l’explication liée au carburant
Au cours des échanges, les opérateurs ont une nouvelle fois mis en avant les contraintes liées à l’approvisionnement et au coût du carburant pour expliquer les perturbations du réseau, notamment pour l’alimentation des sites de transmission. Un argument récurrent que les autorités refusent d’entendre cette fois‑ci.
Pour le ministre, si le carburant peut effectivement représenter une contrainte opérationnelle, il ne saurait expliquer durablement la dégradation de la qualité de service. Il estime que les opérateurs ont la responsabilité d’anticiper ces difficultés en diversifiant leurs sources d’énergie et en intégrant davantage le volet énergétique dans leurs investissements.
« Le problème de carburant, ce n’est pas notre problème. C’est à vous de chercher le carburant n’importe où et à n’importe quel prix », a intimé le ministre.
Un changement à la tête des opérateurs en perspective
Face à la persistance des dysfonctionnements, les autorités n’excluent pas le départ des responsables locaux des deux opérateurs télécoms si aucune amélioration n’est constatée. Une correspondance a déjà été adressée aux présidents des groupes Airtel Africa et Maroc Telecom afin qu’ils se rendent à N’Djamena pour des solutions concrètes.
Cependant, cela peut ne pas s’arrêter là. La loi sur la régulation des communications électroniques prévoit un cadre strict pour sanctionner les manquements aux obligations inscrites dans le cahier des charges des opérateurs, y compris la qualité de service.
Selon l’article 37, tout opérateur qui ne respecte pas ses obligations peut être mis en demeure de se conformer à la réglementation dans un délai de trente jours. À défaut, le régulateur peut infliger une amende pouvant atteindre 5 % du chiffre d’affaires annuel, ce taux pouvant être doublé en cas de récidive.
Par ailleurs, l’article 38 prévoit, en dernier recours, des sanctions plus sévères comme la suspension de la licence de l’opérateur télécoms pour un mois, la réduction de sa durée ou même son retrait définitif.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 5 juin 2026)
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